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Mahamadou Issoufou parle de la zone de libre-échange

Quarante-quatre pays africains ont signé, le 21 mars à Kigali, un accord créant une zone de libre-échange. Mahamadou Issoufou, qui a conduit les négociations durant deux ans, explique en quoi cet espace économique favorisera la croissance en Afrique.

Entretien avec Omar Ben Yedder

Vous a-t-il été facile de mobiliser vos pairs des autres pays africains ?

Oui, parce que la volonté de créer une zone de libre-échange en Afrique existait déjà, chez la plupart des dirigeants. Il est normal qu’il y ait eu des discussions. L’essentiel est que nous soyons parvenus à un compromis sur tous les points soulevés.

Convaincre les uns et les autres de signer cet accord a-t-il été facile ?

Oui, je dirai que cela a été relativement facile. J’ai pris ce dossier en janvier 2016. En si peu de temps, nous avons pu aboutir à des accords importants : l’accord-cadre sur la zone de libre-échange continentale, le protocole sur le commerce de marchandises, sur le commerce des services, sur le règlement des différends. Bien sûr, les négociations ne sont pas finies, d’autres protocoles viendront, nous devons mener une deuxième phase de négociations. Déjà, le résultat est extrêmement important, il sert de base aux discussions entre chefs d’États.

Concrètement que signifie une zone de libre-échange pour un pays comme le Niger ?

La même chose que pour les autres pays africains ! Une zone de libre-échange, c’est davantage d’intégration, davantage de croissance pour l’ensemble du continent, parce qu’elle doit permettre d’intensifier les échanges entre Africains. Ils représentent aujourd’hui, 17 % des échanges du continent. De plus, une zone de libre-échange africaine, c’est plus d’exportations vers d’autres continents. Donc plus de croissance.

Une zone de libre-échange continentale, c’est plus de consommation ; on organise un marché intégré unique de 1,2 milliard d’habitants ! C’est aussi plus d’investissements, parce qu’on crée ainsi les conditions pour attirer des capitaux sur le continent. Et elle se traduira, peut-être, par moins d’importations, parce que la zone va permettre de développer des valeurs, de transformer les matières premières qui, jusqu’ici, sont exportées brutes et elle permettra la substitution aux importations. Enfin, on n’explique pas suffisamment qu’une zone de libre-échange, c’est aussi un marché intégré du travail ainsi qu’un marché financier à l’échelle du continent ! Elle n’a que des avantages pour le Niger, comme pour tous les pays africains qui ont décidé de la rejoindre.

On relève quelques réticences de certains pays, comme le Nigeria qui hésite à signer cet accord. Est-ce un mauvais signal ?

Le Nigeria a une forte volonté d’aller vers la zone de libre-échange. Néanmoins, l’État doit encore mener une campagne de sensibili­sation auprès de l’opinion publique nigériane, en particulier auprès des opérateurs économiques. Je me souviens, quand j’ai présenté mon dernier rapport à huit-clos aux chefs d’État, que le président du Nigeria avait très fortement soutenu les conclusions des négociations sur les quatre accords. C’est aux populations de s’approprier la zone de libre-échange continentale.

 

Et donc de ratifier le document…

Nous allons commencer à recueillir les signatures. L’étape suivante sera la ratification – chaque pays a ses propres procédures – pour laquelle nous avons prévu un délai qui s’achèvera probablement en janvier 2019 ; un nombre minimum de ratifications devra être atteint afin que l’accord entre en vigueur.

Le projet de boucle ferroviaire qui relierait le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Niger, semble en panne. Comment comptez-vous sortir de cette impasse qui a un puissant impact économique ?

C’est vrai, ce projet rencontre quelques difficultés, mais nous ne désespérons pas de les résoudre. Vous faites bien d’évoquer ce dossier, parce que ce type de projets va amplifier les effets positifs de la zone de libre-échange. D’ailleurs, il faut toujours mettre en parallèle cette zone avec les autres plans de l’agenda 2063 de l’Union africaine sur les infrastructures,

 

l’énergie, les routes, les télécommunications, le transport aérien… La zone de libre-échange continentale sera l’occasion, justement, que l’UA prenne en charge ce genre de projet, y compris la boucle ferroviaire.

Le Niger a l’un des taux de fécondité les plus élevés au monde. Comment comptez-vous transformer cette explosion démographique en un dividende démographique ?

Nous avons un programme, nous le poursuivons. La structure démographique de notre pays n’est pas un handicap, elle est au contraire une chance si nous savons l’exploiter : 75 % des Nigériens ont moins de 25 ans. Alors comment exploiter cette chance ? Il faut éduquer, former, soigner et créer des emplois pourles Nigériens !

Au-delà de cela, notre préoccupation est de créer les conditions de la transition démographique, parce que le Niger a une forte natalité : un taux de croissance de la population de 4 % chaque année, et un doublement de la population tous les 18 ans, ce n’est pas supportable à terme. Nous mettons l’accent sur la scolarisation, celle des jeunes filles en particulier, afin de les maintenir à l’école le plus longtemps possible pour mettre fin aux mariages et aux grossesses précoces. Nous réduirons ainsi le taux de natalité et la croissance de la population. Nous avons également une forte politique de santé de la reproduction pour amener hommes et femmes à prendre conscience que l’espacement des naissances est indispensable, non seulement au Niger, mais partout ailleurs.

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