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Maghreb : Quand les médecins émigrent en France

Près d’un tiers des praticiens étrangers exerçant en France sont issus du Maghreb. Les conditions d’exercice, souvent difficiles, n’empêchent pas l’arrivée en masse de nouveaux médecins.

Par Samia Lokmane-Khelil

Fadia voit son rêve enfin se réaliser. Elle vient de réussir aux épreuves de vali­dation des connaissances (EVC), orga­nisées cet hiver par le Centre national français de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la Fonction publique hospitalière.

Les résultats de cet examen réservé aux médecins à diplôme hors Union européenne, sont éloquents : sur près d’un millier d’admis, 90 % sont des praticiens maghrébins. Comme lors des sessions précé­dentes, beaucoup sont Algériens, mais on compte de plus en plus de Tunisiens.

Selon des chiffres du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) français, près d’un tiers des praticiens inscrits au tableau de l’ordre ont un diplôme maghrébin : 22,2 % viennent d’Algérie, 5,8 % du Maroc et 2,5 % de Tunisie.

Fadia vient de Sfax où elle a grandi et a effectué l’ensemble de ses études médicales. Étudiante brillante, elle a été envoyée il y a cinq ans en France, dans le cadre d’une formation spécia­lisée en oncologie.

Le stage terminé, la jeune femme décide de rester. « Tout le monde, ma famille, mes amis, y compris mes professeurs m’ont dissua­dée de retourner en Tunisie. Rien ne va plus dans le pays, dans le secteur de la santé encore moins », déplore Fadia qui évoque pêle-mêle l’indigence des hôpitaux, la surexploitation du personnel soignant et la détresse des patients qui doivent souvent se débrouiller pour se procurer les médicaments. Son constat est corroboré par les cris d’alerte lancés régu­lièrement par les médecins en Tunisie. Tout récemment, les praticiens du secteur public et privé ont observé une grève pour réclamer plus de moyens et un meilleur statut.

Les mêmes revendications sont exprimées par leurs collègues algériens. Lamine, égale­ment reçu aux EVC, connaît parfaitement la situation.

Après avoir terminé sa spécialité, il a exercé quelques années dans un hôpital de la banlieue algéroise, en qualité d’urologue.

Très vite, il s’est rendu compte qu’il se battait contre des moulins à vent. « J’étais triste à l’idée de renvoyer des patients à cause de pannes récur­rentes d’équipements. Tout était bureaucratisé, y compris l’acte médical », regrette le jeune médecin qui a tout lâché pour reprendre tout à zéro, hors de son pays. Et il est loin d’être le seul.

Selon des chiffres du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) français, près d’un tiers des praticiens inscrits au tableau de l’ordre ont un diplôme maghrébin : 22,2 % viennent d’Algérie, 5,8 % du Maroc et 2,5 % de Tunisie.

L’exode des blouses blanches algé­riennes, qui a commencé pendant la guerre civile des années 1990, s’est accentué ces dernières décennies. Le nombre des inscrits au tableau de l’Ordre a augmenté d’environ 30 % depuis dix ans. Ils étaient 5 400 en 2016, sur un ensemble de 20 000 médecins étrangers.

Pour les Algériens comme pour tous les médecins à diplôme hors UE, l’intégration du CNOM est le symbole de la reconnais­sance suprême. Elle représente aussi la fin de plusieurs années d’incertitudes.

Certains, à force de persévérance et de sacrifice, atteignent le bout du tunnel. D’autres pas. Parmi les moins chanceux figurent des milliers de méde­cins qui officient dans les hôpitaux, en tant que praticiens associés ou attachés.

Ce statut précaire les autorise à rejoindre à titre tempo­raire des établissements de santé, à y prodiguer des soins sous la supervision continue d’un médecin inscrit au Conseil de l’Ordre. Selon le Syndicat national des praticiens diplômés hors Union européenne (Snpadhue), 3 500 prati­ciens étrangers sont actuellement dans cette situation, dont une majorité de Maghrébins.

Ces médecins endurent des conditions de travail exécrables (journées de travail à rallonges, gardes de nuit…) et perçoivent des salaires inférieurs de 40 % à ceux de leurs collègues français.

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