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L’opération séduction d’Idriss Déby à Paris  

Du 6 au 8 septembre 2017, le forum Investir au Tchad a marqué le lancement des rencontres tchadiennes, en amont des négociations consacrées à son Plan national de développement. Le Tchad repart avec 18 milliards $ de promesses d’investissement.

Par Marie-France Réveillard

Afin de convaincre les partenaires potentiels et de rassurer les inves­tisseurs, le président tchadien, Idriss Déby Itno, est venu personnelle­ment à Paris défendre son PND (Plan national de développement). Avec succès, semble-t-il. En juillet, le Président rencontrait Emmanuel Macron à l’Élysée. Il fut question du soutien renouvelé de la France à l’homme fort du G5 Sahel.

Le chef de l’État tchadien est revenu sur la situation économique du pays, sévère­ment frappé par la chute des cours du pétrole depuis deux ans. Il fut convenu d’organiser des tables rondes dédiées au financement du PND. Des négociations commencent alors : « Nous travaillons depuis deux mois avec les partenaires potentiels tchadiens. Cet événement parisien n’est que la conclusion des débats », explique Ngueto Tiraina Yambaye, le ministre de l’Économie et du plan.

Le Premier ministre français inaugure les tables rondes, le 7 septembre, devant une salle comble et en présence du président Déby, de la Première dame, du président de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz, et de Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie), entre autres invités d’hon­neur. « La France est déterminée à accom­pagner le Tchad dans ses efforts de sécurité et dans ses efforts pour atteindre ses objectifs et ses intérêts économiques », assure Édouard Philippe.

Le président mauritanien ajoutera : « La communauté internationale a une dette envers le Tchad. » Sur fond de crise sahélienne, le chef de l’État tchadien, allié incontournable de la France dans la région, interpelle les invi­tés : « Le Tchad déploie de grands efforts pour la sécurité et les réfugiés ; 252 soldats sont morts dans la lutte contre le terrorisme, essentiel­lement au Mali. Le Tchad est aujourd’hui le verrou du Sahel, quoi qu’on en dise ! »

Entre diversification et résilience

Prudent, Idriss Déby, habitué aux grand-messes internationales, veut apporter des garanties aux quelque 500 partenaires potentiels, présents sur ces deux journées de rencontres au sommet : « Précédemment, il y a eu beaucoup d’annonces d’investissements alors que dans les faits, peu de fonds sont arri­vés. Entre “Merci” et “Je vous donne” : je prends ce qu’on me donne ! » La déclaration est claire au lendemain du 57e anniversaire de l’indé­pendance tchadienne…

Dans le cadre de la Vision 2030 du Tchad, les tables rondes consacrées au financement du PND ont réuni plusieurs centaines d’invi­tés triés sur le volet. Afin de convaincre les partenaires potentiels à investir, le PND propose quatre orientations principales : la diversification, la résilience, la transparence et l’État de droit. « Nous voulons sortir du tout hydrocarbures », explique le ministre du Développement industriel, Mahamat Hamid Koua.

L’économie du Tchad est, en effet, à plus de 75 % dépendante des revenus pétro­liers. Afin de corriger cette anomalie dans un pays à 80 % rural et agricole, l’État cherche à redonner à l’agriculture et à l’élevage, une place prioritaire. À ce jour, seul 8 % du poten­tiel agricole est valorisé alors qu’il représente 38 % des richesses nationales.

L’élevage, l’environnement, la pêche et le traitement de l’eau (re)deviennent des priorités nationales : « Les seules ressources pérennes sont celles sur lesquelles on peut compter. L’économie existait avant le pétrole ! », lance Assaïd Gamar Sileck, ministre de la Production, de l’irrigation et des équipe­ments agricoles. Le Tchad veut, parallèle­ment, dynamiser le secteur touristique en s’appuyant sur son patrimoine géologique, culturel et historique : « Le 1er homme est parti de notre territoire actuel. Pour nous Tchadiens, vous avez tous quelque chose en vous de tcha­dien ! Vous êtes tous des enfants d’immigrés ! », déclare, entre lyrisme et ironie, le ministre de la Culture, Mahamet Saleh Haroun, devant une audience amusée.

Enfin, le développement des nouvelles technologies (projet d’interconnexion entre le Cameroun et le Tchad) et le secteur minier (réforme du Code minier) sont les autres secteurs clés, plébiscités dans le cadre du PND 2017-2021. « Le PND est le fruit d’un diagnos­tic précis du tissu économique du pays avec quatre axes stratégiques : le renforcement de l’unité nationale, de la bonne gouvernance et de l’État de droit, d’un développement économique robuste et compétitif, et de l’amélioration de la qualité de vie de la population », annonce Idriss Déby Itno. Pour atteindre cet objectif repo­sant sur la mise en application d’une réforme globale, les partenaires privés sont sollicités : « Nous voulons en faire un levier de croissance et de création d’emploi, grâce au développe­ment des partenariats publics privés », explique le ministre du Développement industriel, Mahamat Hamit Koua, lors de la journée du 6 septembre, consacré aux investisseurs privés.

Une belle moisson

Pendant trois jours, des personnalités venues des quatre coins du monde, se sont retrouvées lors de cet événement financé par la BDEAC (Banque de développement des États de l’Afrique centrale). Les repré­sentants des plus grandes institutions inter­nationales ont répondu présents ainsi que des ministres venus du Maroc, des Émirats arabes unis, du Niger, d’Algérie ou encore de Guinée.

Par ailleurs, les représentants de nombreux partenaires techniques ont parti­cipé aux tables rondes comme le PNUD, la Banque mondiale, la BAD, la BDEAC, la BID, l’Union européenne, le FMI, la SFI, la BADEA, l’USAID, l’OIF, la CEA, la CEEAC, sans oublier la France. Les Rencontres tcha­diennes ont permis à l’adminis­tration de présenter ses nouveaux mécanismes de gouvernance et de gestion engagées dans le cadre de profondes réformes structurelles. Le suivi de l’évaluation devient une priorité et relève désormais d’une commission de surveillance, ouverte aux partenaires.

D’autre part, le président Déby s’est engagé à promouvoir l’allégement des procédures en faveur des bailleurs de fonds, ainsi que « la transparence » dans la gestion des ressources. In fine, alors que les repré­sentants tchadiens cherchaient à mobili­ser 6,74 milliards $ à leur arrivée à Paris, ils sont repartis avec quelque 18 milliards $ de promesses d’investissement, soit trois fois le montant escompté !

Ces tables rondes représentent un succès pour Idriss Déby Itno qui cherche à imposer le Tchad comme la nouvelle locomotive écono­mique régionale, renforcée par sa position de puissance militaire et dopée par le marché nigérian voisin. Le Tchad pourrait apporter de nouvelles opportunités aux investisseurs étran­gers, à condition que la transparence promise ne reste pas un voeu pieux et permette le décais­sement intégral des promesses faites. « Des diffi­cultés apparaîtront, j’en suis sûr, pendant la mise en oeuvre du PND », prévient le président tcha­dien dans sa conclusion.

À regarder les niveaux passés de décaissement, on peut se demander si « cela vaut la peine d’avoir de l’argent si on ne peut pas l’utiliser ! », reconnaît Idriss Déby qui affirme : « L’administration tchadienne sera à la hauteur du défi et va se mettre résolument au travail. » D’autres rencontres tchadiennes internationales devraient suivre dans les mois à venir mais demeure la question de la capa­cité du Tchad, à ce jour, à recevoir les milliards d’investissement annoncés, conformément aux best practices imposées par les partenaires internationaux… 

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