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L’intégration à l’africaine

Cette politique se traduit par des contraintes de frontières. Ainsi, on peut constater que le passage d’un pays membre de la Communauté à un autre est généralement subordonné, sauf dans le cas d’arrangements bilatéraux, à l’obtention d’un visa. De même qu’un séjour excédant un certain délai – souvent trois mois – soumet le migrant intracommunautaire au régime du titre de séjour. Décidées à l’origine par le Gabon, ces mesures discriminatoires sont aujourd’hui généralisées à l’ensemble des États de la zone, ou presque, et constituent un facteur majeur d’entrave à la libre circulation des personnes.

Le 14 juin 2013 restera une date historique dans le processus d’intégration de la Cemac : réunis en sommet extraordinaire, les chefs d’État ont décidé de supprimer les visas pour les ressortissants des pays membres. Au plan législatif, la décision est effective depuis le 1er janvier 2014. Pourtant, à ce jour, aucun changement n’a été enregistré dans les faits.

Interrogés sur leur perception de la mondialisation, les élèves de l’école de commerce BBS de Libreville (filiale du Groupe BGFI Bank) ont répondu : « À quelques heures d’avion des pays qui alimentent nos illusions, les hommes n’ont jamais été aussi éloignés les uns des autres. C’est peut-être l’occasion de remercier une fois de plus Internet qui peut tout aussi bien nous renvoyer au coeur de l’histoire en un clic ou nous projeter dans le futur. À l’affût de l’information en temps réel, Internet et les technologies nous font visiter les coins les plus éloignés. »

Ces élèves touchent là le grand paradoxe de la modernité africaine : les hommes n’ont jamais voyagé aussi rapidement. Se multiplient tant les migrations clandestines que le tourisme, en passant par les déplacements professionnels (missions, formations, séminaires.) sans oublier les choquantes opérations de rapatriements ainsi que les mouvements allers et retours du Brain Drain (fuite des cerveaux).

Cependant, le rapprochement de ces deux mondes crée des tensions et des rêves d’un nouveau genre, tout en alimentant les craintes des pays d’accueil (surpopulation, insécurité, chômage…). Finalement, il est inévitable de se poser la question de savoir à quelle vitesse voyage un citoyen dudit « village planétaire ». Observons les statistiques de migrations des cinq dernières années.

En 2013, quand 1 000 personnes quittaient la zone Cemac, 999 y entraient ! (soit un rapport de 1 pour 1 000). Dans la zone Uemoa, le rapport est encore plus faible. Dans le même temps, la part des migrants originaires d’Afrique dans la population mondiale de migrants est restée stable, à 9 %.

Les frontières se sont érigées en forteresses et les migrations sont de plus en plus limitées. La manifestation en est très poignante, vue de l’Afrique. Les pays pauvres seraient-ils donc largement en dehors du processus de mondialisation ?

Les jeunes Africains s’inquiètent de la sécurité et de la vulnérabilité des systèmes d’information : courriels indésirables, spams, viol de la vie privée, extorsion de fonds via l’Internet, importation du terrorisme… Ces jeunes notent également qu’ils sont amenés à faire moins d’eff orts individuels du fait de ces nouvelles technologies. Ils subissent un appauvrissement de leur niveau intellectuel.

Les jeunes Africains perçoivent à travers cette mondialisation une forme d’acculturation vis-à-vis de la Francophonie, puisque pour surfer sur les réseaux sociaux il est préférable d’être anglophone.

L’internationalisation consiste, théoriquement, en l’échange des biens sur la base d’avantages comparatifs ; la mondialisation obéit davantage au rapport de subordination… Certains, comme l’économiste Octave Jockung, avancent que l’Afrique subit la globalisation et non la mondialisation. Les capitaux circulent par milliards d’un pays à l’autre, grâce aux facilités offertes par la nouvelle technologie. Cette situation crée des opportunités spéculatives plus que des opportunités commerciales. Prenons garde à ce que cette tendance ne se confirme pas en Afrique, car elle peut être source d’instabilités financières et d’appauvrissement. L’Afrique semble en être consciente ; c’est déjà ça ! 

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