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L’intégration à l’africaine

Et si l’entrée de l’Afrique dans la mondialisation de l’économie, certes souhaitable, n’était pour l’heure qu’une illusion, entretenue par les nouvelles technologies ? Le point de vue de deux universitaires, Dhafer Saïdane (Skema Business School) et Veronick Ezo’o (BBS Libreville).

L’intégration est essentielle si on veut libérer le potentiel de l’Afrique. Le continent doit saisir cette opportunité pour maîtriser son marché, attirer les investisseurs et créer des emplois », considère Victor Murinde, directeur de l’Institut africain de développement, une structure de la BAD. Cette intégration régionale que beaucoup souhaitent accélérer est l’une des formes d’expression d’un processus plus vaste : la mondialisation des échanges de biens, de services, de capitaux. Sans oublier celle des hommes.

En Afrique, nouvelles technologies et Internet constituent la première courroie de transmission de cette mondialisation.

Ils facilitent la transmission de l’information, et les échanges d’idées à l’échelle planétaire. Les nouvelles technologies ouvrent l’ère du « travail sans frontières », disent les Africains. L’Afrique semble s’être engagée dans la mondialisation par une intégration régionale affirmée. Mais cette intégration semble illusoire, car elle est entravée par de nombreuses contraintes.

À l’échelle du continent, la mondialisation se matérialise au premier abord par les innombrables accords bilatéraux et multilatéraux ainsi que par les coopérations.

Les 54 pays du continent se sont également rassemblés dans des espaces économiques pour pouvoir constituer des marchés d’envergure. Les unions économiques et zones monétaires comme la Cemac ou l’Uemoa développent une identité propre. La monnaie commune, le franc CFA, favorise leur rassemblement. Les différents échanges en termes commerciaux ont aussi conduit les pays à harmoniser le droit grâce à l’Ohada (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des aff aires). Incontestablement, ces différents accords ont débouché sur d’importants points positifs.

En mars 2014, le Maroc et le Gabon ont signé des accords bilatéraux couvrant plusieurs domaines de l’économie comme l’agriculture, la sécurité alimentaire, les services bancaires (autour notamment d’Attijariwafa bank), le tourisme et l’hôtellerie, la coopération maritime, la marine marchande ainsi qu’une convention pour la construction de logements sociaux…

Le Gabon et la Côte d’Ivoire renforcent leur coopération, qu’elle soit politique ou économique. Ainsi, la Côte d’Ivoire a contribué à la formation de nombreux cadres gabonais. Le Gabon bénéfi cie également de l’expertise du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), l’établissement parapublic qui accompagne l’État ivoirien dans la réalisation des grands projets d’infrastructure et d’études.

Enfin, nous pouvons citer l’exemple de la coopération Cameroun-Tunisie, qui porte notamment sur les accords relatifs au transport aérien. Lequel connaîtra une impulsion nouvelle dans un futur proche. Les deux pays négocient la suppression mutuelle des procédures d’obtention de visas.

Dans le cadre de cette mondialisation, les banques ne sont pas en reste. Elles expriment de la plus belle des manières l’intégration africaine. Parmi les plus célèbres, on peut citer Ecobank. Le géant bancaire est présent dans près de 40 pays et revendique, à juste titre, le statut de « banque panafricaine ». Nous pouvons citer la sud-africaine Standard Chartered, la marocaine Attijariwafa, l’angolaise Banco BIC, ou la gabonaise BGFI Bank. Cette dernière, au-delà de l’Afrique, est déjà présente en France, et étend son activité hors du réseau africain. La liste n’est pas exhaustive…

Dans la réalité, sur le plan économique, la circulation des flux de biens, de services et de capitaux entre les deux zones Uemoa et Cemac, rencontre des difficultés, sans parler des entraves à la circulation des personnes. Au sein de la zone Cemac, le flux d’échange est en deçà du potentiel de la région. Entre les années 2000 et 2007, les échanges intracommunautaires dans la zone Cemac oscillaient entre 0,5 % et 1 % du commerce total des pays membres. Alors que dans le même temps, les pays membres de la Cedeao, ou encore du Comesa (Common Market for Eastern and Southern Africa) réalisaient des échanges intracommunautaires, proches de 22 % du total de leur commerce extérieur.

Incontestablement, l’intégration n’est pas du goût de tous les Africains. Au sein de la zone CFA, et particulièrement de la zone Cemac, les deux francs CFA, à savoir celui utilisé en Afrique de l’Ouest (XOF) et celui utilisé en Afrique centrale (XAF) ne se ressemblent pas. Les deux monnaies ne sont pas interchangeables et convertibles entre elles, bien qu’elles aient la même valeur ! Dans ces conditions, on ne peut pas parler d’une zone monétaire commune, mais de deux zones juxtaposées. Au quotidien, l’Africain de la rue doit passer par les services de change pour obtenir l’un des deux francs CFA, en fonction de la zone dans laquelle il se trouve. Les modes de gestion et de régulation sont propres aux zones régionales.

Toujours en zone Cemac, nous trouvons deux Bourses de valeurs et deux régulateurs de marchés financiers : la Douala Stock Exchange, au Cameroun, régulée par la Commission des marchés financiers (CMF), et la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), sous l’autorité de la Commission de surveillance du marché fi nancier (Cosumaf), sise à Libreville au Gabon. Pour autant, l’un des plus graves problèmes de la Cemac est celui de la libre circulation au sein de la zone. La mauvaise mobilité des personnes engendre des difficultés, parfois péniblement vécues. De ce fait, le commerce intrarégional demeure très faible. Il se situerait entre 1 % et 2 % des transactions.

La question de la libre circulation des personnes constitue une des pierres d’achoppement entre les pays membres de la Cemac. Cette mésentente est liée à une multitude de raisons, certaines infondées. Trois grands mythes sous-tendent le refus manifeste du Gabon et de la Guinée équatoriale d’appliquer le principe communautaire de la libre circulation des personnes : l’invasion démographique, la spoliation économique et la perversion sociale associée à la délinquance d’origine étrangère. Fortement ancrées dans les consciences nationales, ces représentations s’expriment à travers des politiques migratoires et des pratiques frontalières particulièrement discriminatoires à l’égard des ressortissants de la sous-région. Cette conception « durcie » des frontières découle d’un besoin de construction et de préservation des identités nationales.

Différentes procédures protectionnistes agissent contre une réelle intégration. On ne peut pas ouvrir les frontières sans contrôle, sans se protéger, disent les autorités, car il faut maîtriser les accès et éviter les abus. Cette situation s’accompagne parfois d’expulsions d’étrangers.

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