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Libye : Sadiq al-Kabir, un gouverneur fragile ?

Sukuks plutôt que dévaluation

Depuis janvier, les compagnies doivent prouver qu’elles ont en dinars libyens l’équivalent de la valeur des marchandises qu’elles veulent faire venir de l’extérieur. Husni Bey, dont l’empire HB Group est l’un des plus fleurissants du pays, continue d’exiger publiquement de Sadiq el-Kabir qu’il dévalue le dinar.

Au marché officiel, l’euro s’échange 1,62 dinar libyen ; au marché noir, il grimpe à 10,80 dinars. Cette politique drastique n’a pas forcément l’aval des économistes qui précisent que la dévaluation doit s’accompagner d’un contrôle politique pour s’assurer que des billets ne soient pas fabriqués en douce – en 2016, la Banque centrale de l’Est a fait imprimer pour 2,48 milliards d’euros de billets en Russie – et que les devises mises sur le marché après la dévaluation ne s’évaporent pas du circuit monétaire, « avec toutes les milices qui pullulent dans le pays, notamment au sud où la frontière est poreuse, comment en être sûr ? », s’interroge un responsable libyen d’une agence d’exper­tise commerciale européenne.

Les experts penchent plutôt pour un changement des billets sur une courte période pour réintro­duire dans l’argent dans le circuit bancaire. Sadiq al-Kabir semble se diriger vers une troisième voie en forme de pied de nez aux financiers occidentaux. En novembre 2017, lors du Forum sur le secteur bancaire libyen, Abdurrahman Habil, membre du comité directeur de la BCL, a évoqué la possibilité d’avoir recours aux sukuks.

Le financier envisage d’adosser ces obligations islamiques au baril de pétrole. Une stratégie fondée notamment sur la bonne tendance de la production avec 975 000 barils par jour. En 2017, le déficit budgétaire a ainsi baissé de 48 % passant de 20,3 à 10,6 milliards de dinars, soit 6,5 milliards d’euros.

Victime de la rivalité Est- Ouest ?

Mais il s’agit aussi et surtout de tenter de contrer l’influence grandissante du politique dans les affaires monétaires. La Banque centrale est affiliée au gouvernement d’union nationale (GUN) basé à Tripoli.

Or, la politique économique du GUN est principalement dictée par le vice-Premier ministre, Ahmed Maetig, lui-même entre­preneur et très proche de Mohamed Raied – ils sont tous deux originaires de la ville de Misrata – et de Husni Bey.

Pour contrer cette influence, Faez El-Serraj, le Premier ministre, s’est rapproché de Aboubaker al-Jafal, le vice-ministre des Finances, origi­naire de l’Est. Sous pression internationale et pour s’affranchir de l’influence misratie, Faez Serraj a donné des gages aux leaders de l’Est. Sadiq al-Kabir, originaire de l’Ouest mais mal vue par Misrata, pourrait faire les frais de ces querelles politiques.

Aucun nom ne s’impose pour le remplacer mais si le politique arrive à reprendre la main sur les questions monétaires, cette absence de leadership ne sera plus perçue comme un problème, au contraire. Une fin qui serait ironique pour celui qui s’est maintenu à la tête de la Banque centrale grâce à l’instabilité politique.

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