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L’État doit jouer son rôle de soutien au privé

L’État doit jouer son rôle de soutien au privé
  • Publiémai 16, 2022

Cela étant, on constate quelques réussites, quelques modèles à suivre…

C’est vrai, des pays comme le Botswana ou le Cap-Vert sont des exemples de réussites, en matière politique. Dans le champ économique, le Maroc arrive à se transformer, à s’industrialiser et à créer des zones économiques spéciales. Pendant la crise sanitaire, le Maroc a fait partie des pays qui ont réagi le plus vite par la production de masques et d’appareils respiratoires. Le Kenya qui, au niveau politique, n’est pas un modèle de réussite, réalise des transitions intéressantes : ce pays se diversifie avec des pôles économiques et le développement d’infrastructures pour relier les capitales.

Le Botswana a décidé de ne plus exporter le diamant brut mais de réaliser la première étape de la transformation, pour capter une partie de la richesse. C’est aussi un exemple intéressant à regarder.

À son échelle, l’Ile Maurice a réussi à transformer une économie sucrière et textile vers une économie plutôt financière et technologique. Le Rwanda entreprend une transformation numérique et financière intéressante.

 

Quel est l’état des forces et des faiblesses du secteur privé ? On lui attribue toutes les vertus du monde mais est-il capable de transformer l’Afrique ?

Il en est capable, à condition de lui en donner les moyens. En gros, le secteur privé représente à peu près 100 millions d’entreprises dont 95% sont des TPE et des PME. Plus de 90 millions d’entreprises comptent entre 1 et 20 salariés, et entre 1 et 3 salariés pour 50% d’entre elles. Ce sont de très petites entreprises. Pour miser sur le secteur privé, fait de petites entreprises dont plus de 50% de l’activité est dans le commerce, il faut réussir des transformations brutales.

Cela veut dire que nous devons soutenir massivement ces entreprises privées pour qu’elles passent à l’échelle et qu’elles bougent dans la sphère industrielle. Le rôle des États est primordial ! Le secteur privé peut relever le défi à condition que l’État joue son rôle, et c’est là la limite de l’exercice. Aux États-Unis, en France, en Allemagne ou même à Singapour, qui sont des économies privées, l’État joue un rôle essentiel dans le développement des PME. L’État doit reprendre ce rôle à sa charge par un environnement qui doit permettre au secteur privé de se développer plus vite. Réduire les barrières administratives, les mesures fiscales pour faciliter les éclosions. Deuxièmement, faciliter l’accès aux marchés publics car, il faut s’en rendre compte, le plus gros commandeur est tout de même l’État. Les matières premières, les matières agricoles et les infrastructures sont généralement financées et récupérées par l’État, à commencer par les impôts à la douane.

L’État s’assure que le secteur privé participe à cette transformation en lui donnant accès à ses marchés, aux technologies et aux facilités. Il demande que les tous gros projets d’infrastructures, même celles des grosses entreprises internationales qui apportent de l’expertise, voient systématiquement une kyrielle de PME et d’entreprises locales participer à ces projets.

Dans une deuxième étape, ce sont ces PME qui réalisent ces projets avec, parfois, l’appui d’entreprises internationales. Le secteur privé peut donc jouer ce rôle à condition qu’il grandisse plus vite, que l’État joue son propre rôle en lui libérant plus de financements.

Les PME ont un déficit de financement de plus de 300 milliards d’euros, et 20% de leur financement viennent des acteurs financiers classiques. Nous devons résoudre ce problème en favorisant l’accès à un financement différent mais surtout à un grand nombre de financements par seulement bancaires pour que les PME puissent aujourd’hui trouver un souffle pour participer au développement économique des pays.

 

Compte tenu de l’actualité, croyez-vous que ces idées vont pouvoir trouver leur chemin dans le contexte actuel ?

Il faut toujours garder espoir. Mais, honnêtement, ces idées-là existent depuis longtemps. Il était possible de penser qu’avec deux ans de crise sanitaire les États, en tout cas en Afrique, accéléreraient ces processus. Ce n’est pas visible. Les gouvernants ont leurs problèmes et n’arrivent pas à gérer les priorités. La crise sanitaire a permis de se dire : « C’est l’occasion rêvée pour que les pays africains se dotent d’infrastructures sanitaires, d’hôpitaux modernes, d’écoles de formation aux métiers de la santé. » Cet espoir a duré deux ans mais on n’a pas vu grand-chose.

Cela dit, les entrepreneurs africains ont démontré leur résilience. Certains ont fermé et d’autres sont restés et ont résisté à la crise. Les États aussi ont résisté tant bien que mal mais, à mon avis, ils n’ont toujours pas pris la mesure de l’urgence d’un soutien plus massif au secteur privé. Ils nous diront que c’est qu’ils ont moins de moyens mais, dans les pays qu’on dit développés, la contribution des États, en matière de soutien au secteur privé, a représenté plus de 20% à 30% de leur richesse, ce qui est énorme. Alors que, dans beaucoup de pays africains, il s’agit de 1% à 3%, peut-être 5% pour les meilleurs, mais il n’y a pas eu de soutien massif au secteur privé.

En réalité, le problème est l’impact. Pour en avoir, il faut des mesures massives et ne plus s’amuser à saupoudrer ici et là. C’est ce que font malheureusement les États, peut-être aussi parce que les ressources sont limitées. Mais comment affecter les ressources de manière plus intelligentes pour créer de l’impact dans les secteurs clés qui ont un effet d’entraînement ? C’est sans doute là où les priorités doivent être mieux définies.

 

On observe une compétition internationale redoutable autour de ce qu’on appelle la bataille des cerveaux et des compétences. L’Afrique risque-t-elle d’être fragilisée un peu plus ?

Une fuite des cerveaux est possible, si nous ne réglons pas rapidement la question de l’économie et de la sécurité. Depuis 25 ans, nous faisons la promotion du retour des cerveaux et il est exact que les Africains veulent rentrer massivement. En face, le continent est toujours en situation de déficit structurel d’emplois !

Les écoles de commerce et de gestion arrivent à former des candidats de bonne qualité, dans la plupart des pays. Le marché offre des compétences de bon niveau dans le management, l’audit, la finance et la gestion. Il reste un déficit dans les filières techniques.

Il faut créer chaque année de 15 à 20 millions d’emplois formels mais les pays en créent à peine 3 à 5 millions. Face à ce déficit structurel, les gens ne peuvent pas rester les bras croisés. Certains vont entreprendre par défaut et c’est là que, peut-être, une réponse peut être apportée. Puisqu’il n’y a pas de création massive d’emplois à travers des investissements massifs de transformations structurelles économiques, il faut au moins donner des ressources pour que des entrepreneurs accèdent à des financements dans le cadre de leurs projets. Cela veut dire qu’il faut créer plus d’entrepreneurs, parce que l’Afrique est une terre d’entrepreneurs. Il n’y a aucun continent, excepté l’Asie, où l’on compte autant d’autoentrepreneurs, quasiment sans aucune formation.

Comment arrimer ces millions d’autoentrepreneurs à une chaîne de production économique avec des entreprises que les pays font naître, aident à formaliser, financent et mettent dans le sillon de projets plus importants pour leur permettre tout de suite de se professionnaliser, d’investir des marchés et donc d’avoir des financements et de la formation technique donc du renforcement de capacités pour les faire grandir ?

Nous avons une opportunité extraordinaire, liée à la numérisation. Les jeunes Africains manipulent l’outil numérique de manière magistrale. Cela veut dire que nous avons une opportunité où créer également une industrie autour de l’économie du numérique et de la technologie, pour transformer les économies. Cela peut s’appliquer à tous les secteurs.

Dans les mines, un gros secteur, certaines sont exploitées uniquement par les technologies. En prenant tous les secteurs industriels, vous pouvez développer des expertises en Afrique autour de toute cette économie de la transformation industrielle ou de la logistique. Des plateformes comme Amazon, Google ou Facebook sont numériques. Il est possible de créer une économie numérique avec ces millions de jeunes qui peuvent transformer l’Afrique, en leur donnant la capacité d’entreprendre mieux, différemment, et de rentrer dans des grands projets.

 

 

@HBY

Écrit par
Hichem Ben Yaïche

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