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Les festivals à la conquête des étoiles

Les festivals à la conquête des étoiles
  • Publiéaoût 4, 2022

De nombreux festivals à grande échelle suivent le modèle européen et américain, qui consiste à verser des sommes importantes pour attirer des talents musicaux reconnus à l’échelle internationale, comme l’Afro Nation Festival, produit par la société de divertissement britannique Event Horizon, qui a fait ses débuts au Ghana en 2019 avec les superstars Stonebwoy, Wizkid, Davido, Shatta Wale et Burna Boy parmi ses têtes d’affiche.

En revanche, les fondateurs du festival Nyege Nyege en Ouganda ont adopté une approche différente. Nyege Nyege s’est d’abord imposé comme un label musical au cœur d’une scène musicale florissante à Kampala, la capitale de l’Ouganda.

 

Musiciens au Nyege Nyege festival (Photo : Link Reuben).

 

La première édition du festival en 2015 n’avait pas de têtes d’affiche, mais quelques artistes locaux jouant une grande variété de styles musicaux sur des instruments historiques et des machines innovantes, comme le premier synthétiseur modulaire DIY d’Afrique fabriqué par l’artiste ougandais et fana de technologie Afrorack. Nyege Nyege a choisi de promouvoir l’expérience plutôt que d’aligner des listes de « noms ».

 

Programmer des artistes locaux

« Notre stratégie, parce que la musique est intégrée dans un projet plus large, est de mettre en avant des artistes moins connus », explique Derek Debru. « Au début, nous avons eu du mal à convaincre le gouvernement que le festival pouvait dynamiser l’économie locale : comment 500 personnes qui dansent dans une forêt peuvent-elles contribuer à quoi que ce soit ? »

Néanmoins, au fil des ans, Nyege Nyege est devenu un élément essentiel de la scène musicale de Kampala et a acquis une réputation internationale considérable et ses plus grandes foules sans réserver de grandes stars.

« Cette année, pour la première fois, nous avons lancé la sixième édition sans annoncer la programmation des artistes et nous n’avons jamais vendu autant de billets », se réjouit Dereck Debru.

Nyege Nyege n’est certainement pas le premier et le seul festival de musique en Afrique qui joue sur l’authenticité de la musique, de la nourriture, des visuels et des activités africaines pour créer une expérience unique et attirer un public international. Le Sauti za Busara de Zanzibar s’assure que les musiciens locaux sont la colonne vertébrale de la fête en programmant au moins 50% d’artistes tanzaniens.

Donner aux artistes locaux une visibilité mondiale peut, en retour, servir les intérêts des organisateurs du festival. Les événements qui mettent en valeur les talents locaux et les styles musicaux authentiques sont plus susceptibles de recevoir le soutien du gouvernement et des donateurs internationaux, et peuvent attirer des touristes étrangers désireux de vivre une expérience différente des circuits de festivals européens et américains.

Les organisations internationales telles que l’Alliance française, le Goethe-Institut et le British Council, importants promoteurs d’événements en direct en Afrique, offrent également un soutien aux événements culturels authentiques. Par exemple, en 2019, l’ambassade de Norvège en Tanzanie a annoncé qu’elle soutiendrait les coûts de fonctionnement de base du festival Sauti za Busara à hauteur de 342 000 dollars, jusqu’en mars 2022.

 

Un modèle économique à trouver

Soutenir les actes émergents peut également renforcer la crédibilité et attirer les stars du futur en soutenant leur ascension. « Nous espérons toujours que, plus tard, nos artistes vont exploser et que nous serons crédités pour les avoir réservés à un stade précoce de leur carrière », veut croire Dereck Debru.

Il semble que cela fonctionne. Les musiciens de Nyege Nyege donnent plus de 200 concerts à travers le monde chaque année et leur popularité ne cesse de croître. « Quand les gens voient notre programmation, ils voient des grands noms, mais ce sont tous des artistes de notre liste. »

Outre les revenus qu’ils procurent aux artistes et aux promoteurs, les organisateurs de festivals soulignent les avantages que l’accueil d’événements peut apporter à l’économie au sens large.

Pour de nombreux pays africains, les festivals peuvent jouer un rôle dans la préservation, mais aussi dans la relance, de l’héritage musical ancien du continent. Le défi, pour les promoteurs de festivals de musique mais aussi pour les gouvernements, est de capitaliser sur cet héritage tout en le rendant rentable.

Les restaurants et les entreprises locales profitent de la demande soudaine créée par une grande foule de spectateurs, et beaucoup s’établissent comme vendeurs pour répondre à l’événement. Les hôtels et les compagnies aériennes peuvent également s’attendre à un coup de pouce.

Le festival Gnaoua au Maroc, qui a accueilli plus de 300 000 personnes en 2019, a eu un impact économique important sur la ville portuaire d’Essaouira. Depuis sa création en 1998, la ville a triplé sa capacité hôtelière, passant de 145 000 à près de 500 000 nuitées par an, selon le cabinet de conseil marocain Valyans.

 

Un rôle social

Le festival MTN Bushfire crée entre 900 et 1200 emplois et génère environ 3,4 millions de dollars pour l’économie générale d’Eswatini chaque année, selon Thorne. Le festival Nyege Nyege fournit gratuitement de nombreux espaces de vente. « Vous pouvez venir vendre n’importe quel produit, des lunettes de soleil aux glaces, en achetant simplement un ticket », explique Dereck Debru.

Les festivals ont d’autres résultats importants, comme le transfert de compétences et de savoir-faire, avec des répercussions potentielles sur différents secteurs de l’économie.

Le Culture Musical Club se produit au Sauti za Busara festival (Photo : Jeremy Llewellyn).

 

« En faisant venir des prestataires de services clés de l’extérieur d’Eswatini, par exemple d’Afrique du Sud, notre objectif ultime est de nous assurer que nous développons les compétences locales », explique Jiggs Thorne.

Pour qu’un festival dure, il est essentiel qu’il soit plus qu’un simple divertissement et qu’il joue un rôle important dans le développement social d’un pays. Par exemple, le MTN Bushfire festival a travaillé à développer fermement une empreinte écologique. En 2019, plus de 50 % des déchets générés pendant l’événement de deux jours ont été recyclés, et une interdiction du plastique à usage unique a été progressivement imposée.

@NA

Écrit par
Léo Komminoth

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