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African Business

Les atouts de la Tunisie

Peut-on tenir un discours optimiste à l’égard de la Tunisie ? Visiblement, oui, à en croire un panel de dirigeants d’entreprises ou d’organisations, réunis par la Fondation Prospective et Innovation.

Par Laurent Soucaille 

La Tunisie a souvent été décrite, ces derniers mois, sous l’angle de ses difficultés budgétaires. Pourtant, le pays a quelques atouts à faire valoir. Notamment l’excellent niveau de formation des Tunisiens et l’importance accordée aux TIC (Technologies de l’information et de la communication).

Le pays semble plutôt bien traverser la pandémie à Covid-19, sur le plan sanitaire. Et comme dans d’autres pays africains, l’épisode sert d’accélérateur dans le domaine des nouvelles technologies.

« Bien sûr, toutes les sociétés vont souffrir de la pandémie, mais celles du digital moins que les autres. Les entreprises du secteur sont plus jeunes, plus agiles, et positionnés sur des segments immédiatement porteurs », considère Benoist Grossmann (Idinvest)

Fadhel Kraiem est, depuis février 2020, ministre des Technologies de l’information et de la transformation digitale. Il considère que la crise a permis de montrer l’intérêt du digital, tandis que les télécoms ont vu leur trafic augmenter, sans incidents.

L’environnement de travail des entreprises s’est amélioré, compte tenu des conditions et de l’urgence. Selon le ministre, l’intérêt pour le digital est le fruit des partenariats public-privé qui associent aussi la société civile. « Le secteur public, le secteur privé, ont travaillé la main dans la main », ce dans plusieurs domaines d’activité (social, santé, etc.).

« Nous avons l’exemple que beaucoup de choses sont possibles aujourd’hui et que l’après Covid signifie accélération de la dynamique de digitalisation de l’économie. » Aujourd’hui, tout en restant vigilants, « nous voyons que nous maîtrisons l’épidémie ». En effet, la Tunisie, qui semble à un tournant, vient de décider une réouverture de ses frontières, à compter du 27 juin.

À l’avenir, « nous assisterons à une redistribution des cartes et la Tunisie aura un rôle à jouer, ne serait-ce qu’en raison de sa proximité avec l’Europe », explique Fadhel Kraiem. Qui voit là « l’un des atouts » du pays, avec son ancrage en Afrique du Nord, « au sein d’un continent jeune ». Le ministre déroule les atouts de son pays : « Notre système éducatif est internationalement reconnu et accorde une place privilégiée aux nouvelles technologies, aux TIC. Environ 15% des 60 000 diplômes accordés chaque année y sont dédiés. »

D’abondantes ressources humaines

La Tunisie est connectée à l’Europe via quatre câbles sous-marins et dispose de 20 000 km de fibres optiques, qui relient notamment les principaux centres industriels, en haut débit. La Tunisie compte 268 start-up labellisées dont 211 sur le Grand Tunis (quatre gouvernorats).

Durant le confinement, beaucoup d’entreprises ont poursuivi leurs activités et ont pu correspondre avec leur maison mère, y compris quand cette dernière était à l’étranger.

Plus généralement, les cadres juridiques, administratifs sont « plus favorables aux investissements, notamment dans le secteur du numérique ». Le fait que la Tunisie soit une jeune démocratie est un atout important, dans un domaine où le respect des données est essentiel, par exemple. « Nous nous approchons des meilleures pratiques internationales », explique le ministre qui précise qu’une loi portant sur le RGPD est déposée au Parlement.

Badreddine Ouali est le patron de Vermeg, éditeurs de logiciels financiers. Il œuvre aussi au sein de la Fondation Tunisie Développement et du programme d’aide aux entreprises du numérique Smart Tunisia. Il observe que beaucoup d’acteurs du numérique, divers et variés, choisissent la Tunisie. Le pays est à deux heures de Paris et est réputé pour sa grande douceur de vivre. Surtout, nous, chefs d’entreprise, « bénéficions d’une abondance de ressources humaines ».

Une porte d’entrée vers l’Afrique

Néanmoins, les investisseurs ont besoin de trouver les bons interlocuteurs, en fonction de leurs besoins. C’est là qu’intervient Smart Tunisia : « Nous connaissons les acteurs privés, publics, les problématiques spécifiques. »

En effet, confirme-t-il, la Tunisie est l’« un des pays qui a le moins souffert de la surcharge des réseaux à l’occasion de la crise pandémique ! » Tandis que d’autres ont été saturés très vite, que des acteurs sont partis ou se sont découragés. Au-delà d’une indéniable baraka, la Tunisie a su, grâce à ses efforts sanitaires, éviter le pire pendant l’épidémie. Ce qui constitue, vis-à-vis des investisseurs potentiels, « un atout appréciable ».

Christian Jannot est directeur des opérations de SagemCom. Il est présent depuis plus de douze ans en Tunisie, pour le compte de ce spécialiste des terminaux communicants. À son sens, la Tunisie offre « un excellent rapport compétences/coûts ». En témoigne la croissance de sa société, passée de 200 salariés en 2008 à 800 aujourd’hui. « Ce, tout en restant non loin de la France », siège du groupe.

Dans le domaine des nouvelles technologies, l’« écosystème tunisien est très porteur, grâce aux liens avec les écoles ». Les projets de fin d’études correspondent aux besoins des entreprises et du marché. En dépit ou à cause d’un important chômage, le gouvernement a pris « beaucoup d’initiatives » en matière de création d’emplois. « Elles vont augmenter les ressources disponibles pour ceux qui s’installeront en Tunisie », explique le responsable qui salue le rôle actif des partenaires du développement.

Sonia Khachlouf est directrice pays de ADP Automat Data Process, une société américaine spécialiste des solutions d’externalisation du capital humain, notamment des paies. 

Ombeline Allant est directrice pays du groupe Vocalcom. Sa société s’adresse à 23 pays d’Afrique, à partir de la Tunisie. La Tunisie est un « hub » pour aller vers le reste du continent, « malgré une politique parfois timide de ses gouvernements, en ce domaine », regrette-t-elle. Pourtant, l’image du pays est « excellente », dans le reste de l’Afrique, notamment en matière de compétences.

Sonia Khachlouf est directrice pays de ADP Automat Data Process, une société américaine spécialiste des solutions d’externalisation du capital humain, notamment des paies.

ADP est implantée dans plus de 140 pays et est présente depuis en 2007 en Tunisie. Son activité principale, à l’origine était la paye. Elle a recruté pas moins de 250 personnes, ces deux dernières années. « Nous cultivons, bien sûr, la proximité avec l’Europe. La mise en conformité avec la réglementation européenne, dans nos activités, est un atout. »

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