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Lent décollage des marchés

Les marchés de la dette sont embryonnaires en Afrique, mais font l’objet de toutes les attentions. Le développement des produits et marchés de dérivés, semble un complément indispensable pour mener à bien la diversification des sources de financement.

Sunil Benimadhu, président de l’African Securities Exchanges Association (ASEA), considère que les Bourses africaines devraient stimuler « les 4 S de l’espace des échanges, à savoir les Synergies, le Soutien, le Scope et la Substance ». En premier lieu, il s’agit de développer les synergies avec les autres compartiments du secteur financier (banques, assurances, gestion d’actifs, fonds de pension) et travailler à une approche intégrée pour le développement des services financiers. Ensuite, le soutien des autorités publiques est indispensable afin de développer des marchés efficients et compétitifs. Sunil Benimadhu prône également la diversification de la gamme des produits et services proposés sur les Bourses africaines, y compris des obligations, des fonds cotés, des produits structurés et des dérivés. Enfin, afin d’attirer de nouveaux investisseurs, les places financières doivent apporter la preuve de leur contribution à la création de valeur et au bien-être de la société « à la fois dans une perspective quantitative et qualitative ». Le 24 février 2015, la BAD et Bloomberg ont lancé l’Afmism Bloomberg African Bond Index (ABABI), une nouvelle famille d’indices obligataires africains. Calculé par Bloomberg, cet indice composite est constitué d’indices souverains en monnaie locale, respectivement d’Afrique du Sud, d’Égypte, du Nigeria et du Kenya. Pour Stefan Nalletamby, directeur du Développement du secteur financier de la BAD, « le lancement de ces indices arrive à point nommé, à un moment où les pays africains sont, plus que jamais, à la recherche de financements sur les marchés de capitaux domestiques, indispensables au développement économique ».

La Bourse de Nairobi vient d’engager trois banques afin de créer une chambre de compensation de produits dérivés ; la place pourrait proposer ces produits dès le second semestre 2015.

« Les marchés ont un besoin évident d’une référence transparente et objective pour la dette souveraine en Afrique. Les indices sont essentiels pour évaluer les marchés, et contribuent en même temps à la liquidité en offrant aux investisseurs un point de référence pour mesurer leur performance », souligne David Tamburelli, chef de produit pour les marchés émergents chez Bloomberg.

Les marchés de dette en Afrique n’en sont qu’à leurs prémices. En Afrique subsaharienne, ils sont dominés par les titres d’État, essentiellement de brèves échéances et des activités centrées sur le marché primaire domestique, les activités sur le marché secondaire, peu liquide, étant limitées. Le taux de rotation est faible, la plupart des titres étant détenus jusqu’à l’échéance. Les marchés de la dette des entreprises sont pratiquement inexistants, sauf en l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, en Afrique du Nord. 

On enregistre quelques transactions sur les obligations du marché secondaire des Bourses africaines des valeurs mobilières et de la Bond Exchange of South Africa, l’unique véritable Bourse obligataire du continent. Sur ces marchés, se négocient les obligations (échéance supérieure à un an) et les instruments du marché monétaire (bons du trésor, etc.). Les titres à long terme sont des produits recherchés par les investisseurs institutionnels tels que les caisses de retraite, les sociétés d’assurance ou les fonds de pension. 

Ces dernières années, quelques gouvernements africains sont entrés sur les marchés internationaux, par le biais d’émissions obligataires, non seulement pour financer leurs budgets nationaux, mais aussi pour établir leur présence sur les marchés internationaux et avoir accès aux pools internes de fonds. Ceci est rendu possible par le fait que, aujourd’hui, près de la moitié des pays du continent ont une notation souveraine, contre trois pays seulement (Afrique du Sud, Sénégal et Maurice), au début des années 2000. En particulier, de nouveaux émetteurs – comme le Gabon et le Ghana – ont émis avec succès des obligations souveraines sur le marché international. 

L’émission d’obligations internationales par des emprunteurs africains, libellées en euro ou en dollar (eurobond), est un signe de l’intégration croissante de la région avec les marchés financiers internationaux, mais ne contribue pas à l’approfondissement et à la liquidité du marché obligataire local. Par exemple, le deuxième emprunt obligataire eurobond lancé en février 2015 par la Côte d’Ivoire l’a été à Londres, et non à Abidjan, les émetteurs allant directement à la rencontre des investisseurs européens. 

Les pays africains financièrement les plus intégrés à l’économie mondiale sont plus exposés aux hausses des taux d’intérêt dans les pays développés. Sont notamment concernés l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria, bénéficiaires d’investissements de portefeuille soutenus et qui peuvent ainsi être victimes de brusques retraits de capitaux. Les pays qui ont recours aux marchés obligataires internationaux doivent s’attendre à supporter des taux d’intérêt nominal plus élevés. 

Les dérivés sont des instruments de couverture mais peuvent être utilisés comme des produits d’investissement à part entière. La Bourse de Nairobi (NSE) vient d’engager trois banques afin de créer une chambre de compensation de produits dérivés ; la place pourrait proposer ces produits dès le second semestre 2015. Seuls l’Afrique du Sud et l’Afrique du Nord (Maroc, Égypte et Tunisie) disposent de marchés de dérivés, avec un volume de transactions encore modeste, mais en progression. La plupart d’entre eux privilégient les contrats dérivatifs en devises. En Afrique du Sud, il s’agit notamment de contrats à terme de gré à gré et de contrats à terme standardisés, contrats de garantie de taux, swaps de taux d’intérêt, options et contrats à terme pour les produits de base. Les ambitions des Bourses africaines d’offrir des produits dérivés sont souvent contrariées par l’absence de chambres de compensation, qui nécessitent de lourds investissements. 

Euronext a signé en février un accord de licence avec la Bourse de Johannesburg (JSE) portant sur son contrat à terme sur le blé meunier. Selon cet accord, ce contrat, l’un des produits dérivés phares de la Bourse paneuropéenne, sera aussi coté sur le marché sud-africain, en rands, mais de façon indépendante. 

Pour Chris Sturgess, responsable de l’activité matières premières du JSE, « cet accord offre à nos clients sur le marché local un accès facilité au marché européen du blé ainsi qu’un choix plus large, tandis qu’ils ont déjà accès au marché du blé sud-africain et nord-américain ». L’Afrique du Sud est la première puissance agricole du continent africain et le deuxième plus gros producteur de blé, après l’Éthiopie, en Afrique subsaharienne. Elle doit cependant importer près de 50 % de sa consommation de blé, ce qui la rend très sensible aux variations des prix et des taux de change. La Zambie et le Malawi disposent également de Bourses d’échange des produits agricoles assez développées, celles du Kenya, du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de l’Ouganda, sont en phase de décollage.

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