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L’enjeu du halal

Pendant ce temps, l’Asie est en train de faire main basse sur le marché du halal dans le monde. Elle représente quasiment les deux tiers des musulmans du monde : « Tous les regards se tournent donc vers l’Asie qui, éloignée des enjeux religieux et politiques, est certainement devenue le marché du futur pour le halal avec en porte-drapeau un eldorado nommé Malaisie. » 

Kuala Lumpur s’est ainsi fixé l’objectif de s’imposer comme le centre de production du halal pour cette région, voire pour le monde. La raison du succès de l’approche malaisienne, tient dans le refus d’opposer l’économie au religieux. Nestlé est installé dans le pays depuis 1980, et conçoit environ 300 produits halal dans sa gamme d’aliments et de boissons (dont de l’eau halal), exportés vers plus de 50 pays dans le monde. 

Les dix plus grands pays exportateurs de produits halal ne sont pas musulmans. « Des pays notamment le Brésil, l’Australie, le Canada que l’on n’imaginait pas, il y a encore 20 ans, produire du halal sont en passe de devenir les leaders économiques du marché, au nez et à la barbe du Maghreb ». On retrouve la France dans le peloton de tête, avec un marché poten-tiel de 15 milliards $ par an, l’Amérique du Nord avec 12 milliards $ par an (depuis 1995 les ventes de produits halal sur le marché intérieur des États-Unis ont augmenté de plus de 70 %), mais aussi l’Australie avec plus de 100 abattoirs halal et des exportations dans plus de 70 pays.

Et le monde arabe alors ? Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord offrent aux sociétés exportatrices des marchés à fort potentiel pour les produits alimentaires halal. Ils représentent à eux seuls 20 % de la population musulmane mondiale, soit plus de 320 millions de consommateurs potentiels. Pourtant ces pays importent beaucoup de produits : 200 000 tonnes de viande et autant de poulet sont par exemple importées de France vers la zone MENA, chaque année. La Tunisie, par exemple, importe de la viande non halal du Brésil et d’Argentine.

Lotfi Bel Hadj le déplore, tout comme il déplore que le monde arabe ait pris du retard dans la course au halal à cause du manque de moyens déployés dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, mais aussi du manque de conscience de l’importance du phénomène. « C’est que la question du halal est très peu posée dans ces pays, les produits proposés dans les boucheries ou les supermarchés étant de facto halal ». Et de préciser : « L’émergence de la certification et la normalisation du halal sont en réalité des concepts occidentaux, étroitement liés au commerce comme à la politique. » Les bénéfices se chiffrent pourtant à plus de 3 milliards $ dans le secteur du halal au sein de la zone des pays de l’Organisation de la coopération islamique. Quant à la zone MENA, plus de 200 milliards $ y sont dépensés chaque année en nourriture et boissons halal.

Au-delà de l’enjeu économique immédiat, le halal est à la viande ce que le développement durable est à l’économie. Un produit aura donc un taux de « halalité » plus élevé si par exemple il était équitable ou solidaire. De retour du Salon du halal, en Arabie saoudite, Lotfi Bel Hadj considère que derrière ce label se cache « un humanisme » : « J’ai demandé aux dirigeants saoudiens comment on pouvait faire du halal dans un pays où il n’y avait pas le droit de vote. Mais c’est pareil avec la Chine, comment peut-on faire du halal dans un pays où l’on fait travailler les enfants ? » Pour Lotfi Bel Hadj, le monde ne se porterait que mieux s’il se mettait au halal, et pas que dans l’optique de réaliser des bénéfices…

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