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Le Mali loué pour… sa stabilité

Dans un contexte politique bien particulier, le Mali a résisté au « triple choc » de 2020, constate Moody’s. Outre la crise sanitaire, l’année a été marquée par la méfiance des institutions internationales et une mauvaise récole de coton. La perspective d’un retour à la forte croissance demeure.

Par Paule Fax

L’agence de notations Moody’s a récemment relevé sa perspective au sujet du Mali de « négative » à « stable ». Ce qui signifie qu’elle n’envisage pas de modifier son jugement dans un proche avenir, comme elle le confirme dans une note de conjoncture publiée ce 19 avril. Toutefois, la dette souveraine du Mali garde une note dite « spéculative », c’est-à-dire risquée, de Caa1.

Finalement, le gouvernement de transition a été approuvé par les partenaires régionaux et la communauté internationale. Dès lors, les risques soutenant les perspectives négatives se sont considérablement réduits, tels que le non-paiement de la dette publique ; les pertes auraient été significatives pour les investisseurs, si les sanctions financières et économiques imposées par les organismes régionaux avaient été maintenues.

La notation de l’agence reflète un risque politique élevé, des institutions et une gouvernance faibles, contrebalancés par une gestion budgétaire relativement saine ainsi qu’une stabilité macroéconomique et des risques externes faibles, soutenus par l’appartenance à l’Uemoa.

On peut donc un peu moins redouter une forte détérioration des finances publiques, ainsi que la perte du soutien financier de la communauté internationale. De même que semble écarté le spectre d’un soutien militaire dans la lutte contre la violence extrémiste.

Tandis que se profile le retour à un régime civil, à horizon 2022, et que la situation sécuritaire ne devrait pas se détériorer, le fardeau de la dette devrait se stabiliser à 50% du PIB. Ce, à la faveur de la reprise économique en cours après la pandémie et l’engagement du gouvernement du gouvernement en faveur de l’assainissement budgétaire. « Néanmoins, la solvabilité du pays continue d’être limitée par des niveaux de revenu très bas, une faible diversification économique et des institutions très faibles », reconnaît Moody’s.

De leur côté, les entreprises, dans leurs opérations de financement, bénéficient d’une emprise modérée du gouvernement dans leurs affaires, tandis que les risques externes sont contenus par l’adhésion du Mali à l’Uemoa et au franc CFA.

De plus, toutes les sanctions financières et économiques imposées au Mali ont été levées, y compris la fermeture de toutes les frontières, la suspension des transferts transfrontaliers depuis le Mali et le gel des comptes publics à la Banque centrale (BCEAO). « Cela a considérablement réduit les risques identifiés » jusque-là.

Bien sûr, tous les risques sécuritaires ne sont pas écartés, compte tenu de la lutte en cours contre l’extrémisme violent. De plus, l’évolution de la pandémie pourrait peser sur la reprise économique compte tenu de l’augmentation des cas de coronavirus dans le monde et du déploiement éloigné des vaccins au Mali et en Afrique subsaharienne.

Une reprise économique lente pourrait contribuer à exacerber les tensions sociales et politiques. Du côté positif, un retour durable à la stabilité politique peut s’accompagner d’un investissement continu dans les infrastructures et les services de base ; ce qui serait de nature à apaiser les risques sociaux du Mali un peu plus efficacement qu’on ne l’estime aujourd’hui.

La confirmation par Moody’s des notations Caa1 reflète un risque politique élevé, des institutions et une gouvernance faibles, contrebalancés par une gestion budgétaire relativement saine ainsi qu’une stabilité macroéconomique et des risques externes faibles soutenus par l’appartenance à l’Uemoa.

Les événements de 2020 illustrent la fragilité des institutions exécutives et législatives. Le risque politique reste très élevé et pose des contraintes importantes au développement de l’économie et augmente les risques de troubles sociaux. La solvabilité du pays est limitée par des niveaux de revenu très bas, à environ 2 425 dollars en 2020 en termes de PIB par habitant. Les experts pointent une faible diversification économique et une compétitivité très faible qui limitent considérablement la capacité d’absorption des chocs.

Toutefois, Moody’s salue une gestion budgétaire relativement prudente, qui a évité une dégradation significative du fardeau de la dette notamment en 2020 avec le triple choc de la pandémie, le coup d’État et une forte baisse de la production cotonnière. Moody’s s’attend à ce que la prudence financière du gouvernement demeure. Le déficit budgétaire du Mali devrait atteindre 4,5% du PIB en 2021 et 3,5% en 2022.

Parallèlement, Moody’s s’attend à une reprise de l’économie en 2021, soutenue par une meilleure exécution du budget, en particulier des dépenses en capital, puisque certains projets d’infrastructure ont été retardés en 2020 en raison de la pandémie.

Un secteur minier « résilient » bénéficie de prix élevés de l’or. Tandis que le pays bénéficiera d’un rebond significatif de la production de coton – deuxième ressource à l’exportation – après une forte baisse ponctuelle en 2020. Moody’s s’attend ainsi à ce que le PIB réel rebondisse de 4,5% en 2021 (après un repli de 2% en 2020) et de 6% en 2022.

PF

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