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Le Gabon se diversifie

La baisse des prix du baril du pétrole n’a pas épargné le Gabon. C’est l’occasion pour le pays de confirmer sa feuille de route et d’accélérer la diversification de l’économie. Les défis restent cependant nombreux.

Le 30 août 2009, voilà donc six ans, Ali Bongo Ondimba prenait la tête du Gabon. Il héritait d’un pays stable, qualifié de « havre de paix en Afrique centrale », où l’argent du pétrole coulait à flots et où les habitants, locaux comme étrangers, vivaient comme dans un petit village où tout le monde se connaît, où l’on ne produit rien et l’on importe tout. Mais peu importe ! Les caisses de l’État sont pleines. L’économie tourne exclusivement autour de l’exploitation du pétrole et du manganèse, qui, en plusieurs décennies d’exploitation, n’ont pas contribué au développement socio-économique du pays, malgré une population peu nombreuse (1,8 million d’habitants environ). 

Ce paradoxe, le nouveau chef de l’État a souhaité le corriger à travers la feuille de route baptisée « Plan stratégique Gabon émergent » (PSGE). Le cap est fixé à 2025, et repose sur trois piliers : « Gabon vert », « Gabon industriel » et « Gabon des services », lesquels interagissent entre eux. Sa mise en place s’est traduite, depuis 2011, par des programmes d’investissements publics massifs ainsi que par l’élaboration d’une politique industrielle impliquant l’aménagement de zones économiques spéciales (ZES) pour attirer les investissements étrangers, de partenariats public-privé et de prises de participation dans les filiales locales des grands groupes multinationaux. Le pays vient de se doter d’une Agence nationale de la promotion des investissements, faisant office de Guichet unique. 

En matière d’amélioration du pouvoir d’achat, le Gabon a instauré un nouveau système de rémunération qui s’est traduit par une hausse susbtantielle des salaires des fonctionnaires et des retraites. Du jamais vu en Afrique subsaharienne. 

En réalisant une croissance annuelle de plus de 5 % en moyenne depuis cinq ans, le Gabon figure en pôle position des économies les plus dynamiques d’Afrique centrale. Le Gabon semble donc sur la bonne voie, atteste un rapport du FMI. Publié en février 2015, il juge le plan stratégique « largement approprié », car « il repose sur deux piliers principaux, le développement et l’amélioration de la qualité des infrastructures, ainsi que la hausse de la qualité du capital humain » et « s’attaque donc à deux des entraves qui restreignent la croissance économique ». Et les experts de préciser : « Au moyen de la manne pétrolière engrangée durant les années où les cours étaient élevés, les pouvoirs publics ont considérablement amélioré les infrastructures de transport et énergétiques, et ont établi des coentreprises avec des sociétés étrangères dans les secteurs non pétroliers à forte valeur ajoutée, principalement la transformation des ressources naturelles. »

Forte croissance potentielle 

Ceci étant dit, les analystes du FMI s’inquiètent de faiblesses dans la gestion des finances publiques. L’expansion rapide des dépenses d’équipement a été financée par un accroissement considérable de la dette publique, qui est passée de 16 % du PIB en 2011 à environ 28 % du PIB en 2013. En cause également, une forte accumulation d’arriérés de paiements intérieurs et d’arriérés de TVA, et une diminution rapide des dépôts auprès de la Banque centrale, en 2014. 

Une situation qu’est venue aggraver la chute des cours du pétrole. L’or noir participant encore à la moitié des recettes publiques du Gabon et aux quatre cinquièmes de ses recettes d’exportation. « Il est important de rééquilibrer les finances publiques et d’accélérer les réformes structurelles afin de promouvoir la croissance du secteur non pétrolier », exhorte le FMI. Les autorités gabonaises sont décidées à s’affranchir de la rente pétrolière. En attendant, le FMI prévoit une croissance moyenne potentielle de 5,7 %/an pour les prochaines années, avec une inflation qui devrait se stabiliser autour de 2,5 %.

Transformation : les premières usines 

La croissance restera tirée par l’investissement public dans le cadre de la poursuite du PSGE, et par l’exploitation des ressources naturelles et les services. Le nouveau cap est clair : la transformation. 

« À partir de 2020, nous n’exporterons plus rien qui ne subisse au préalable une première transformation locale », avait promis le Président. Et les premières usines sont opérationnelles. La Comilog a inauguré son complexe métallurgique à Moanda, petite cité minière située dans le sud-est du Gabon, qui a déjà produit les premières coulées de silicomanganèse. « Si nous avons réussi à imposer cette transformation en ce qui concerne le manganèse, nous pouvons le faire aussi dans d’autres secteurs », a plaidé le président gabonais lors de l’inauguration du site. « La transformation locale nous apporte plus de valeur ajoutée. » Et des emplois ! 

Déjà, depuis 2010, le pays a cessé d’exporter le bois brut. Si dans un premier temps la mesure a bouleversé la filière, aujourd’hui le stade de la transformation est plus qu’amorcé, en particulier dans la ZES de Nkok. Présentée comme la plus grande zone franche de toute l’Afrique de l’Ouest et centrale, située à 27 km à l’est de Libreville, la ZES, inaugurée en septembre 2011, est destinée en priorité à l’industrialisation du bois. Les mesures d’incitations fiscales ont permis d’y attirer des acteurs de taille dans le secteur. Parmi eux, certains sont déjà entrés en production tandis qu’un cluster de l’ameublement, le premier de la sous-région, est en cours d’aménagement pour l’arrivée sur les marchés de produits made in Gabon. En attendant, la filière affiche des résultats plus qu’encourageants : le nombre d’emplois dans le secteur de la transformation du bois est passé de 3 812 travailleurs en 2009 à 6 985 en 2014, pour 130 unités de transformation, contre 81 en 2009. D’autres projets industriels sont annoncés, dans l’agrobusiness en particulier. Des projets importants… mais qui s’inscrivent dans du moyen et long terme. C’est là tout le problème.

Inquiétudes à l’approche de l’élection de 2016 

En février, Standard & Poor’s avait revu à la baisse la note souveraine du Gabon de « BB – » à « B + avec des perspectives stables », tandis que Fitch Rating révisait en décembre 2014 sa note de « BB- tendance stable » à « BB- tendance négative ». Ce qui s’explique par la baisse des cours du pétrole et son impact sur l’économie et les comptes de l’État. Les ajustements budgétaires en cours doivent corriger la donne. 

Le Gabon reste malgré tout en tête des économies de la Cemac. Dans sa dernière cartographie trimestrielle, la Coface a classé le Gabon pour le compte de l’année 2014 dans le Top 10 des économies les moins risquées d’Afrique, en termes de crédibilité financière, et numéro 1 en Afrique subsaharienne. La nouvelle dynamique économique et l’attractivité du Gabon sont confirmées par le classement 2014 du World Economic Forum, qui place le pays au 106e rang mondial et au 12e rang africain. D’autant qu’avec la zone Cemac, qui connaît, après des débuts laborieux, de récentes avancées vers la mise en place d’un marché commun, le Gabon se positionne sur un marché non plus de 1,8 million d’habitants, mais de plus de 40 millions d’âmes. 

Le tout est de maintenir le cap. À ce titre, le gouvernement a lancé un programme social, selon les propositions émises lors des assises sociales de 2014. Elles ont débouché sur l’octroi d’une enveloppe globale de 250 milliards de F.CFA sur trois ans pour financer la construction de logements sociaux, d’écoles, d’établissements de santé, etc. Le déploiement de l’assurance maladie participe d’ores et déjà à l’amélioration du quotidien des Gabonais et donc à la réduction des tensions liées aux attentes de la population.  Le Gabon est en train de s’acheminer vers une économie diversifiée et plus inclusive. Le processus est incontestablement en cours,

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