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Culture

Le Caravage et les caravagesques

Le Musée des Beaux-Arts de Caen présente une partie de la collection du critique d’art Roberto Longhi, dont les travaux ont hissé Le Caravage au rang de précurseur de la peinture moderne. Et amorce une explication sur le cercle des « caravagesques » qui ont suivi.

Par Laurent Soucaille

Le regard d’un critique sur les influences d’un maître. Le Musée des Beaux-Arts de Caen présente des œuvres sélectionnées par le critique italien Roberto Longui comme étant « caravagesques », c’est-à-dire influencées par le peintre italien Michelangelo Merisi, dit « Le Caravage » (1571, 1610). Ce dernier marque une rupture dans la peinture classique, s’écartant du style sacré, où la lumière est forcément d’essence divine, pour rejoindre une conception naturaliste du trait.

C’est d’ailleurs Roberto Longui (1890-1970) qui contribua à faire (re)découvrir l’œuvre du Caravage et à en désigner les influences. L’exposition ne comporte qu’un seul tableau du maître, Le garçon mordu par un lézard, daté de 1597, acquis par Longui qui était aussi collectionneur et dessinateur en secret. Ses dessins n’ont été découverts qu’après sa disparition ; ils visent à caractériser le trait, tout en rondeurs, du Caravage, et celui de ses descendants.

Que l’on ne nommera pas disciples : disparu très tôt, souvent exilé au long d’une vie tumultueuse, le Caravage n’a pas eu le temps de se constituer une école. Longui préfère parler de « cercle » d’influences. « Nous avons d’ailleurs voulu nous écarter des lectures du Caravage fondées sur sa vie mouvementée », justifie la directrice du Musée des Beaux-Arts, Emmanuelle Delapierre.

Le spectateur profitera de sa visite au Musée des Beaux-Arts pour admirer les collections permanentes, régulièrement enrichies. Et pour y découvrir l’artiste contemporain Jim Dine, qui présente une série d’estampes autour du thème de Pinocchio.

Longtemps, en effet, on a résumé l’œuvre du peintre à sa vie marquée par des bagarres, – dont une débouchant sur la mort d’un condisciple –, la prison et l’exil forcé. Un jeu d’ombres et de lumières dans la vie comme dans l’œuvre : l’explication parut bien simpliste au critique du XXe siècle.

Des visages démesurés

Le choix des œuvres pourra d’ailleurs étonner le visiteur, et les explications sur leur caractère « caravagesques » ne sont pas nombreuses. Bien sûr, on remarquera les jeux de lumières, de contrastes, caractéristiques du peintre italien, où l’éclat d’un visage éclairé côtoie un sujet dans la pénombre. « Caravage est le socle essentiel sur lequel s’établit la tradition de la nouvelle plasticité obtenue en peinture, et avec l’aide de la lumière ; une tradition qui est des meilleures en France, des Frères Le Nain en passant par Chardin, jusqu’à Courbet », écrit Roberto Longui.   

Voyons Judith avec la tête d’Holopherne, peint vers 1618 par le peintre italien Carlo Sarceni, une œuvre achetée par Longhi vers 1939. Ce thème, objet de multiples tableaux, avait été exploré par Le Caravage lui-même. Celui de Sarceni se distingue par la représentation « à la fois originale et crue », pour reprendre les mots du catalogue de l’exposition, de la servante qui tient un pan de sac dans ses dents.

En revanche, l’œuvre rejoint Le Caravage par l’importance accordée au visage dans l’ensemble du tableau, et par un éclairage « artificiel », venu à la fois du haut du tableau et d’une pâle bougie bien au centre. Voilà comment mettre des détails macabres ou sensibles en avant, tout en les maintenant dans la pénombre.

Exactement le même procédé que pour Le garçon mordu par un lézard, où le visage du jeune homme, terrifié, occupe un tiers du tableau, tandis que l’œil du spectateur est attiré par un lézard dans la pénombre, ainsi que par des fruits épars.

A SAVOIR – L’École du regard, Caravage et les caravagesques dans la collection de Roberto Longhi. Jusqu’au 17 octobre 2021. Prix : 5,50 euros ; gratuit pour les moins de 26 ans et tous les 1er week-ends du mois. Jim Dine : jusqu’au 5 septembre

L’exposition comprend beaucoup d’œuvres de peintres italiens, dont l’impressionnante Marchandes de volailles, de Bartolomeo Passarotti, contemporain du Caravage. Ce tableau constitue, là aussi, une œuvre forte mêlant portraits et natures mortes. Les œuvres présentées restent dans cette veine naturaliste, même si celle-ci est parfois subtile.

Jim Dine redécouvre Pinocchio

Sont également présentés des peintres flamands et hollandais, qui ont assimilé l’œuvre du Caravage avant de la diffuser dans le nord de l’Europe, comme Guerit van Honthorst, Dirck van Baburen et Mattias Stom. Dont on admirera L’Annonce de la naissance de Samson à Manoach et à son épouse, où la lumière – clairement divine, cette fois –, accentue le caractère théâtral de la scène. 

Le spectateur profitera de sa visite au Musée des Beaux-Arts de Caen pour admirer – outre le château qui l’accueille –, les collections permanentes, régulièrement enrichies. Et pour y découvrir l’artiste contemporain Jim Dine, qui présente une série d’estampes autour du thème de Pinocchio.

Quelque 44 toiles toutes différentes, où le texte écrit dans le tableau lui-même – on n’osera pas y voir une influence de certains artistes africains là-dedans ! – est le prétexte à un dessin tantôt soigné, tantôt grotesque, dont le caractère imaginaire renvoie en fait à une réalité bien concrète.

LS

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