Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Opinion

L’autre urgence, par Reckya Madougou, technocrate et politique

Ancienne ministre du Bénin, Reckya Madougou lance un plaidoyer «pour que la crise sanitaire n’engendre pas une crise humanitaire ». Elle invite notamment l’Afrique à se focaliser sur l’agriculture et la microfinance.

Par Reckya Madougou

Désormais, 50 pays sur 54 sont touchés, 8.536 cas sont confirmés positifs et 360 morts, selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique).

L’idée ici est de promouvoir une Afrique optimiste de responsabilité et non d’insouciance et de poubelle. Le continent a une occasion en or pour redéfinir certaines règles du jeu.

Tout comme bien d’autres régions du monde, l’Afrique est confrontée à une guerre qui s’annonce dans son cas, asymétrique. Alors, en plus de frapper sans ménagement et de plein fouet les ressources humaines du continent, elle déstabilise et déstructure de façon globale – même si à des niveaux différenciés – l’économie de nos pays.

Tous les pays, surtout africains, subiront des conséquences lourdes si nous n’adaptons pas les mesures d’organisations sociales et économiques aux fonctionnements des sociétés humaines et morales sur le continent.

Et le choc qui s’annonce promet d’être plus sévère que celui de la crise de 2008-2009 si nous n’y prenons garde. Surtout si ne sont pas promues des recettes endogènes tout en nous inspirant des méthodes qui ont fait leurs preuves sous d’autres cieux, non sans les revisiter à l’aune d’une contextualisation.

Ouagadougou connaîtra une baisse de plus de 4 points de sa croissance. Du fait de l’effondrement des cours du pétrole, Abuja perdra au moins la moitié de ses recettes.

C’est aussi le cas au Kenya où le tourisme est au ralenti. À Accra, la croissance du PIB tomberait autour de 2,5%, contre 7,6% estimés initialement.

En Côte d’Ivoire, au Niger et même au Sénégal, les mesures sociales prises pour la période pour l’heure se résument essentiellement à la gratuité des factures d’électricité et d’eau pour les ménages les plus pauvres, tout en suscitant d’ailleurs chez les populations une sorte de déception liée à la portion congrue que représente la fameuse « tranche sociale ».

Une capacité de résilience affaiblie

Actuellement, les vecteurs de croissance que sont les entreprises bénéficient d’une suspension des recouvrements d’impôts. Des coûts alors importants à prendre en charge par les États, qui, dans leur majorité sont confrontés à l’imprévisibilité du confinement, de l’arrêt ou la réduction drastique des activités économiques et sociales, du couvre-feu, de l’état d’urgence et d’autres mesures fortes.

Dans ce cas, ce sont d’abord les cibles déjà vulnérables qui sont les plus exposées. La limitation des déplacements et surtout des interactions sociales sur lesquelles se base l’essentiel de l’activité économique des ménages aura des impacts très négatifs sur le revenu et affaiblira la capacité de résilience des plus vulnérables.

Environ 5 000 milliards de dollars seraient injectés par les pays du G20 pour soutenir l’économie. Moussa Faki Mahamat, dans un entretien accordé récemment à France 24, invite à apporter un soutien massif à l’Afrique dans une fourchette de 100 à 150 milliards de dollars en urgence en vue d’affronter à la fois les aspects sanitaire et humanitaire.

C’est un appel à saluer et qui tend dans une certaine mesure à justifier la position du président du Bénin, Patrice Talon, qui n’opte pas pour un confinement intégral, lequel en vérité devrait engendrer – en amont et pendant – d’autres mesures d’accompagnement impératives et adaptées à nos habitudes sociologiques, culturelles et cultuelles.

Je me garde ici d’écumer lesdites habitudes qui ont trait notamment à nos habitations, à l’urbanisation sauvage, à nos modes d’approvisionnements (les marchés), au système de rémunération au jour le jour des 90% d’actifs de l’informel qui opèrent en Afrique au sud du Sahara et ne doivent leur consommation de subsistance du jour qu’à la recette de la veille, etc.

2 réponses à “L’autre urgence, par Reckya Madougou, technocrate et politique”

  1. Author Thumbnail Le GCE Cyr Adomayakpor dit :

    Il est heureux et réconfortant de voir qu’à travers cette crise sanitaire qui s’abat sur le monde, un tel grand esprit, la grande citoyenne d’État, madame Réckya Madougou, éclaire, par cette réflexion, ce que devront être les judicieuses conséquences à tirer des épreuves. C’est en effet visionnaire, et c’est cette anticipation sur le destin qu’attendent les peuples de notre continent.

  2. Author Thumbnail Dovi Soter dit :

    C’est un excellent article écrit par une grande femme Leader africaine, convaincue que la résurgence d’une telle crise systémique sanitaire ne trouvera sa résolution que dans la prise de conscience de nos difficultés et des approches de solutions pour que le lendemain ne soit pas un cauchemar mais plutôt un sursaut de la renaissance économique africaine.
    Le constat y est fait, les propositions pertinentes sont laissées à la disposition du lecteur. Bravo à Mme là Ministre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This