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L’Algérie en pleine forme

Samy Khiari est informateur médical chez Saïdal, premier groupe pharmaceutique algérien, qui veut passer de la production de génériques à la production de princeps avec des partenaires sous licence pour se démarquer des autres génériqueurs. Il estime que le marché « doit aussi se diversifier ». En d’autres termes, être capable de produire des médicaments encore sous monopole des laboratoires étrangers, comme l’insuline ou les produits anticancéreux. « C’est notre rôle d’aller vers des molécules innovantes, souligne-t-il. Nous avons par exemple été les premiers à nous intéresser au paracétamol ou à l’amoxicilline. »

Mais la critique selon laquelle les laboratoires ne produisent que du paracétamol, n’est aux yeux de Karim Ghezal, directeur des ventes, « pas justifiée ». Le laboratoire pour lequel il travaille, 4A Santé, dont l’usine se trouve près de Chlef (Ouest) a démarré son activité en 2008. « Nous fabriquons du Rovazine, un médicament pour les maladies chroniques inflammatoires intestinales. Nous avons également fait des antifongiques une spécialité. Et nous avons encore des projets pour élargir la gamme. » Chez El Kendi, un important laboratoire algérien, qui emploie 900 personnes, Naoufel Bouabdallah, superviseur commercial, rappelle que le groupe fabrique 105 produits. « Pour la première fois en Algérie, à partir du 2e semestre 2015, on produira un générique de la Ventoline pour les asthmatiques. » 

Chez Saïdal, on tient déjà le pari de la recherche et du développement. « Nous avons un centre à Alger et un autre est en construction dans la nouvelle ville de Sidi Abdallah, précise Samy Khiari. Grâce à des conventions passées avec des universités comme celle de Bab Ezzaouar à Alger, ou celle de Blida, nous recevons des étudiants en fin de cycle. Le niveau ? Il n’est pas mauvais, il faut juste leur donner des moyens. » 

Khaled Kellou, chef de projets marketing chez Merinal, est moins optimiste. « Aujourd’hui, dans notre domaine, un Algérien qui termine ses études doit partir se former et acquérir de l’expérience à l’étranger. Développer une molécule est très compliqué. Avant de faire de la recherche, il faudrait investir pour que l’on soit capable de produire la matière première destinée à la fabrication des génériques. Créer une Agence du médicament indépendante. Interdire l’importation de médicaments que les laboratoires fabriquent en Algérie, s’ouvrir à l’exportation vers les pays africains. Bref, donner aux Algériens les moyens de créer une richesse industrielle. » 

Car l’industrie du médicament fait face, comme n’importe quelle autre, aux freins bureaucratiques et aux problèmes d’accès au foncier. Le laboratoire Merinal, qui distribue sur le marché chaque année 50 millions de boîtes de médicaments et exporte vers sept pays, défend depuis maintenant trois ans, un projet de complexe pharmaceutique auquel l’administration oppose le déficit en foncier industriel.

Nabil Mellah, secrétaire général de l’UNOP, se désole que les opérateurs de la pharmacie n’aient pas été associés au conseil ministériel dédié au secteur : « Le ministère de la Santé reçoit des représentants de certains laboratoires étrangers implantés en Algérie, alors que les opérateurs nationaux ne sont reçus qu’après un parcours du combattant ! » Un cadre de chez El Kendi ajoute : « Les autorités doivent aussi mieux contrôler ce qui se passe sur le marché. Sur les 300 laboratoires que compte le pays, 75 % sont des génériqueurs. Autant dire que nous évoluons dans un secteur hyperconcurrentiel où on ne joue pas toujours à la loyale. » 

Pour ne fâcher personne, Yacine Louber, directeur du Siphal, conclut : « Toute la chaîne doit faire des efforts. L’État, par exemple, doit aider les laboratoires à investir et libérer le foncier. Les fabricants doivent s’efforcer d’élargir leur gamme de médicaments, en allant sur des secteurs a priori moins rentables. Et en bout de chaîne, les pharmaciens, doivent en plus de la vente, se tourner vers plus de conseil au client, plus de préparations, plus de recherche. » 

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