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L’AFD au Congo

Spécialiste des questions de développement, Stéphane Madaule dirige l’antenne de l’AFD (Agence française de développement) au Congo. Il souligne tant les atouts potentiels que les retards pris par le pays, notamment en termes de redistribution.

Qu’apporte concrètement l’AFD au Congo Brazzaville ? Sa présence et ses engagements semblent à l’étiage le plus bas.

Pas du tout ! En volume, nos engagements en faveur de la République du Congo n’ont jamais été aussi élevés depuis de nombreuses années ! En 2014 et 2015, nous avons enclenché un trend d’engagements de plus de 150 millions d’euros. Cette activité de haut niveau place l’AFD parmi les premiers bailleurs de fonds du pays, à égalité avec la Banque mondiale. Elle s’appuie sur deux instruments majeurs : premièrement, la reprise des prêts souverains en 2014 permet à l’AFD de prêter dans les secteurs de l’électricité, du drainage pluvial et bientôt de l’eau potable ; deuxièmement, l’utilisation notamment sur des programmes sociaux, de deux contrats de désen­dettement et de développement pour un montant de 230 millions d’euros en subventions sur une période allant jusqu’en 2019.

L’apport de l’AFD à la République du Congo est donc significatif. Il s’établit selon trois axes d’intervention majeurs : le financement des infrastructures qui ont un impact sur la diversification de l’économie et le bien-être des populations ; l’appui au développement humain permettant, par des actions de formation, de protection sociale, de santé de lutter contre les inégalités ; l’implication dans le dévelop­pement durable (forêt, agriculture) pour une gestion raisonnée du couvert forestier dans cette région du bassin du Congo.

Dans un pays aux ressources naturelles importantes, ne pas réussir à se nourrir par soi-même, à s’habiller et à se loger, soit trois postes du budget des ménages représentant presque l’intégralité de leur revenu disponible, constitue un lourd handicap pour le Congo.

Quels sont les besoins du pays en termes d’aide, d’expertise et d’accompagnement ?

Ils sont multiples. Sur le plan économique, le Congo doit diversifier son économie afin de réduire sa dépendance à l’égard du pétrole surtout dans la conjoncture actuelle de baisse des cours. C’est pourquoi l’AFD intervient dans le secteur de l’électricité afin d’accroître la qualité de la distribution d’électricité permettant ainsi aux artisans, aux PME, aux grandes sociétés d’avoir un contexte de production propice à leur développement. Le pays souffre également d’une grande disparité en matière de revenu par habitant. Il convient donc d’aider les plus faibles. C’est ce que fait l’AFD au travers de son appui à l’opération Lisungi assistance » en lingala) qui vise à lutter contre la pauvreté par des filets de sécurité, en termes de revenus. Plus de 10 000 familles vont bientôt bénéficier de ce dispositif.

Enfin, le Congo a beaucoup investi en matière d’infrastructures mais rencontre toujours des difficultés à gérer ces investissements dans la durée. L’exploitation et la maintenance des investissements réalisés sont donc des domaines où l’expertise externe et l’accompagnement des autorités locales comme du secteur privé sont primordiaux. La présence d’EDF dans l’électricité, comme celle de Veolia dans la distribution de l’eau, aux côtés respectivement de la Société nationale d’électricité et de la Société nationale de distribution de l’eau, sont, de ce point de vue, très utiles pour renforcer la qualité de ces services publics marchands. D’une manière générale, le renforcement des compétences, et spéciale­ment chez les jeunes et les filles, est un gage supplémentaire de réussite future pour ce pays qui vise l’émergence à l’horizon 2025.

Vous êtes ce qu’on appelle un « développeur » pour avoir écrit plusieurs ouvrages sur l’aide au développement. À ce titre, comment jugez-vous possible de faire entrer le pays dans un cercle vertueux de décollage économique ?

Le Congo est déjà en partie entré dans le cercle du développement avec une croissance moyenne de 5 % par an, ces dix dernières années, le positionnant comme un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Le décollage économique est donc là, mais il convient qu’il ne soit pas capté que par quelques-uns. Pour cela, la rente pétrolière doit être mieux utilisée pour accroître la diversification de l’économie congolaise. Il convient de relancer la production et la transformation sur place afin d’élargir la base productive du pays en le rendant moins dépendant des revenus fluctuants du pétrole. Un socle d’indépen­dance est à reconstituer au Congo sur le plan agricole, de la transfor­mation primaire et secondaire, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des importations. Comme je le préconise dans mon dernier ouvrage, Plaidoyer pour une nouvelle modernité : théorie du partage par le socle d’indépendance, tout développement doit s’appuyer sur une économie en capacité de produire ce que la population locale consomme le plus, à savoir : l’habillement, l’alimentation et l’habitat. Dans ces trois secteurs, il serait utile de relancer la production, de relancer l’emploi afin de réduire notamment le chômage des jeunes. Dans un pays aux ressources naturelles importantes, ne pas réussir à se nourrir par soi-même, à s’habiller et à se loger, soit trois postes du budget des ménages représentant presque l’intégralité de leur revenu disponible, constitue un lourd handicap pour le Congo. Le développement économique et social suppose un élargissement progressif de la base productive qui satisfait en priorité les besoins de base des populations en procurant au passage un maximum d’emplois locaux. Bien sûr, ce développement économique et social doit se faire dans le respect de l’environnement, ce qui interdit une exploitation intensive des ressources naturelles. De ce point de vue, la politique de gestion durable des forêts engagée par le gouvernement congolais est un acquis positif qu’il convient de souligner.

Quels secteurs économiques faut-il alors développer ? Faut-il se lancer dans l’industrialisation ?

Les secteurs de production de base qui répondent aux besoins directs des populations sont à développer (alimentation, habille­ment, habitat). Ces secteurs possèdent l’avantage d’être pourvoyeurs d’emplois. C’est donc le tissu économique des artisans, des PME, qu’il convient de faire croître. L’industrialisation suppose un vaste marché ou à défaut des conditions de commercialisation fluides vers l’extérieur ou dans la sous-région. Ces conditions de commercialisation de produits industriels, à l’exception de la façade maritime, sont insuffisamment réunies au Congo pour être en capacité de bâtir une stratégie d’industrialisation performante.

Dans le contexte actuel, je demeure plutôt partisan de répondre par soi-même aux besoins de base des populations que de se lancer dans une politique d’industrialisation dont les débouchés internes restent encore trop étroits pour susciter des économies d’échelle. Dans mon ouvrage intitulé Le manuel du développement, on voit que les projets d’industrialisation réussis ne sont guère légion.

Les indicateurs du développement humain montrent que le pays a des retards considérables à rattraper. Vers quoi s’orienter prioritairement en matière de ressources humaines ?

Le développement des compétences de base et le développement de la formation afin d’accroître une main-d’oeuvre qualifiée dans les secteurs de base de l’économie congolaise sont nécessaires au développement humain. Bien entendu, le pays a besoin également de cadres qualifiés, mais il lui manque surtout une main-d’oeuvre bien formée susceptible d’améliorer sa productivité. Le développement humain passe par l’acquisition de compétences, non seulement sur un plan conceptuel mais également sur un plan pratique : chacun doit devenir un citoyen intégré à la vie économique et sociale de son pays grâce à l’exercice d’une activité professionnelle.

Le rôle de l’État est incontournable en matière de santé et d’édu­cation. Le budget de l’État doit en tenir compte et favoriser cette redistribution qui s’opère encore trop peu au Congo. C’est pourquoi l’AFD intervient avec vigueur dans le secteur de la formation (formation paramédicale, centre de formation et d’apprentissage aux métiers de la maintenance industrielle, centre de formation et d’apprentissage dans les métiers du bâtiment et des travaux publics, formation future dans les métiers du bois et de la forêt).

De meilleurs indicateurs de développement humain supposent à la fois un effort de la puissance publique en matière d’éducation et de santé, une politique de formation vigou­reuse, et une redistribution active en faveur des plus pauvres. Le Congo n’est pas encore suffisam­ment engagé dans cette voie pour obtenir les résultats qu’il espère.

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