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La reconquête du poisson

Des eaux peu exploitées, des marins mal équipés, un marché informel incontrôlable… En choisissant de relancer le secteur de la pêche, l’Algérie s’est attaquée à un énorme chantier. 

Il est un dicton que les pêcheurs algériens aiment répéter, un peu comme une blague nationale. « Chez nous, le poisson meurt de vieillesse. » Une façon de dire que, pendant que les pays européens s’alarment de la baisse des ressources halieutiques, résultat des politiques de pêche extensive menées depuis des années, les eaux algériennes ne connaissent pas la surexploitation. En moyenne, les pêcheurs couvrent 2,2 millions d’hectares alors que la superficie exploitable est de… 9,5 millions. Rare et donc cher, le poisson reste un produit de luxe pour la plupart des Algériens qui renoncent parfois, quand l’hiver arrive, à leur espèce favorite, la sardine, dont le prix au kilo peut atteindre 5 euros.

Méprisé au profit de la rente pétrolière, comme la plupart des autres secteurs, et miné pendant des années par des affaires de corruption, le secteur de la pêche est mal en point. La production nationale ne dépasse pas 130 000 tonnes par an et elle est constituée à 80 % de petits pélagiques (sardines, anchois). Si bien que les Algériens ne mangent que 4,5 kg de poisson par an alors que les recommandations de l’OMS sont de 6,3 kg. La flotte, mal équipée et vieillissante, est en partie immobilisée. Les pratiques des pêcheurs (pêche à la dynamite, chalutiers sauvages, non-respect des tailles commerciales) affectent l’environnement et les ressources. Et le marché informel, qui capte selon les estimations 60 % de la production, rend impossible toute traçabilité.

Pour ne rien arranger, même si les recensements effectués montrent que 60 % des pêcheurs ont moins de 40 ans, le métier, classé par la FAO comme le plus dangereux au monde, n’attire pas les jeunes Algériens. « L’entreprise de pêche est comme la majorité des entreprises en Algérie, familiale, explique Sofiane, un grossiste. Quand un patron de pêche prend sa retraite, il veut que ce soit son fils qui reprenne l’affaire. »

Un autre pêcheur raconte : « Au port de Zemmouri (Boumerdès), seule la moitié des bateaux sortent le soir faute de main-d’oeuvre ! » À l’Institut national supérieur de la pêche et de l’aquaculture, Mohamed Abbas, le directeur, se désole : « Dire que l’Institut de Boumerdès forme plus d’étudiants que celui d’Alger ! Si chaque bateau acceptait de prendre un stagiaire, tout le monde trouverait de la main-d’oeuvre ! Après 200 heures de cours, nos étudiants doivent suivre un stage de trois mois à bord d’un bateau. Mais pour trouver un marin qui accepte de les embarquer, il faut du piston ! Alors que ce n’est qu’un stage et qu’ils ne sont pas rémunérés ! »

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