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La lutte contre les faux médicaments

Cynthia Genolet, également de l’IFPMA, insiste sur la nécessité de renforcer les réglementations actuelles, au sein des États et entre eux. Mais, également de sensibiliser les populations sur les risques encourus, particulièrement en Afrique où le recours aux pharmacopées traditionnelles, plus abordables en termes de coût, est fréquent. Pour le professeur Abdou Niang, néphrologue et enseignant à la faculté de médecine de l’université Cheikh Anta Diop, le Sénégal compte 2 millions de personnes qui souffrent de maladies rénales chroniques. De ce point de vue, les conséquences sanitaires de la prise de faux médicaments sont « très sous-estimées » car, selon lui, 10 % à 20 % de causes de ces maladies rénales chroniques restent inexpliquées. 

L’intégrité des chaînes d’approvisionnement reste donc le maillon incontournable pour juguler la vente de faux médicaments. Mais, pour l’obtenir, encore faut-il que les prix des médicaments soient subventionnés. « La communauté médicale dans son ensemble doit jouer son rôle. Il faut donner la parole aux leaders d’opinion pour combattre les faussaires », affirme le professeur Niang. Et, sans doute aussi réduire les ordonnances qui ont tendance à être de plus en plus longues… en Afrique, comme ailleurs ! Pour Pape Amadou Diack, directeur général de la Santé du Sénégal, les dangers liés aux faux médicaments sapent les efforts fournis par les pays pour garantir la santé des populations. « Le meilleur moyen de lutter contre ce fléau est la collaboration régionale, voire continentale et même mondiale, affirme-t-il, y compris en ce qui concerne les actions menées par les services de police, de douane, mais aussi d’Interpol. » 

Suite à l’opération « Porc-épic » de 2014 conduite par les autorités sénégalaises, ayant permis l’arrestation et la condamnation de 42 personnes, un comité national de lutte contre les faux médicaments a été mis en place. Pour le Dr Sarr, conseiller du ministre en charge de la lutte contre les faux médicaments, la répression n’est pas tout. Il en veut pour preuve que le plus grand marché de faux médicaments de Dakar, Keur Serigne Bi, après avoir été fermé par les autorités, a repris de plus belle son commerce illicite. « Le plus important est de persuader les malades de ne pas acheter ces médicaments frauduleux ! », martèle-t-il. Il faut aussi renforcer les frontières : chaque année, en mai, une semaine de sensibilisation contre les faux médicaments est organisée au niveau inter-régional, à laquelle participent 16 pays de la sous-région. De telles actions communes sont privilégiées, depuis longtemps, en Afrique de l’Est où les États ont également réussi à s’entendre pour mieux lutter contre ce fléau. 

« Le but est maintenant de parvenir à faire le lien avec les autres grandes régions du continent », commente Hiti B. Silo de la Food & Drug Administration de Tanzanie. Car le problème, ainsi que l’ont souligné la plupart des participants, n’est pas dans les textes de lois mais dans leur application. Une grande conférence sur cette question sera d’ailleurs organisée, en septembre à Douala, afin de sensibiliser les Camerounais sur la porosité de leur frontière vis-à-vis des autres pays de la région en ce qui concerne les faux médicaments. Pour le professeur Gentilini, il n’en reste pas moins qu’une plus grande participation des États du Nord comme du Sud à la convention Medicrime, qui criminalise la production et le trafic des médicaments, permettrait de changer la donne. « Or, cinq États seulement, six si la France se décide finalement à signer, ont adhéré. C’est scandaleux ! » 

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