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La lutte contre les faux médicaments

Près de 30 % des médicaments circulant dans nombre de pays africains sont des faux. Depuis la déclaration de Cotonou en 2009, les progrès sont très inégaux, selon les régions. D’où la nécessité d’une plus grande action concertée.

Manque de ressources humaines et de laboratoires, sanctions dérisoires, cherté des produits pharmaceutiques : l’Afrique représente une proie facile pour cette « industrie assassine » des médicaments contrefaits. Réunis à Dakar, fin avril, à l’initiative de la Fondation Chirac pour l’accès à une santé et des médicaments de qualité, la Fédération internationale des fabricants et associations pharmaceutiques (IFPMA) et l’Association pour l’information sur les médicaments (DIA), les experts issus d’organisations nationales, régionales et internationales ont tous fait en substance le même constat, des milliers de personnes perdent la vie sur le continent, chaque année, victimes des faux médicaments. 

Rappelant que 45 pays africains s’étaient engagés, en 2009, à Cotonou, à lutter contre ce fléau – un appel réitéré, en 2013, par les Premières dames, réunies à Niamey, afin de renforcer la protection de la mère et de l’enfant contre les faux médicaments – le professeur Marc Gentilini, délégué général de la Fondation Chirac, a insisté sur le fait qu’« éradiquer un tel fléau ne peut être entrepris seul. Bien au contraire, cela nécessite une responsabilisation des décideurs politiques qui doivent se mobiliser afin d’accroître les moyens de coopération et d’harmonisation, tant nationaux qu’internationaux ». 

« Le plus important est de persuader les malades de ne pas acheter ces médicaments frauduleux ! » 

En Afrique, vouloir se soigner tue autant que le manque d’accès aux soins : cette « double peine » infligée par les trafiquants à des populations africaines nécessiteuses a des effets désastreux. On estime que 122 350 enfants africains sont décédés en 2013 à cause d’un faux antipaludéen et d’un autre de piètre efficacité. En Afrique, le tiers des médicaments contre le paludisme, maladie la plus mortelle du continent, est constitué de « faux », une proportion qui peut monter à 40 % au Ghana et au Cameroun, voire près de 64 % au Nigeria, selon des enquêtes. Et le constat est pire encore en ce qui concerne les médicaments destinés aux animaux : « 50 % d’entre eux sont systématiquement contrefaits », souligne le professeur Gentilini. 

Pour Margareth Ndomondo-Sigonda, une responsable du Nepad, les défis auxquels les pays africains doivent faire face sont énormes, car les carences des systèmes de santé n’ont toujours pas été comblées. « Les capacités humaines et financières d’Afrique sont limitées ; on déplore l’absence de laboratoires de contrôle ; la réglementation est incomplète et on manque de pharmacies en zones rurales. » Les faux médicaments sont « vendus comme des tomates ou des oignons sur les marchés africains » où fleurissent, au vu et au su de tout le monde, les pharmacies par terre, déplore de son côté Sybil Yeboah, une responsable de l’Organisation ouest-africaine de la santé. La pharmacie est « un marché en pleine expansion d’autant plus que l’Afrique n’a pas ses propres moyens de production de médicaments ». 

Les sanctions dérisoires encourues par les trafiquants n’arrangent rien : la répression du trafic de faux médicaments reste insignifiante par rapport à la gravité du phénomène en Afrique, avec des peines jugées peu dissuasives. Au Sénégal, par exemple, 42 personnes ont été condamnées à 15 jours de prison pour trafic de faux médicaments, en mai 2014. Le directeur général de l’IFPMA, Eduardo Pisani, a également appelé l’Inde et la Chine à intervenir pour empêcher les faux médicaments produits par leurs entreprises d’arriver en Afrique. Une coopération à l’échelle internationale qui s’avère nécessaire pour lutter contre les ravages de cette médecine de la mort. 

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