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African Business

La Côte d’Ivoire remet l’éco sur l’agenda politique

L’accord entre les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, visant à faciliter la création de l’éco en remplacement du franc CFA, sera bientôt ratifié par la Côte d’Ivoire. Il n’en reste pas moins que le calendrier du projet reste très imprécis.

Par Paule Fax

Alassane Ouattara entend garder la main, dans le processus de transition – espérée – entre le franc CFA et l’éco, la future monnaie unique de l’espace Cedeao. La Côte d’Ivoire a lancé, le 7 janvier 2021, le processus de ratification de l’accord de coopération entre les huit pays de l’Uemoa et la France, conclu le 21 décembre 2019 à Abidjan, visant à la création de l’éco.

Cette ratification prend la forme d’un projet de loi bientôt soumis à l’approbation du gouvernement. À noter que la France, de son côté, avait ratifié cet accord le 10 décembre 2020.

Les pays ouest-africains ont du mal à respecter de concert les critères de convergences, nécessaires à l’établissement d’une monnaie unique. À savoir un déficit budgétaire sur la trajectoire des 3%, une inflation à moins de 10% et une dette inférieure à 70% du PIB.

Selon le gouvernement ivoirien, cet accord de coopération monétaire vise à préserver les paramètres économiques clefs de stabilité monétaire et de résilience de la monnaie de l’UMOA (Union monétaire ouest-africaine). À savoir la parité fixe de la monnaie commune avec l’euro et le soutien apporté par la garantie de la France. 

« En revanche, l’accord met un terme à la centralisation des réserves de change de l’UMOA dans le compte d’opérations, ainsi qu’à la présence de la France dans l’ensemble des instances de gouvernance de l’Union », précise un communiqué du gouvernement ivoirien.

La ratification de cet accord permettra « d’améliorer les échanges entre les pays membres de l’Union monétaire, de renforcer la stabilité et la résilience des économies et d’impulser une croissance forte durable et inclusive au niveau de la sous-région », juge le gouvernement, par la voix de son porte-parole, Sidi Tiémoko Touré.

Attendue en 2020, repoussée pour cause de crise sanitaire et budgétaire, la phase opérationnelle se fait attendre. Délai qui s’explique aussi par des « dissensions entre les dirigeants d’Afrique francophone », relate à l’AFP l’économiste Youssouf Carrius.

Le nouvel accord de coopération monétaire « entrera en vigueur à la date où sera valable la convention de garantie, sous réserve de la notification par l’ensemble des États signataires de l’achèvement de leur procédure de ratification », explique le Trésor français.

Cette convention de garantie fait l’objet de négociations entre la partie française et la BCEAO (Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest). Laquelle, pour l’heure, n’évoque jamais la question de l’éco dans sa communication institutionnelle…

Une nomination remarquée

« On a l’impression de tourner en rond », constate Kako Nubukpo. « La question derrière tout cela est de savoir quel est le degré de solidarité auquel sont prêts les pays africains entre eux. C’est un débat difficile avec beaucoup de non-dits », poursuit l’économiste togolais.

Lequel vient de prendre une place de choix pour observer ces débats et y participer : il vient d’être nommé conseiller économique du président de la commission de l’Uemoa, Abdallah Boureima. Un choix tout sauf symbolique, tant on sait la farouche opposition de Kako Nubukpo au franc CFA. 

Le retard de l’éco s’explique aussi par un problème pratique, aucune date ni aucun lieu n’ont été pour l’instant été dévoilés quant à la fabrication des futurs billets de banque, toujours imprimés par la Banque de France. « C’est un calendrier africain. Cette question-là fera partie des sujets débattus au prochain sommet Afrique-France, en juillet 2021 », assure un représentant de l’Élysée, cité par Le Point.

Pour autant, le principal point d’achoppement reste économique ; les pays ouest-africains ont du mal à respecter de concert les critères de convergences, nécessaires à l’établissement d’une monnaie unique. À savoir un déficit budgétaire sur la trajectoire des 3%, une inflation à moins de 10% et une dette inférieure à 70% du PIB.

Critères qu’il était illusoire de respecter au titre de 2020, bien sûr, et qui seront difficiles à tenir en 2021, par exemple pour le Nigeria, en proie à une résurgence de l’inflation. La première puissance économique de la Cedeao, on le sait, s’opposera à tout passage en force de l’éco par les francophones. Néanmoins, les choses avancent, en témoigne la décision d’Alassane Ouattara, et l’éco pourrait enfin circuler à l’horizon 2023.

Des avancées scrutées avec attention par l’Afrique centrale, dont les dirigeants pourraient tôt ou tard décider de larguer les amarres monétaires vis-à-vis de la France. D’ailleurs, la BEAC (Banque des États d’Afrique centrale), en début d’année, a pris l’initiative de renforcer son contrôle sur les sorties de monnaie hors de la Cemac.

Et imposé des restrictions de transferts ou de paiement par voie électronique. La Banque centrale tient à ce que toutes les ressources en devises soient rapatriées et centralisée à son niveau, – moyennant un délai –, ce qui permet de respecter plus aisément l’obligation de dépôt sur le compte des opérations du Trésor français.

PF

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