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Kordjé Bedoumra, la BAD et moi

Kordjé Bedoumra, ministre tchadien des Finances et du budget, est candidat à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD). Fort de ses 29 ans d’expérience au sein de l’Institution panafricaine, il semble bien placé pour succéder à Donald Kaberuka. À quatre mois de l’échéance, il lève un coin de voile sur ses ambitions pour l’Afrique.

Comment la BAD peut-elle aider les pays membres à participer à la transformation du continent ?

Il me faut d’entrée de jeu rappeler que la BAD travaille dans un contexte dynamique sur la base d’une stratégie décennale (2013-2022). En m’appuyant sur les acquis de la Banque, mon rôle serait d’apporter des solutions rapides aux attentes. Mon ambition à la BAD est de me concentrer sur des objectifs stratégiques qui reflètent les préoccupations dominantes du continent. En premier lieu, je citerai la création d’emplois pour absorber l’im­mense potentiel des jeunes et des femmes qui constituent la majorité de la population africaine, et la plus pauvre. Ceci couvre plusieurs domaines tels que la promotion du secteur privé, notamment les PME et PMI, et toutes les activités et programmes visant la valorisation du travail rural. En deuxième lieu, j’insisterai sur l’intégration régionale et le développement du capital humain, à savoir une population en bonne santé et éduquée, mais surtout la mobilisation des compétences nationales et africaines, y compris la diaspora. En plus de financer les infrastructures physiques d’intégration, il faudrait accélérer la levée des obstacles au commerce interafri­cain, à la circulation des biens, des personnes et des res­sources financières, et aider à la mobilisation rapide des pays face aux défis et catastrophes de tout genre. Enfin, comment éluder le soutien à la préservation de la paix et de la sécurité ? Les graves conséquences économiques et financières et l’impact de l’insécurité dans la zone du Sahel, la Corne de l’Afrique, la région des Grands lacs etc., montrent combien les analyses devraient intégrer davantage cette dimension dans les questions de dé­veloppement. Le Tchad a sur ce point une expérience remarquable à partager.

 L’Afrique manque de réformes pour dynamiser davantage ses économies. Que peut faire la BAD ?

 Non, l’Afrique ne manque pas de réformes ! Les pays africains sont à des degrés de développement divers : les émergents, ceux à revenu intermédiaire, les pays à faible revenu, les États dits fragiles… Les réformes doivent s’adapter à la situation de chacun, le plus important étant que ces réformes puissent concourir à l’intégration régionale. Car, je le répète, en dehors de l’intégration régionale, point de salut économique et social pérenne pour notre continent ! C’est pourquoi la BAD, dont la mission première est d’améliorer les conditions de vie des pays individuellement et collectivement, doit mettre les moyens tous azimuts afin de faciliter et accélérer cette in­tégration. Nous aurons bien sûr des domaines spécifiques de réformes à prendre en compte dans chacun des pays.

 Les réformes doivent s’adapter à la situation de chacun de ces pays, le plus important étant que ces réformes puissent concourir à l’intégration régionale. Car, je le répète, en dehors de l’intégration régionale, point de salut économique et social pérenne pour notre continent !

 Une croissance de 6 % l’an n’arrive pas à réduire les inégalités, source de tensions sociales et d’instabilité. Quelles sont vos idées sur le développement inclusif ?

 Le développement inclusif implique que l’on permette à tous de bénéficier des fruits de la croissance. Un consen­sus se dégage autour de cet objectif. Ma conviction est que, pour y parvenir, plusieurs efforts sont nécessaires dans le domaine de la valorisation du capital humain, mais le plus déterminant est d’offrir un emploi équitable à tous. Il s’agit là de la voie royale pour atténuer, voire enrayer les inégalités. En effet, l’emploi permet aux po­pulations de se prendre en charge et partant, leur offre les moyens de s’épanouir. Et l’on sait que les populations africaines sont aujourd’hui constituées de proportions majoritaires de jeunes et de femmes, qui sont à des taux très élevés sans emploi ou sous-employés.

 Comment voyez-vous la synergie avec la Commis­sion économique africaine, l’UA ? Et comment ren­forcer le partenariat BAD-Banque mondiale ?

 La BAD, la CEA et l’UA sont les piliers de l’intégration africaine et doivent travailler de concert pour l’intérêt des pays africains. Elles ont déjà une coordination des actions et doivent travailler à bâtir une vision commune, dans l’intérêt de l’intégration africaine. Ce n’est pas une option pour ces institutions, c’est une obligation ! La Banque mondiale et la BAD, tout comme les autres institutions de financement du développement en Afrique, devraient davantage mettre en commun leurs ressources au profit des pays africains, et cela, dans l’es­prit de la Conférence de Paris de 2005 sur la coordination et l’efficacité de l’aide.

 Vous accordez une importance particulière au secteur privé. Face à la multiplication des fonds d’in­vestissement, ici ou là, comment rendre cohérents les projets pour l’Afrique.

 Le secteur privé est l’outil indispensable pour la crois­sance et la création d’emplois et de développement ; la BAD doit jouer un rôle de conseil auprès des États, les aider à mettre en place le cadre réglementaire, les dispositifs susceptibles d’améliorer leurs conditions d’investissement. Le développement ne peut se faire que par un secteur privé interne important et dynamique. Nous devons donc aider les pays à promouvoir l’épargne intérieure, aider les banques à soutenir le financement des PME-PMI. Parallèlement, la BAD doit contribuer à drainer en Afrique les investisseurs internationaux et mobiliser des ressources : son action consistera à soutenir des banques, à faire alliance avec des pays ou institutions désirant investir en Afrique et apporter des garanties, créer les conditions d’attraction pour l’investissement sur l’exploitation d’im­menses ressources du continent africain. Cela est surtout fondamental pour les pays à faible revenu où souvent, les promoteurs du secteur privé investissent peu, exception faite des

 Dans ce contexte, quelles sont les raisons de votre candidature ?

 Ma candidature est portée par le président de la Ré­publique du Tchad, Son Excellence Idriss Déby Itno, dont l’envergure, le poids et la dimension africaine et internationale sont reconnus et respectés. C’est aussi la candidature de l’Afrique centrale qui n’a jamais occupé ce poste et voudrait également, cette fois-ci, apporter sa contribution au développement de l’Afrique. Leur choix a porté sur la personne dont ils sont convaincus qu’elle remplit les conditions pour accomplir dignement et avec succès cette mission. Nous avons été encouragés par des grandes personnalités et des pays amis qui sont convaincus que je suis la personne appropriée pour relever ce défi. Aujourd’hui le continent africain, le plus dynamique, se présente comme le continent du XXIe siècle. L’Afrique aura son mot à dire, de plus en plus. La BAD, première institution de financement du développement en Afrique, a besoin d’un leadership capable d’impulser cette dyna­mique pour lui permettre de jouer pleinement ce rôle. Toute chose que me confère mon expérience exception­nelle, unique au sein de cette institution : des Opérations jusqu’à la responsabilité de vice-président chargé des Services institutionnels en passant par le poste de secré­taire général, j’ai parcouru l’Institution de long en large, si bien que je peux prétendre, mieux que quiconque, avoir une parfaite connaissance des rouages de la maison BAD ! À cela s’ajoute mon expérience gouvernementale au Tchad comme ministre du Plan, de l’économie et de la coopération internationale, puis secrétaire général de la Présidence – poste stratégique pour la compréhension du développement d’un pays – et enfin aujourd’hui comme ministre des Finances et du budget. Je peux me prévaloir d’avoir eu une bonne préparation pour être immédiate­ment opérationnel et efficace à la tête de la BAD. Je dois ajouter à cela un élément personnel important. J’ai une passion pour la réussite de mon continent africain et son développement, depuis que j’étais étudiant. J’ai toujours agi dans ce sens et l’essentiel de mon parcours a été de servir l’Afrique. C’est pour moi un sacerdoce, une mission sacrée à accomplir.

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