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Khaoula Khedimy Boussama, présidente d’Enactus Tunisia

À la tête d’Enactus Tunisia, qui développe l’esprit d’entreprendre et l’engagement d’étudiants au service de la société, Khaoula Khedimy Boussama a une vision claire et globale de son rôle : former des citoyens intègres et engagés.

Tunis, Mathieu Galtier

En temps normal, Patrice Bergamini n’est pas du genre à être déstabilisé. Ce jour de janvier, face à plusieurs centaines d’étudiants, le représentant de l’Union européenne en Tunisie a, pour­tant, admis être « impressionné » par cette assemblée amenée à devenir l’« élite du pays ». Une prouesse due à Khaoula Khedimy Bous­sama.

Khaoula Khedimy Boussama, présidente d’Enactus Tunisia : « Aider les autres pour se réaliser soi-même »

Grâce à elle, plus de 500 étudiants tuni­siens réfléchissent, chaque année, à comment améliorer le « vivre-ensemble » en imaginant des projets qu’ils doivent ensuite piloter à la façon d’une entreprise, avec l’aide de mentors issus du monde du privé et de l’enseigne­ment. Allier social et entrepreneuriat et non les opposer, une gageure qu’accomplit depuis 2009 la présidente de l’ONG Enactus Tunisia.

De quoi effectivement troubler même le plus chevronné des diplomates. « Tous ces jeunes que l’on encadre ne vont pas forcément devenir des entrepreneurs, des fondateurs de start-up », explique l’amatrice de voiture sportive et de cuisine italienne. Le but c’est aussi de créer une culture de l’initiative en Tunisie. Le pays n’a pas besoin de bons exécutants, mais de concepteurs. Enactus Tunisia sert à favoriser ce principe. » Chaque année, l’ONG américaine organise un concours mondial qui vise à récompenser les équipes présentant le meilleur projet.

La compétition pour mieux aider son prochain

En 2017, l’école des hautes études commerciales IHEC, est arrivée en demi-finale grâce à « Rooya », une initiative qui permet à des enfants défavorisés de se procu­rer des lunettes incassables, recyclables et 100 % Made in Tunisia, tout en relançant l’activité économique d’une usine qui péri­clitait. Améliorer la vie de personnes en diffi­culté en produisant de la richesse, telle est la philosophie de Khaoula Khedimy Boussama : « Pas de théorie, pas de projet en l’air, mais de vraies personnes à aider, de vrais résultats et un vrai impact, voilà ce que je veux que les membres d’Enactus acquièrent».

Pour cela, Enactus Tunisia organise une compétition nationale à laquelle participent une quaran­taine d’équipes venues des principales écoles et universités du pays. La révolution politico-sociale de 2011 a permis de libérer l’initiative privée, de battre en brèche la mentalité du « tout doit venir de l’État ».

Un air du temps dont profite l’ancienne cadre à l’UTICA, le principal syndicat patronal tunisien, pour révolutionner Enactus Tunisia. D’abord passer, depuis 2014, à l’anglais depuis la soumission des projets jusqu’au déroulé des épreuves : un basculement linguistique indis­pensable pour « former les leaders de demain », selon Khaoula Khedimy Boussama.

Ensuite, pousser l’aspect compétition à son paroxysme – « Le concours est un maillon important car la compétition fait partie du monde de l’entre­prise, elle permet d’innover, de se démarquer de la concurrence et d’améliorer nettement les résultats », assène-t-elle – en intégrant de plus en plus d’équipes.

Surtout, en diversifiant les profils des compétiteurs. D’ici à 2020, elle espère ainsi intégrer les ISET (Institut supérieur des études technologiques), plus professionnalisants que les diplômes univer­sitaires classiques. Cette ouverture permet­trait d’intégrer des Tunisiens issus des régions de l’intérieur du pays, dépourvues en grandes écoles. Pour faire face au chômage des quali­fiés, 35 % des diplômés sont sans emploi, l’État veut renforcer les ISET.

Perdre, mais avec dignité

Un accord a été signé à l’automne 2017 entre la France et la Tunisie pour favoriser les partenariats stratégiques entre les ISET et les IUT français. Si Enactus Tunisia s’ouvre aux ISET, c’est donc à la fois dans un but d’inclusion sociale mais aussi de dévelop­pement économique : une combinaison qui est la philosophie même de l’organisation. Le troisième chantier de Khaoula Khedimy Boussama est celui des valeurs.

Enactus Tunisia ne doit pas se réduire à un incubateur de start-up, même si elle peut être à l’origine de success story : « Travailler en équipe permet de se jauger, de connaître sa valeur. Si un chef d’équipe n’arrive pas à créer une synergie, il doit avoir l’humilité de laisser sa place à d’autres pour faire avancer le projet. S’il le fait, et même s’il ne remporte pas la compétition, pour moi, il aura gagné car c’est ça le respect des valeurs, et c’est ça Enactus avant tout », illustre la diplô­mée en Droit.

Avant de passer la main à une nouvelle génération, Khaoula Khedimy Boussama travaille pour bâtir sa grande oeuvre : une « Académie Enactus » où seraient dispen­sés des cours pour apprendre à devenir des citoyens intègres.

Étudiants et anciens élèves se retrouveraient autour de modules qui mélangeraient matières classiques comme l’histoire « pour faire aimer notre pays », savoir-faire comme la manière de prendre la parole en publique et, plus innovant, savoir être avec des notions de politesse (comment se tenir à table), de goût vestimentaire, etc.

Le rêve de cette patriote convaincue est de ne plus entendre ce que des jeunes continuent à lui dire de temps en temps : « Pourquoi voulez-vous que je m’engage dans ce genre de programme ? Pourquoi voulez-vous que je m’engage pour la Tunisie ? Qu’est-ce que la Tunisie m’a apporté ? » Une attitude qui « me fait mal », souffle-t-elle.

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