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Kayi Rose Mivedor, une banquière

Jeune directrice de banque dans la capitale du Togo, Kayi Rose Mivedor symbolise la détermination des Togolaises à peser dans la reconstruction économique de leur pays.

Première Togolaise à présider depuis juillet 2014 aux destinées de l’Apbef – Togo (Association professionnelle des banques et établissements financiers du Togo), Kayi Rose Mivedor, la quarantaine, croit profondément au potentiel des banques togolaises pour porter durablement l’économie nationale en pleine croissance. Douze années d’expérience acquises dans diverses sphères décisionnelles de multiples entreprises implantées au Togo, dont une banque (Banque Atlantique Togo), ont aidé cette habile intellectuelle, titulaire d’un DESS en Droit des affaires (option Administration des entreprises), à décrocher le poste de directrice générale de la filiale togolaise de Diamond Bank depuis octobre 2013. Après avoir effectué ses études supérieures France, Kayi R. Mivedor a dû s’imposer dans l’environnement du travail dans son pays natal en misant essentiellement sur la rigueur et l’efficacité. À fin juillet 2015, le total de ressources clientèle mobilisées par les composantes de l’Apbef-Togo est de l’ordre de 1 115 milliard de F.CFA. Les crédits accordés durant la même période par les mêmes structures se chiffrent à 991 milliards.

Des statistiques qui contentent Kayi Mivedor, laquelle aime se définir comme « le premier exploitant et commercial de la banque » qu’elle dirige, sans aucune prétention de casser des stéréotypes. Car, justifie la première directrice de Diamond Bank Togo et l’une des rares Togolaises à diriger un établissement bancaire dans le pays, « 14 banques et deux établissements financiers se partagent l’univers de la finance au Togo. En termes de financement à l’économie, les banques agréées sur le territoire togolais ont une moyenne de 20 % contre 10 % comme moyenne minimale admise au sein de l’Uemoa, juste derrière le Sénégal qui est crédité d’une moyenne de 30 %, le pays le plus performant en la matière ». Afro-optimiste résolue et fière des prouesses économiques qu’accomplit en ce moment le Togo depuis la reprise de sa coopération avec la communauté financière internationale en 2007, Rose Mivedor n’élude pas pour autant les défis. Entre autres «l’augmentation du taux de bancarisation » qui est à 15,8 % et près de 52 % en incluant les SFD (système financier décentralisé) et institutions de microfinance.

Mieux financer les PME

Le volume des dépôts dans les banques représente 38,5 % du PIB, contre une moyenne de 25 % dans l’Uemoa. Des statistiques qui démontrent que « les banques togolaises ont de la liquidité qui mérite d’être investie », commente Rose Mivedor aux yeux de qui « financer autrement les PME-PMI donnerait un coup de fouet considérable à la création de richesses au Togo ». Pour donner forme à cette mutation bancaire, l’actuelle présidente de l’Apbef- Togo défend une approche novatrice de cette catégorie de clientèle. « Le système bancaire local rencontre des difficultés dans le financement des PME-PMI. C’est un gros challenge, car les PME-PMI constituent le véritable tissu de croissance dans une économie comme la nôtre. Les banques font face à des difficultés structurelles liées à l’absence d’informations ou leur qualité autour de ces PME-PMI, de nature à permettre une prise de décision aisée », estime la jeune directrice générale. Dans cette optique, insiste-t-elle, « les banques peuvent être davantage imaginatives en matière de financement », en refusant de s’enfermer uniquement dans des « garanties hypothécaires ». Il existe aujourd’hui une panoplie de garanties comme les fonds de garantie qui accompagnent les banques dans le cadre du financement des investissements et non de la trésorerie (ANPGF, Fonds GARI, African Guarantee Fund, la garantie à risque de l’AFD, etc.). Ou encore, poursuit la directrice, « une meilleure gestion du cycle du client par le biais de la tierce détention, du monitoring du financement du stock du client pour mieux suivre et canaliser ses flux ». Rose Mivedor, réputée avoir le verbe facile, souligne que les banques du Togo ont « un double devoir de conseil auprès du client, quelle que soit sa taille, et d’accompagnement ».

Restructurer le cadre général du financement

En appelant de ses voeux ces mutations dans le financement qu’opèrent les banques, la présidente de l’Apbef-Togo formule également un plaidoyer à l’intention de l’État. Notamment « la réduction du coût d’exploitation des banques pour leur permettre d’être proches de la clientèle, mais à moindre coût. D’où aussi l’importance d’une plus grande promotion de l’internet et du mobile banking. Une somme de mutations qui ont pour vocation d’accroître le financement à l’économie de la part des banques togolaises, parce qu’en dépit de nos bons chiffres dans la zone Uemoa, nous demeurons très loin des performances des banques européennes et sud-africaines ». L’État peut, en outre, décider une incitation fiscale pour amener les PME-PMI à avoir recours aux centres de gestion agréés (censés les aider) à acquérir l’information financière de qualité ainsi qu’un suivi idoine. L’élimination d’autres goulots d’étranglement qui retardent l’épanouissement des banques et établissements financiers au Togo tient également à coeur à la directrice de l’Ap-bef-Togo. « L’environnement des affaires, le cadre légal doivent être propices pour développer le financement à l’économie qu’opèrent les banques », plaide Rose Mivedor, ancienne responsable juridique de Togo & Shell. Elle énumère, dans le même esprit, d’autres écueils à surmonter comme « le problème majeur du foncier » qui fragilise la sécurisation des actifs, la fiabilité et la disponibilité des systèmes d’information précédant l’ouverture de nouvelles agences bancaires (le développement des infrastructures télécoms hors de Lomé), et surtout « la sécurité judiciaire dans tout litige » ; parce que, insiste-elle, « les banques détiennent et protègent avant tout l’argent des déposants ». Au Togo, où les femmes représentent près de 52 % de la population, le parcours professionnel et la soif de performances du numéro 1 de Diamond Bank Togo pourraient faire des émules. À l’endroit de toutes ses jeunes compatriotes qui aimeraient l’imiter, Mivedor formule un message simple, mais évocateur : « Amour du travail, soif de la connaissance, rigueur, confiance en soi, car les femmes ont autant de potentiel que les hommes. » Au moment où Lomé reprend ses marques de place financière régionale, Rose Mivedor croit fermement en l’apport des banques dans cet élan de dynamisme économique : « Les mutations économiques en cours au Togo sont en train de le doter d’atouts pour vendre son positionnement de pays de services, à l’image du Singapour. Le Togo est bien placé pour servir de hub économique et financier dans la sous-région».

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