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Jouer un rôle encore plus important

L’ancien ministre tunisien des Finances, Jalloul Ayed, fait valoir son expérience de banquier qui, très tôt, lui a fait prendre la mesure de tous les potentiels de l’Afrique. Il plaide pour une BAD plus proche de ses marchés, dans le souci d’une meilleure réactivité.

Jalloul Ayed Ancien ministre des Finances (Tunisie)

 

Quelle serait la première mesure que vous prendriez, si vous étiez nommé président de la BAD ?

Tout d’abord, je demanderais une évaluation générale de l’état de la Banque, avec un accent particulier sur ses ressources humaines. Une institution dépend d’abord des qualités des femmes et des hommes qui la composent. Je prendrais soin de rencontrer les principaux dirigeants et cadres afin de me faire connaître, de les écouter, d’entendre leurs motivations, et leurs besoins. Il me semble important d’évaluer également l’efficacité de l’organisation, et la gestion des risques de la banque, mais aussi ses différentes filiales, leurs missions et leurs stratégies.

J’ai une très haute estime de la BAD et de ses cadres avec lesquels j’ai eu l’occasion de travailler, en tant que client. D’abord comme investisseur, puis en tant que ministre des Finances. Si j’étais élu, je tiendrais à m’assurer que l’organisation de la banque, les ressources humaines et logistiques sont optimisées pour assurer la bonne mise en place de notre stratégie. 

Quelle est la meilleure raison de voter pour vous ?

La passion que j’ai pour l’Afrique et mon expérience sur le continent constituent mes principaux atouts. Lorsque je dirigeais le second plus grand groupe bancaire marocain, la BMCE, j’avais clairement orienté ses priorités stratégiques vers l’Afrique subsaharienne. J’avais ainsi piloté le rachat de Bank of Africa, créé des filiales de la banque d’investissement BMCE Capital, au Sénégal et au Cameroun d’abord, puis dans plus de 20 pays africains. Et ce, malgré certaines réticences en interne car l’Afrique n’était alors pas si en vogue qu’aujourd’hui. C’était le bon choix, conforté plus tard par la stratégie du Maroc à l’égard de l’Afrique subsaharienne. L’Afrique représente aujourd’hui plus de 35 % des résultats de BMCE. Ensuite, j’ai créé à Londres une banque d’investissement totalement dédiée à l’Afrique. Dès le début des années 2000, j’étais persuadé que mon continent était celui de l’avenir. Et ma conviction vis-à-vis de l’Afrique est encore plus forte aujourd’hui.

Il me semble enfin que mon profil se démarque des autres. Je ne suis pas un pur produit de l’administration, même si j’ai été ministre des Finances après la révolution de 2011 en Tunisie, dans le deuxième et le troisième gouvernement. J’ai une forte expérience dans le secteur privé, dans la finance internationale, mais aussi dans le public comme ministre. Je pense que c’est un avantage et un atout pour apporter du sang nouveau à la Banque. 

Que faut-il changer dans le « logiciel » de la BAD pour que l’Afrique décolle durablement ?

J’ai une vision pour la BAD pour qu’on saisisse le moment, celui de la transformation extraordinaire du continent. Je pense que la BAD est au coeur de ce changement et peut jouer un rôle encore plus important. Je souhaite, si je suis élu, que le « logiciel » de la BAD soit beaucoup plus proactif, plus pro-business. Je veux qu’on aille chercher les opportunités et non pas seulement attendre que les opportunités viennent à nous. Sous ma direction, la BAD serait plus impliquée dans les circuits des affaires tout en gardant sa vocation de banque de développement. Elle serait ainsi encore plus au coeur de la formidable mutation du continent.

Le plus important, c’est que la BAD suive sa route, et puisse mettre en oeuvre sa vision. L’Afrique gagnerait plus avec l’appui de grandes puissances qu’avec seulement l’appui de pays africains.

Avez-vous un exemple concret où la BAD a fait ce que les autres banques n’ont pas fait et répondu ainsi aux besoins spécifiques de l’Afrique ?

C’est une banque de développement. Elle a ainsi joué un rôle crucial dans l’infrastructure en investissant dans des projets qui permettent d’atteindre l’un des objectifs de l’Union africaine, à savoir l’intégration. Je pense que la banque a fait beaucoup d’avancées sur ce plan. Et ce n’est pas le rôle des banques commerciales. Il y a deux grandes banques de développement qui interviennent en Afrique, la BAD et la Banque mondiale.

L’institution panafricaine joue un rôle crucial en apportant une assistance technique et intervient pour aider et assister les États membres dans l’élaboration de bonnes stratégies, de leurs réformes et pour la mise en place d’un développement durable.

L’Afrique va voir émerger des dizaines de nouveaux milliardaires ces prochaines années. Faut-il une taxe spéciale milliardaire pour financer le développement du continent ?

L’émergence de milliardaires est logique. On a vu en Afrique apparaître une nouvelle génération d’entrepreneurs décomplexés et sans les fardeaux hérités du colonialisme. C’est de bon augure. Le secteur privé représente l’épine dorsale de toute croissance économique. Quand on voit l’émergence du secteur privé, de Tanger à Johannesburg, on peut être rassuré sur l’avenir de l’Afrique.

Quant à la taxation, elle dépend des États. Si ces nouveaux entrepreneurs prospères doivent payer des taxes, comme tout citoyen, ils se doivent de contribuer au développement économique mais surtout social de leurs pays. C’est le rôle de l’État de s’assurer que la taxation n’est pas prohibitive et ne freine pas les investissements. Les TPE représentent souvent près de 80 % du tissu économique du pays. L’État doit donc permettre à ces entreprises de se développer et de créer de la valeur.

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