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Jean-Louis Billon : L’Afrique n’a pas le choix !

Jean-Louis Billon : L’Afrique n’a pas le choix !
  • Publiéjuillet 23, 2018

L’objectif d’un espace commun et d’une prospérité commune est-il réaliste ?

Je pense que oui. Lors de la signature, en mars dernier à Kigali, des accords sur la zone de libre-échange, nous n’attendions qu’une vingtaine de membres… mais finalement, 44 pays ont signé ! Nous n’avons aucune incertitude sur le fait que les onze qui n’ont pas signé vont bientôt nous rejoindre.

Ils avaient simplement besoin de plus d’informations avant de pouvoir le faire. Oui, cette zone va constituer un électrochoc. Un marché aussi grand impose une compétitivité, une réglementation et des infrastructures. Et les besoins des populations pour une meilleure qualité des produits et des meilleurs prix font que l’électrochoc est déjà créé. Dans un monde extrêmement connecté, avec une information plus rapide et plus globale, le consommateur africain est aussi aguerri que n’importe quel consommateur dans le monde. Il a besoin que son marché lui offre les mêmes opportunités faute de quoi il se tourne vers d’autres industries et d’autres marchés. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre autant d’opportunités sur notre propre continent.

Comment hiérarchiser les priorités ?

Précisément, c’est sur ce point que cette osmose entre le secteur privé et le secteur public est intéressante. Le secteur privé concerne l’ensemble des différents domaines économiques, que ce soit le primaire, l’agriculture, l’artisanat, l’industrie, les services… Tout le monde a besoin de ce changement structurel du marché africain. C’est la raison pour laquelle, dans chaque pays, tous les gouvernements, tous les ministères, les différentes institutions, l’UA, etc. vont mettre en oeuvre cette mise à jour dont nous parlons.

Le problème majeur de l’Afrique, aujourd’hui, est la bataille des compétences. L’Afrique en a-t-elle les moyens ?

Je n’ai aucun doute là-dessus. Trop d’Africains s’expatrient pour chercher ailleurs les réponses à leurs préoccupations. Prenez le cas de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, des milliers de cadres partent aujourd’hui en Europe, aux États-Unis, en Asie, ou même dans d’autres pays africains alors qu’ils ne demanderaient qu’à vivre chez eux. Ils ne partent pas de gaîté de coeur, mais seulement parce qu’ils sont en quête d’opportunités. Si l’Afrique permettait aux jeunes de réaliser leurs rêves et de trouver, sur leur continent, les opportunités qu’ils vont aujourd’hui chercher ailleurs, ces jeunes préféreraient rester en Afrique.

Qu’est-ce qui vous pousse à cet optimisme ? Vous êtes un afro-optimiste, un afro-pessimiste ou un afro-rêveur ?

Je suis un afro-pragmatique ! Nous sommes aujourd’hui 1,3 milliard d’individus sur ce continent, nous serons 2 milliards en 2030… Encore une fois, nous n’avons pas le choix. Nous devons apporter des réponses aux préoccupations de la jeunesse africaine et des Africains en général. Cela passe forcément par un bond économique.

Qu’est-ce qui, dans la politique, vous a donné le retour d’expérience de ce type de basculement ?

Lorsqu’on est en politique, on travaille sur le très long terme, et non pas au quotidien. Les lois, les projets de lois, les textes que nous prenons vont dans ce sens. Je prends l’exemple des lois sur les PME et du projet Phénix, consacré au développement des PME ivoiriennes. Tout cela prend du temps, mais au bout de l’accomplissement des programmes, le secteur économique finit par ressortir beaucoup plus fort. L’État transforme en opportunités les craintes ressenties par les entrepreneurs.

Comment abordez-vous les responsabilités qui sont les vôtres, en tant que vice-président d’AfroChampions ?

En acceptant la mission qui m’est confiée et en m’y engageant. Nous avons conscience des défis à relever. Prendre ses responsabilités, c’est avant tout essayer plutôt que de ne rien faire, pour le regretter demain. 

Écrit par
African Business french

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