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Idées fausses sur l’Afrique

… que l’on plante d’arbres dans le désert pour ne pas assécher les nappes phréatiques. Au moins, lui n’avait pas tout à fait tort : au-delà d’une certaine exploitation, les nappes phréatiques s’assèchent effectivement, comme cela est en train de se passer en Arabie saoudite. 

Au-delà, toutes ces fausses bonnes intentions n’ont aucune chance de « sauver l’Afrique ». Le développement est un processus universel qui n’a rien à voir avec le bricolage de quelques ONG, aussi talentueuses puissent-elles être. Il passe bien entendu par le développement économique, lequel répond à des règles strictes mises en évidence notamment par Joseph Schumpeter : association des facteurs de production (travail, capital) et des innovations, et donc exode rural et investissements, utilisation du progrès technique (et donc transfert de technologie), etc. Et le développement social suit le développement économique, il ne le précède pas comme le prouvent les évolutions européennes du XIXe siècle ainsi que l’exemple chinois : les incantations à la « bonne gouvernance » qui ont fleuri à la fin du siècle dernier étaient, elles aussi, du domaine du fantasme ! Je me contenterai de relever que c’est en matière de développement économique que le plus de bêtises ont été déversées à grands seaux à propos de l’Afrique. Des inepties sur les capacités comparées des Blancs et des Noirs. Nous avons assisté à un crime médiatique contre l’Afrique, retardant pour des décennies – et encore jusqu’à aujourd’hui en dépit de ses taux actuel de croissance – l’entrée en masse des investissements étrangers. Les Africains commencent à réaliser que l’image qui a été donnée d’eux, des siècles durant, leur a été préjudiciable au même titre que les effroyables désordres démographiques et civilisationnels causés par les razzias fomentées par les Arabes et la traite, puis la colonisation, gérées directement, elles, par les Occidentaux.

Il n’y a plus de « roi nègre » 

Le fantasme du « gentil nègre » analphabète a vécu avec une population qui sait lire, écrire et compter aujourd’hui à plus de 80 % et qui s’est urbanisée à 50 %. L’Afrique n’a plus rien à voir avec celle des « pères blancs ». Privée d’investissements étrangers, elle a suscité ses propres entrepreneurs dont le nombre et la richesse croissent d’année en année : davantage de milliardaires africains entrent désormais dans le classement de la revue américaine Forbes. Ce tandis que les signes de l’émergence d’une classe moyenne africaine se multiplient. Par exemple, plus de la moitié des foyers africains disposent de quoi se payer plus que le strict nécessaire, Afrique noire incluse. Autre élément permettant de mieux comprendre le phénomène, jamais les taux d’épargne (et donc d’investissement) des Africains n’auront été aussi élevés, dépassant tous aujourd’hui 20 % du PIB (alors que les taux occidentaux se sont effondrés, passant tous en dessous de 15 %). Si bien que l’auto-investissement est roi en Afrique en même temps que le pourcentage d’entrepreneurs : sans la concurrence des multinationales, les Africains se sont jetés littéralement dans la satisfaction par leurs propres moyens des besoins de leurs nouvelles classes moyennes. 

Ce qui décale encore plus le regard sur l’Afrique : les Européens continuent à examiner le continent au travers des dires et des actes de ses dirigeants politiques. Or, les États africains ne représentent plus vraiment leurs assujettis théoriques. Ce qui est facile à comprendre : ces États sont nés au lendemain des indépendances dans les années 1960. À peine éclos, ils furent la proie de la Banque mondiale, du FMI et des clubs de créanciers qui les obligèrent à « dégraisser » et à privatiser le maximum de services publics. Dans le même temps, la mondialisation leur supprima leurs principales recettes, les droits de douane. Privés du personnel compétent d’inspection, ils ne purent, bien sûr, remplacer correctement ces recettes traditionnelles par des impôts autres, revenus, bénéfices ou TVA. Désargentés, sans prise réelle sur les pays qu’ils administrent, ils continuent à être la cible des quolibets occidentaux, comme si rien n’avait changé. Or tout a changé : les populations ont appris à vivre sans État, tout comme la Belgique, voici peu, a pu vivre sans gouvernement ! L’exemple le plus caractéristique à cet égard est l’électricité à Lagos : la mairie est totalement incapable, faute de moyens, d’assurer une distribution correcte de l’électricité publique qui, de toute façon, fonctionne elle-même très mal. Mais Lagos regorge de générateurs privés ! L’État se contente donc de vendre l’essence à très bas prix pour assurer la fourniture d’énergie.

Sida or not sida ? 

Et c’est comme cela que sur tout le continent, les « autorités » paraissent dépassées par la vitalité de leur environnement. L’immobilier est totalement anarchique, le commerce interafricain explose tandis que les grands axes routiers ne sont pas terminés, l’industrie autochtone commence à concurrencer les importations asiatiques sans que celles-ci soient réellement appréhendées par les statisticiens gouvernementaux, etc. L’émergence africaine, réelle, ne dépend pas de ce que font ou ne font pas les patrons politiques du continent, mais de l’addition d’une myriade de comportements individuels incontestablement dynamiques. Au point qu’aujourd’hui sortent des études scientifiques cherchant à démontrer que le regroupement de nombreux humains dans des villes est à lui seul dynamique, la production cumulée de ces individus regroupés surpassant celle dont ils faisaient preuve isolés. 

« Mais il y a le sida. » Plus personne ne vous parle réellement aujourd’hui de l’Afrique, tout juste de l’Afrique australe où les mineurs ont des rapports fréquents avec des prostituées contaminées et où la maladie est effectivement grave et pose des problèmes prioritaires aux autorités publiques. Et pourquoi ne vous parle-t-on plus trop de l’Afrique alors qu’il y a 15 ans à peine, l’OMS annonçait à grands cris d’orfraie des « taux de prévalence » (taux de contamination) supérieurs à 50 % de la population dans presque tous les pays. Quelques années après cette présentation de la pandémie, l’OMS rabaissait ses estimations. Les taux s’alignaient pratiquement sur ceux des pays européens, à moins de 8 %. Ce serait risible si, en même temps que l’OMS montrait ainsi du doigt l’Afrique, tous les crédits…

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