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Gabon Oil Company, le petit poucet

La compagnie pétrolière nationale – Gabon Oil Company – créée en 2010 fait figure de poids plume au milieu des majors internationales. Son activité est néanmoins utile au secteur et à l’État. 

Les bureaux de la Société nationale des hydrocarbures du Gabon sont modestes, au cinquième étage d’un buil­ding en front de mer de Libreville. Il s’y joue pourtant un pari sur l’avenir de l’indus­trie pétrolière du pays : construire la première compagnie gabonaise.

Lancée en 2010 après un conseil des ministres délocalisé à Port-Gentil, la Gabon Oil Company (GOC) aux capitaux détenus à 100 % par l’État, illustre la politique de réappropriation des ressources et des savoirs que le président Ali Bongo souhaite mettre en avant pour une industrialisation plus avancée du pays.

Cette promesse électorale a vu le jour en 2011 avec des ambitions de présence à tous les niveaux de la filière. Jules-Maurice Berre, porte-parole de la compagnie, revient sur ces orientations : « Le Gabon était le seul pays pétrolier d’Afrique subsa­harienne qui n’avait pas d’opérateur national. Depuis cinq décennies, quelques cadres gabonais travaillaient dans le pétrole, mais il n’existait pas de structures pour capitaliser ces savoirs, la GOC vient remplir cet espace ».

Pour l’offshore, surtout l’offshore profond, il est évident que nous voulons être présents, mais c’est un domaine très capitalistique où il est nécessaire de prendre des risques importants.

L’ambition se situe à de multiples niveaux, l’exploration, la production et la commerciali­sation, ou plus exactement dans une chronolo­gie inverse, puisque la GOC a commencé par la commercialisation.

« Les contrats de partage de production entre l’État et les compagnies exploi­tantes sont libellés en barils de pétrole. La part de l’État représente donc une quantité de barils à mettre sur le marché, ce que Gabon Oil Company opère désormais à travers un accord avec une société de trading spécialisée ».

Pour le démarrage des opérations de commercialisation de brut, la GOC s’est assuré l’assistance technique de Vitol, un géant du trading en énergie. « Cette assistance technique couvre la formation des employés de la GOC dans les métiers de commercialisation de brut, mais la compagnie ambitionne à terme d’ouvrir son propre bureau de trading » explique Jules- Maurice Berre.

Le marché de la commerciali­sation représenterait actuellement entre 2 et 3 milliards $. « En échange Vitol pourrait égale­ment prendre des parts dans les infrastructures de distribution et dans les terminaux au Gabon », confie un connaisseur de l’industrie pétrolière en Afrique. 

Un instrument de régulation

La GOC est pilotée par Serge Tulekima, directeur général, anglophone, ingénieur pétrolier formé à la prestigieuse Texas A&M University. Il a travaillé pour des compagnies internationales comme Chevron Australia. Il connaît bien le domaine de la prospection, des études géologiques et de l’exploitation, un univers où les véritables coûts et l’ensemble des flux financiers ne sont pas encore tout à fait maîtrisés au Gabon.

L’État gabonais, conscient d’un manque d’information, a d’ailleurs lancé un audit du secteur, confié au cabinet spécia­lisé Alex Stewart, pour notamment détecter les éventuels manquements aux accords passés avec les compagnies opératrices. Trois d’entre elles, Shell Gabon, Total Gabon et Perenco se partagent, à parts à-peu-près égales, environ 60 % du secteur avec quelque 180 000 barils/ jour produits.

Un autre opérateur, Addax Petroleum, racheté par le chinois Sinopec en 2009, détient environ 12 % de la production ; enfin, d’autres petites compagnies opèrent également en partage de production. Les premières conclusions du rapport du cabinet Stewart sont sévères pour Addax, notamment sur sa gestion du champ pétrolier d’Obangué.

Soupçonné de non-déclaration de production, le contrat d’Addax sur Obangué est rompu par l’État en décembre 2012. Dès lors, les autorités gabonaises se tournent vers leur société nationale, Gabon Oil Company, pour opérer les 8 000 barils/jour du site. Elles signent en mai 2013 un contrat de service de deux ans afin de conduire pour leur compte les opéra­tions de production pétrolière.

La nouvelle de la réquisition du champ d’Obangué fait le tour du secteur pétrolier dans le golfe de Guinée. Addax porte plainte, mais in fine c’est bien l’État gabo­nais qui remporte la décision du tribunal arbi­tral de la Chambre de commerce internationale de Paris, en septembre 2013.

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