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Franck Adjagba, DG du Fonds Gari

Le fonds Gari soutient les institutions financières dans l’investissement au capital des PME-PMI, garantissant partiellement les risques et apportant, le cas échéant, une aide technique. Son directeur général, Franck Adjagba, explique son rôle.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Depuis votre nomination, avez-vous eu le temps de faire le tour de la maison et de réévaluer votre vision stratégique ?

Oui, bien sûr. En vingt mois, j’ai eu le temps de dresser l’état des lieux et de définir une stratégie en cohérence avec la vision de la maison mère, African Guarantee Fund qui, avait racheté le fonds Gari en décembre 2015, à hauteur de 80,56 %. Pendant cette période, ma mission a consisté à réaliser l’intégration post-acquisition du fonds Gari. Celle-ci passe par l’harmonisa­tion des produits de garantie, des systèmes d’information, des procédures, et le plus délicat, l’intégration des ressources humaines.

La nouvelle vision du fonds Gari – qui va s’appeler bientôt African Guarantee Fund – West Africa – correspond tout à fait à la vision de la maison mère, à savoir être un fonds de garantie innovant, leader sur ses marchés et qui répond efficacement aux besoins de financements des PME en Afrique d’une part, au renforcement des capacités des banques et des PME, d’autre part.

Vous êtes sur le marché de l’industrie de la garantie. Comment, aujourd’hui, établir une cartographie de ce secteur en Afrique ?

La prise de conscience par les gouver­nants de l’importance des PME et PMI en Afrique a changé complètement la donne sur l’importance et le rôle des fonds de garantie sur le continent. En effet, les PME-PMI sont unanimement reconnues comme moteurs de la croissance et de la création d’emplois dans toutes les économies modernes, où elles contribuent à hauteur de 40% à 60% à la formation du PIB. En Afrique, on le sait, 81% des entreprises sont des PME-PMI, pour 50% des emplois créés, mais elles ne contribuent qu’à hauteur de 20 % à la création de richesse.

Le nombre limité des grandes entre­prises, ainsi que la diminution continue des marges des banques sur ce segment de clients motivent de plus en plus d’acteurs bancaires à développer leur portefeuille de PME-PMI. Pour ce faire, les banques commerciales ont besoin du support des fonds de garantie pour augmenter leurs expositions sur ce type de clientèle tout en mitigeant leurs risques. Ainsi, trois catégories de fonds de garantie évoluent sur les marchés africains :

Les fonds de garantie nationaux, génériques ou spécialisés ; les fonds de garan­ties sous-régionaux, souvent génériques, dont le capital est détenu par plusieurs États africains ; les fonds de garantie régionaux, continentaux et internationaux, souvent génériques, dont les actionnariats sont internationaux.

Comment expliquer un tel retard dans une vision qui devrait travailler à la sécurisation et dynamiser les PME ?

Le diagnostic est connu depuis des années. Mais les solutions proposées jusqu’à présent n’étaient pas adaptées. En effet, au nombre des obstacles des PME-PMI à l’accès au financement, nous pouvons citer : leur incapacité à fournir des garanties ; la faiblesse de leurs fonds propres ; la qualité de leur management ; la difficulté des banques à approcher les risques des PME ; l’environ­nement politique, économique et judiciaire ; les contraintes réglementaires bancaires ; la faiblesse des dépôts à long terme.

Le modèle d’African Guarantee Fund est une solution intéressante dans la mesure où il permet de soutenir les institutions finan­cières qui financent les PME africaines, à travers des produits de garantie innovants tels que la garantie de levée de ressources longues, la garantie du capital (equity guarantee), la garantie verte (green guarantee). Le dispositif d’African Guarantee Fund comprend également une structure spécialisée dans le renforcement des capacités, à la fois des banques et institutions financières ainsi que de PME. En effet, nous nous sommes rendu compte que les banques avaient du mal à approcher le risque des PME en raison de certaines de leurs caractéristiques intrinsèques.

African Guarantee Fund a des opérations dans 38 pays. Le retour d’expérience vous a-t-il permis de trouver votre rythme de croisière ?

Le fonds Gari qui a été créé il y a 21 ans, à l’origine pour l’Uemoa, est aujourd’hui rentré dans l’escarcelle d’African Guarantee Funds qui a pour mandat de couvrir les 54 pays d’Afrique. Le fonds Gari couvre désormais les quinze pays de la Cedeao plus la Mauritanie. C’est un des fonds les plus solides de la sous-région dans la mesure où son bilan n’a cessé de croître depuis sa création.

C’est la première fois, dans le domaine de la garantie, que des investisseurs ont investi en capital dans un fonds de garantie, et ont réussi quelques années plus tard une sortie à travers la revente de leur participa­tion à un autre fonds de garantie.

L’arrivée d’African Guarantee Funds dans le fonds Gari qui est déjà bien positionné sur la région Cedeao-Mauritanie, lui donne encore plus de possibilités en matière de prise de risque grâce aux moyens de la maison mère et aux produits innovants qui permettront au fonds Gari de partir à la conquête de nouveaux partenaires, afin d’aider davantage les PME à accéder au financement.

Comment se réalise l’articulation avec les banques qui sont vos partenaires ?

Nous ne garantissons pas direc­tement la PME. Nous passons obligatoirement par nos partenaires banquiers et les fonds d’investisse­ment, pour atteindre les entreprises. Nous agissons ainsi pour partager les risques avec nos partenaires. Pour ce faire, nous attendons que les banques réalisent les vérifications nécessaires auprès des entreprises et ne se réfugient pas derrière la garantie. Concrètement, c’est la banque qui nous sollicite après avoir évalué le risque de l’entreprise. Elle vient juste chercher du confort auprès du fonds de garantie que nous sommes.

Le besoin d’assistance technique est fort. Comment cette dimension se concrétise-t-elle en ce qui vous concerne ?

L’assistance technique consiste d’abord à aider la banque à mieux approcher le risque des PME et à aider la PME à améliorer son management, à mieux se préparer pour accéder au financement.

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