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Fonds vert, quête de financement

Quatre ans après sa création, le Fonds vert pour le climat est encore loin des objectifs fixés. Pourtant, les pays africains ne peuvent pas concevoir leur développement sans une politique globale de lutte contre les changements climatiques.

Cent milliards de dollars par an. C’était ce que les 200 pays membres s’étaient engagés à verser au Fonds vert pour le climat, lors de sa création, en 2011, à la conférence de Durban. Un objectif fixé raisonnablement « à l’horizon 2020 », le temps que puissent être mises en place les structures de cette institution multilatérale de financement créée sous l’égide des Nations unies. Sa mission est d’aider les pays en développement, particulièrement vulnérables aux changements climatiques, à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter aux effets de ce changement. Où en est-on, à mi-parcours, et à quelques semaines de la 21e Conférence des Nations unies sur le climat (COP21) qui doit se tenir à Paris du 30 novembre au 11 décembre ? 

En termes de chiffres, les sommes promises (et pas encore versées) sont encore très loin des 100 milliards $ annoncés. En juillet 2015, lors de la conférence d’Addis-Abeba pour le financement et le développement, la directrice exécutive du Fonds, Héla Cheikhrouhou, annonçait avoir recueilli auprès de 35 pays, pour l’année 2014, un montant total d’engagements n’excédant pas 10 milliards $, et que 24 pays avaient déjà « ratifié des ententes avec le Fonds à hauteur de 60 % environ des montants promis ». 

Héla Cheikhrouhou soulignait qu’au-delà des objectifs initiaux de 2011, un montant global annuel de 400 milliards $ serait en réalité nécessaire pour faire face aux enjeux de la lutte contre le réchauffement climatique et « rendre résilients et écologiques les investissements à long terme des pays en développement ». 

Dans l’immédiat, et quatre ans après sa création, le Fonds devrait annoncer, début novembre, en préalable à la COP21, le lancement de trois projets pilotes pour une enveloppe totale d’investissement de… 900 millions $. « L’un améliorera l’accès direct à la propriété nationale, un autre soutiendra les micro, petites et moyennes entreprises, et un troisième mobilisera un financement à grande échelle en provenance du secteur privé. » 

Cette faiblesse actuelle des moyens financiers ne doit pas, néanmoins, masquer les ambitions réelles du Fonds pour l’avenir. Héla Cheikhrouhou a su faire la preuve de ses compétences dans ses précédents postes, notamment à la Banque mondiale où elle fut en charge du développement du secteur financier et privé pour la région Amérique latine- Caraïbes, puis à la BAD (Banque africaine de développement), où, après avoir dirigé la division du financement des infrastructures, elle a créé et dirigé pendant trois ans le département Énergie, environnement et changement climatique.

Changer de paradigme 

Sa réputation de « fonceuse » trancherait plutôt avec l’image de lenteur dont souffrent trop souvent les procédures onusiennes. Mais le temps nécessaire à la mise en place des structures du Fonds a été à la mesure des enjeux – considérables – et de la complexité des procédures qui devront être suivies à l’avenir pour que les pays les plus vulnérables, c’est-à-dire essentiellement les pays du Sud, puissent effectivement bénéficier des aides de cette nouvelle institution. 

C’est tout le pari d’un « changement de paradigme » vers un modèle de développement à faibles émissions carbone que devront adopter ces pays particulièrement vulnérables au changement climatique. Il a fallu, pour ce faire, tisser une toile et développer des réseaux, identifier et sélectionner dans chaque pays les entités privées ou publiques, régionales, nationales ou internationales, pouvant jouer, dans le futur un rôle d’interlocuteur et de partenaire. « Plus de 70 pays ont demandé un soutien préparatoire – ce que nous appelons le financement de préparation – afin de bâtir leur capacité d’accéder aux ressources du Fonds de façon efficace et optimale », a indiqué Héla Cheikhrouhou à Addis-Abeba, « et nous engageons déjà les fonds de préparation de neuf pays afin de les aider à bâtir leur capacité à s’impliquer avec le Fonds. » 

Sa directrice veut en effet éviter les erreurs commises par le passé lorsque de précédentes aides destinées à aider les pays vulnérables ont été attribuées essentiellement à de gros pays émergents comme la Chine ou le Brésil. Les pays africains constituent pour elle une priorité, en termes de vulnérabilité. C’est aussi l’avis de Nicolas Hulot qui présentait début octobre à Paris son livre Osons, point de départ de l’opération de mobilisation citoyenne organisée en préalable – également – à la COP21. Le président de la Fondation pour la Nature et l’Homme regrette, en effet que « les promesses n’aient pas été tenues à l’égard de ces pays qui subissent les conséquences d’un phénomène qu’ils n’ont pas provoqué, qui est la conséquence d’un modèle de développement dont ils n’ont pas profité et qui, parfois, s’est fait à leur détriment ».

Taxer les énergies fossile

Une étude des Nations unies évalue que la désertification causée par les changements climatiques entre 2000 et 2020 aura poussé 60 millions de personnes aux portes de l’Eu- rope. « Je me bats pour ces gens du Sahel forcés à l’exode », martèle Nicolas Hulot. Quant aux moyens financiers à mettre en oeuvre pour atteindre l’objectif de 100 milliards $ assigné au Fonds vert, il suggère plusieurs pistes : « Nous continuons d’allouer 650 milliards $ par an en subventions, en exonérations, aux énergies fossiles, je me dis qu’il y a là, peut-être, une petite manne que nous pourrions utilement utiliser. » Une taxation spécifique des énergies fossiles pourrait être décrétée : « Chaque année, nous émettons dans le monde 50 milliards de tonnes de CO2. Si nous mettons la tonne à un prix bas, pour démarrer, 4 $ la tonne, nous sommes déjà à 200 milliards de recettes : deux fois ce que nous avons promis aux pays les plus vulnérables à Copenhague. Voilà une piste à explorer. Si vous regardez ce qu’une taxe de 0,01 % sur les transactions financières peut rapporter, nous sommes à quatre fois cette somme. » Au-delà des chiffres, les procé- dures d’aides doivent aussi être précisées : « Est-ce que ce sont des prêts ? Est-ce qu’il y a une part de don ? Comment voulez-vous que certains pays puissent accéder à des prêts s’ils n’ont pas de capacité de remboursement ? » À ceux qui le taxent d’utopisme, Nicolas Hulot répond : « L’utopie, c’est de croire que nous allons pouvoir continuer à vivre en paix en laissant se combiner la pauvreté et les conséquences des changements climatiques ; que nos amis africains vont rester les bras croisés alors que nous aurons transformé des conditions de vie difficiles en conditions de vie impossibles. » Et de citer cette Marocaine, rencontrée lors des travaux préparatoires de la COP21 : « N’oubliez pas qu’à Paris, vous allez décider de qui va mourir ou pas. »

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