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Les nouveaux filons miniers

TROIS QUESTIONS À…

Ousmane Cissé

Directeur des Mines et de la géologie du Sénégal

Quels sont les objectifs du Sénégal en matière de production minière ?

Les objectifs chiffrés retenus dans le Plan Sénégal émergent (PSE) à l’horizon 2020 sont de produire annuellement entre 15 et 20 millions de tonnes de fer, 2,5 millions de t de phosphates, 3 millions de t d’acide phosphorique, 17 t d’or et 90 000 tonnes de zircon. Les projets y afférents sont recensés parmi les 27 projets prioritaires du PSE. Pour chaque projet, les ambitions stratégiques, la description, les objectifs opérationnels et le calendrier indicatif de réalisation sont clairement déclinés.

La relance des mines de fer de la Falémé (Nord) et le hub minier figuraient dans la première vague des projets. La seconde vague, dont le lancement est imminent, comprend le secteur aurifère, les phosphates et fertilisants, la promotion des mines artisanales et, au titre des réformes, la révision du Code minier. Les objectifs fixés sont ambitieux mais largement à notre portée si toutes les parties prenantes, — puissance publique, sociétés minières et société civile — jouent pleinement leur rôle.

Concernant la production d’or qui est censée apporter des redevances à l’État, pourquoi un objectif limité à 17 tonnes, quand le Mali en produit 54 tonnes ?

Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul projet aurifère en exploitation au Sénégal, mais d’ici à 2017, trois à quatre projets majeurs vont émerger. Globalement, l’industrie minière est l’un des six moteurs de croissance attendu du PSE. Nous allons donc contribuer significativement à cette croissance grâce à l’exploitation du fer de la Falémé et à l’augmentation de la production d’or qui va passer de 5 tonnes par an, actuellement, à pas moins de… 18 tonnes. C’est-à-dire plus d’un triplement de la production en trois ans ! Environ 4 000 emplois directs seront générés dans le secteur aurifère. Si on y ajoute la mine de fer de la Falémé, nous tournerons alors autour de 15 000 emplois directs. Si on applique un effet multiplicateur de trois à ce chiffre, quelque 45 000 emplois indirects seront ainsi créés. Déjà, la renégociation avec la seule entreprise qui exploite l’or de Sabodala a permis des retombées financières significatives pour l’État. Sur la période 2009-2011, les redevances cumulées perçues auprès de la société de Sabodala ont avoisiné 7 milliards de F.CFA. Avec le nouveau régime et la renégociation de la convention minière — rien que pour l’année 2012 — l’État a perçu 5 milliards de F.CFA. Dans la période 2014-2019, les prévisions de revenus pour l’État sont de l’ordre de 119 à 166 millions $, sans compter la redevance minière qui rapportera au minimum à 25 millions $. Ces pas de géant montrent que la puissance publique est en mesure de tirer des revenus substantiels des sociétés d’exploitation minière. Et il en sera ainsi pour l’ensemble des autres projets.

Une « préférence nationale » sera-t-elle appliquée au secteur minier ?

Le Code du travail n’accorde pas de discrimination de sexe ou de localité en matière d’emploi. D’ailleurs, le rôle de l’État est de veiller à l’instauration d’un développement harmonieux du pays. Pour les emplois non qualifiés dans le secteur des mines, la priorité est accordée aux populations locales. Ce qui ne veut pas dire que seuls les jeunes de Kédougou doivent être employés dans les mines. Les mines appartiennent au peuple et, donc, tous les Sénégalais doivent avoir la possibilité d’y travailler quel que soit l’endroit d’où ils viennent.

L’emploi local, c’est celui réservé aux Sénégalais au détriment des expatriés. La région de Kédougou où se trouvent la plupart des filons a déjà connu une augmentation substantielle de ses revenus. Mais si ses habitants disent qu’ils sont les seuls à pouvoir travailler dans les mines, alors d’autres localités qui ont d’autres ressources, pourront dire la même chose. Ce qui n’est pas bon pour la cohésion sociale du pays. Sur la période 2009-2012, 700 milliards de F.CFA ont été investis dans le secteur des mines, dont 20 % environ (140 milliards) ont été captés par l’entrepreneuriat local. Nous pouvons faire beaucoup mieux à l’avenir, car les investissements pourraient atteindre 3 000 milliards de F.CFA. Les jeunes, les entrepreneurs ou les hommes d’affaires du Sénégal, comme de la région de Kédougou, doivent anticiper ces développements futurs, en créant des PME qui peuvent offrir des biens et des services à l’industrie minière.

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