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Félix Tshisekedi renouvelle la direction de la Gecamines

Félix Tshisekedi renouvelle la direction de la Gecamines
  • Publiédécembre 6, 2021

Considéré comme « inamovible » Albert Yuma est écarté de la direction de la puissante Gecamines, qu’il dirigeait depuis 2010. Une franche rupture pour ce fleuron minier de la RD Congo, au cœur de la nouvelle stratégie industrielle du gouvernement.

Par Marie-Anne Lubin

Certains diront que le moment est mal choisi, d’autres qu’il est opportun. Tandis que le gouvernement de la RD Congo affiche de nouvelles ambitions pour son secteur minier, en pleine tempête « Congo Hold-Up », le président Tshisekedi décide de renouveler l’état-major de la Gecamines. La Générale des carrières et des mines est le fleuron industriel du pays, dont elle est la première entreprise publique.

Première victime, le président du Conseil d’administration, Albert Yuma Mulimbi, l’une des personnalités les plus influentes de RD Congo, qui avait réussi à se maintenir en poste après l’arrivée au pouvoir de Joseph Tshisekedi. En effet, l’homme incarne, à tort ou à raison, les années Kabila.

La position d’Albert Yuma devenait particulièrement inconfortable, dans un pays qui entend promouvoir « la bonne gouvernance » dans les industries minières, qu’il s’agit de transformer pour mieux l’intégrer dans les chaînes de valeurs mondiales.

Le dirigeant, désormais âgé de 66 ans, qui a fait fortune dans le textile, est un proche de l’ex-président Joseph Kabila, dont la famille politique est progressivement marginalisée depuis deux ans. Albert Yuma avait été nommé à la tête de la Gécamines en 2010 par Joseph Kabila.

Dans une ordonnance rendue publique le samedi 4 décembre, la Présidence nomme de nouveaux dirigeants à la tête de plusieurs entreprises publiques, mais c’est bien le renouvellement au sein de la Gecamines qui retient l’attention. On disait pourtant Albert Yuma en bonne entente avec le président Tshisekedi, son nom circulait régulièrement pour le poste de Premier ministre.

À la tête du géant minier congolais, Albert Yuma est remplacé par Alphonse Kaputo Kalubi au poste de président du Conseil d’administration, selon cette décision datée de vendredi 3 décembre et lue le lendemain à la télévision publique.

Peu connu du grand public, proche du Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde, Alphonse Kaputo est un ancien cadre de la Gécamines. Huit autres membres du Conseil sont nommés, dont Ntambwe Kabongo Ngoy Hilaire en tant que directeur général.

Reste à savoir le devenir d’Albert Yuma au sein de la FEC (Fédération des entreprises du Congo), le puissant syndicat patronal. En 2020, sa réélection à la tête de la FEC avait été contestée en justice par son principal rival. Après en avoir été écarté quelques semaines, en décembre, Albert Yuma avait retrouvé la direction de l’organisation, sur décision judiciaire.

Albert Yuma s’opposait régulièrement aux affirmations des ONG étrangères, remises sur le devant de la scène par la diffusion du film Congo Hold-up. Déjà, en 2017, Global Witness affirmait que 750 millions de dollars avaient été détournés des caisses de la Gécamines entre 2001 et 2019.

Changement de narratif

La position d’Albert Yuma devenait particulièrement inconfortable, dans un pays qui entend promouvoir « la bonne gouvernance » dans les industries minières, qu’il s’agit de transformer pour mieux l’intégrer dans les chaînes de valeurs mondiales. Le 26 novembre 2021, l’industriel était convoqué par le Parquet près de la Cour d’appel de Kinshasa, pour s’expliquer face aux révélations des lanceurs d’alerte.

La Justice s’interroge sur des détournements présumés de 43 millions $ destinés à la société Egal – dont Albert Yuma est actionnaire –, et près de 700 millions destinés à la Gecamines. Début septembre, soit avant les révélations de Congo Hold-up, l’inspection générale des finances avait lancé un audit sur les conditions de vente et de cession des actifs miniers de la Gecamines depuis 2010.

« Cette décision peut être plus qu’un simple changement de narratif, elle pourrait être le début d’une nouvelle rupture avec le système du passé », commente le politologue Peter Pham, membre de l’Atlantic Council, dans un message Twitter qui ne laisse guère de place à la compassion. Il est vrai qu’Albert Yuma avait aussi la réputation d’être plus proche des intérêts chinois que des intérêts américains.

À noter que pour l’heure, Albert Yuma reste président du Conseil d’administration de l’Entreprise générale du Cobalt (EGC), une filiale du groupe Gecamines qui contrôle la filière cobalt.

D’autre part, le président Tschisekedi a procédé à des remplacements à la Direction générale des douanes, au Fonds minier, et à la direction générale des Recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD).

@Malu

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Par Marie-Anne Lubin

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