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Fatimetou Mohamed Saleck

Pionnière des technologies de l’information dans son pays, ancienne ministre, Fatimetou Mohamed Saleck semble avoir toute légitimité pour intégrer, au sein de l’ONU, la direction de l’Union internationale des télécommunications.

Une campagne électorale est avant tout une rencontre, celle d’une personna­lité et d’une situation. La candidate mauritanienne à la vice-présidence de l’Union internationale des télécommu­nications (UIT), dont l’élection aura lieu du 20 octobre au 7 novembre 2014, pourrait bien être « la femme de la situation » tant son parcours s’identifie à celui que l’Afrique a connu ces dernières années dans le secteur des TIC (Technologies de l’information et de la communication).

À 52 ans, Fatimetou Mohamed Saleck peut faire valoir un impressionnant cursus univer­sitaire – diplômée de l’Institut polytechnique de Toulouse, elle est également titulaire d’un doctorat en mathématiques appliquées à la géophysique – ainsi qu’un itinéraire profes­sionnel exemplaire.

Elle commence sa carrière en France, à l’Institut français du pétrole (IFP), puis regagne la Mauritanie à la fin des années 1990 : « J’ai commencé à donner des cours de mathé­matiques et à donner des conseils à des entre­prises, surtout en informatique ».

Ce sont alors les débuts de l’Internet en Afrique. Le Web a démarré en Mauritanie en 1998. « Je militais avec des amis africains et français pour l’accès à Internet », se souvient-elle. En mars 2000, elle organise à Nouakchott « la première fête de l’Internet », un énorme succès. Fatimetou Mohamed Saleck devient dès ce moment l’interlocuteur incontournable du gouver­nement et de l’administration en matière de nouvelles technologies.

La Banque mondiale sollicite ses avis. Elle impose sa conception – banale aujourd’hui, mais visionnaire, pour l’époque – d’un Internet outil de lutte contre la pauvreté. « On pensait que c’était pour les riches, les nantis, pour ceux qui disposent d’un ordina­teur… J’ai dit non, la technologie sera utile pour tout le monde, elle sera utile pour l’Afrique, il faut se battre contre la fracture numérique ».

À l’automne 2000, elle est nommée secré­taire d’État chargée des Nouvelles technolo­gies. Elle n’a que 38 ans et devient le plus jeune membre du gouvernement de la Mauritanie. Le pays ne compte alors que quatre cyber­cafés. Dès 2004, on en dénombre près d’une centaine ! Le nombre de téléphones mobiles passe de 10 000 à 400 000.

Ce développement ne s’est pas fait tout seul : « Des obstacles, sur tous les fronts, j’en ai eu ! » Des obstacles tech­niques, financiers, mais pas seulement. Car Fatimetou Mohamed Saleck doit commencer par affronter l’hostilité de ses pairs, au gouver­nement. « Je touchais à leur domaine, leur chasse gardée. L’informatisation leur faisait peur. Nous avons eu un énorme travail pédagogique. Nous avons commencé par la formation des ministres, pour démystifier, pour les mettre à l’aise ».

Les défis restent immenses

Elle quitte le gouvernement en 2004 et retourne au privé. Elle développe une activité de consultante et devient la représentante en Mauritanie de l’IFP et d’Alcatel-Lucent…

Aujourd’hui, le gouvernement mauri­tanien appuie sa candidature à la vice-prési­dence de l’UIT, un organisme qui dépend des Nations unies. Fatimetou Mohamed Saleck ambitionne d’y représenter son pays et son continent afin, explique-t-elle, de « veiller à la croissance dans ce secteur, relever des défis qui consistent à mettre les TIC et les outils de télécommunication au service de l’humanité, et du bien-être de tout un chacun ».

Des défis qui, plus en Afrique que partout ailleurs, sont immenses. La Toile a révolutionné les modes de vie dans un continent dont de larges zones étaient jusqu’alors totalement isolées du reste du monde. Un phénomène que les spécia­listes appellent le leapfrogging (« effet saute-mouton »), qui consiste à brûler les étapes du développement en accédant à des technologies de pointe sans être passé par des stades tech­nologiques intermédiaires.

Aujourd’hui, des étudiants africains accèdent aux bibliothèques du monde depuis des endroits reculés du continent où le courrier postal n’existait pas. Des consultations médi­cales sont réalisées à distance entre les grandes villes africaines – ou européennes ! – et des zones rurales enclavées.

La circulation de l’in­formation modifie également les modes d’ex­pression politique, et donc les rapports de force entre les pouvoirs et les sociétés civiles. Mais la fracture numérique demeure malgré tout une réalité en Afrique. Le taux de pénétration de l’Internet y est encore trop faible. Les coûts et les tarifs ont diminué, mais pas suffisamment encore pour rendre la Toile accessible à tous.

Ces handicaps peuvent demain se transfor­mer en atouts. Car l’immensité des besoins non encore satisfaits recèle un potentiel de dévelop­pement riche de promesses pour l’avenir.

 *Fatimetou Mohamed Saleck est une ancienne secrétaire d’État aux nouvelles technologies (Mauritanie)

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