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Faire reconnaître les ambitions du continent

Faire reconnaître les ambitions du continent
  • Publiéjuin 13, 2022

Les pays se mobilisent pour obtenir les moyens de la relance devant les partenaires internationaux. Avec le soutien de l’UA, ils appellent les investisseurs et les institutions à financer l’énergie et l’emploi et à respecter leur vision du développement.

 

 

Par Nicolas Bouchet

« Deux décennies de croissance supérieure sont totalement remises en cause. » Les voix africaines qui se sont exprimées lors du récent Forum Afrique de l’OCDE, tenu le 10 juin à Paris, s’accordent pour promouvoir la relance et alerter les pays développés. Portées par des gouvernements avec le soutien de représentants de l’Union Africaine, elles décrivent les besoins face à la destruction de 17 millions d’emplois par la crise sanitaire et une jeunesse qui représente 60% du chômage. Toutes réclament, notamment, le versement des fameux DTS (Droits de tirage spéciaux) promis de longue date.

« Les chaînes de valeur régionales devraient être plus inclusives plutôt que de tenter d’atteindre leur but par elles-mêmes. Et le surcroît de commerce ne viendra que de la hausse de la productivité dans l’agriculture ou d’autres secteurs. »

De « l’émission historique » de 650 milliards de dollars par le FMI, l’Afrique a reçu à ce jour une quote-part de 33 milliards réallouée sur leurs droits par les pays développés. « Elle est très vite passée dans la consommation », constate Macky Sall, impatient de connaître le calendrier des versements promis qui porteront un jour cette part à 100 milliards.

« Les pays membres de l’OCDE n’en ont pas besoin en réalité ! », ajoute-t-il. Or ces droits doivent servir à « lever des ressources, financer la relance et la formation professionnelle ». En parallèle, le président de l’Union africaine déplore l’annulation de l’effet bénéfique des suspensions de service de la dette pour les pays du G20 qui ont été suivies de mauvaises appréciations de la part des agences de notation internationales. « Éternel saut d’obstacles », ce phénomène affecte désormais le financement des programmes énergétiques.

 

Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine

 

S’ils entendent honorer les termes de l’accord de Paris en cessant de financer les énergies fossiles, le G7 et les institutions financières internationales menacent de « condamner l’Afrique ». Pour le président du Sénégal, « le continent est sous-industrialisé : on ne peut pas nous parler de transition énergétique. Nous ne pouvons pas partager cette position qui n’est pas juste ». En Afrique, 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité et doivent compter sur d’hypothétiques solutions de masse off grid comme le solaire. Or « Nous voulons nous inscrire dans une politique d’adaptation qui nous permette d’emprunter le même chemin que les pays de l’OCDE ». Et pour en finir avec « des mesures prises sans concertation” et “des règles qui ne peuvent pas être partout les mêmes », un siège au G20 pour l’Union africaine serait une première étape à l’égard du « poids démographique et économique » du continent. L’Afrique du Sud en est aujourd’hui le seul représentant permanent.

Monique Nsanzabaganwa, économiste (Union africaine)

 

Plus conciliante car gardant à l’esprit la COP 27 de Charm-el-Cheikh en novembre, l’Union africaine rappelle que le continent a connu 131 catastrophes naturelles de 2020 à 2021. Ces phénomènes menacent de réduire le PIB africain de 50% et, à cet égard, « l’Afrique reconnaît et poursuit l’accord de Paris, reconnaît la responsabilité des pays à atténuer les effets du changement et à soutenir l’adaptation ».

Vice-présidente de l’UA, Monique Nsanzabaganwa, affirme qu’avec ses homologues européens « les priorités sont partagées et poursuivies ». La Commission de l’UA a fort à faire pour que l’Afrique “devienne un acteur global », 7e objectif de l’Agenda 2063 adopté il y a bientôt dix ans. Et pour cela, obtenir « un partenariat entre l’UE et l’UA, clé du développement au prisme de la jeunesse ». Avec d’urgents besoins en formation de la jeunesse pour « sortir du piège générationnel de la pauvreté », il faut assurer « la promotion des TPME qui représentent de 70% à 90% de l’emploi et plus de 50% du PIB continental ».

Marina Sereni (Italie), Macky Sall, Monique Nsanzabaganwa (Union africaine) et Jeffrey Schlagenhauf (OCDE).

 

Le Togo a ouvert le crédit public aux jeunes entrepreneurs et l’État y garantit 50% du risque, tandis qu’au Sénégal, la Délégation à l’entrepreneuriat rapide a fait entrer 180 000 TPME dans le secteur formel par des crédits allant jusqu’à 6 000 F.CFA. Mais c’est la ZLECAf qui concentre les plus grands espoirs.

 

La ZLECAf, mais pas que

Devant entraîner l’entrée dans « l’économie tertiaire pour 1,3 milliard de consommateurs », la zone de libre-échange permettrait aussi une hausse de 50% des échanges avec le reste du monde et de 40% du commerce intra-africain, pour 6,5 milliards $ de recettes supplémentaires d’ici à 2035.

Le ministre des Affaires étrangères rwandais, Vincent Biruta, donne son pays en exemple qui assure « plus de liberté de circulation des personnes sur le continent pour développer les affaires. Tout le monde peut entrer au Rwanda, le visa est gratuit ». Même vision pour la Comesa, dont la représente Chilese Kapwepwe rappelle que « la réduction ou la suppression des droits de douane permettent une meilleure compétitivité ». Elle tempère cependant : « Les chaînes de valeur régionales devraient être plus inclusives plutôt que de tenter d’atteindre leur but par elles-mêmes. Et le surcroît de commerce ne viendra que de la hausse de la productivité dans l’agriculture ou d’autres secteurs. » Quelle réponse possible de la part des partenaires internationaux ?

Mame Aby Seye, déléguée à la Direction pour l’entrepreneuriat rapide du Sénégal

 

L’OCDE, par la voix de son secrétaire-général adjoint Jeffrey Schlagenhauf, assure encourager chez ses membres « de vrais partenariats sans présumer de ce qu’il faut faire. Au contraire, il faut regarder et écouter les pays et les régions avant de proposer des politiques et des recommandations ».

Attendue au tournant, la Commission européenne se devait de rassurer. Koen Doens, directeur général des Partenariats internationaux (anciennement DEVCO), assure tout faire pour que « les investisseurs voient les besoins en compétences et en formation, défis réglementaires et légaux, de risques, d’environnement ». Il a rappelé l’annonce faite par Ursula von Der Leyen d’une initiative pour que l’Afrique développe sa propre industrie pharmaceutique d’une part, et la priorité donnée par l’UE à « l’injection de liquidités dans les finances de nos partenaires pour des réformes réglementaires et politiques », d’autre part.

En appel aux investisseurs d’impact et aux business angels, la Commission a aussi obtenu que le dérisquage soit pris en compte dans l’aide publique au développement. Un outil censément « très efficace pour soutenir les énergies renouvelables par le financement de projets photovoltaïques dans les zones rurales pour un taux d’accès très élevé dans les zones couvertes par le renouvelable off grid ».

 

@AB

 

Écrit par
Nicolas Bouchet

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