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Edem Adzogenu parle des standards africains

  • Publiéjuillet 24, 2018

Revenons aux origines de l’Initiative AfroChampions : comment est-elle née ? Dans quelles circonstances ?

Elle est née d’une préoccupation et d’une prise de conscience. Comme je vous l’ai dit, cela fait trop longtemps que nous parlons de panafricanisme, de renaissance africaine, de nouveaux partenariats de développement pour l’Afrique, etc., mais de mon point de vue, tout cela est toujours resté trop théorique et trop intellectuel.

Nous n’étions pas capables de déterminer concrètement qui, sur le continent, pouvait être considéré comme « Champion », et sur quels critères. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer et de développer un indice nous permettant de voir en quoi les compagnies africaines championnes du commerce transfrontalier pouvaient représenter un espoir dans l’intégration économique de l’Afrique.

À ce stade, deux prises de conscience sont apparues clairement. La première est que nous ne pouvons pas transformer les économies sans intégration dans les marchés originels, en leur donnant la possibilité de parler d’une seule voix, en tant qu’un seul marché numérique, un seul marché technologique, un seul marché financier… L’autre prise de conscience est née de l’épidémie d’Ebola qui a frappé la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone en 2015.

Les gens se sont refermés sur leurs frontières. J’ai même eu des problèmes en Inde, à cause de mon passeport ghanéen. Nous avons affronté cette situation : l’UA et les multinationales africaines se sont unies et ont mobilisé des ressources financières significatives. En six mois, grâce à ce partenariat global, Ebola était sous contrôle. Cela m’a permis de comprendre le rôle essentiel des multinationales et du secteur privé africain lorsqu’ils nouent des partenariats avec les gouvernements pour aider à transformer les économies africaines.

Les multinationales africaines sont notre seule chance de parvenir à l’intégration économique du continent. La plupart n’existaient pas il y a 20 ou 25 ans. Un effort significatif a été fait ces quinze dernières années. Des compagnies, telles que Dangote ou Ecobank ont émergé très récemment mais elles ont brisé les barrières qui existaient pour parvenir à cette intégration.

Vont-ils vous suivre ?

Rien n’est écrit à l’avance. Nous constatons aujourd’hui dans le monde des tendances à l’isolationnisme et au repli sur soi tels que le Brexit ou « America first ». Mais l’Afrique n’a pas d’autre choix que de développer le commerce entre tous les pays du continent.

Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Nous devons occuper notre espace, en matière d’agriculture, de commerce, dans les secteurs de l’environnement, de la santé, etc. Face à la dynamique globale que nous voulons créer, les États n’auront pas d’autre choix.

Ce ne sont pas eux qui font du commerce, ce sont les entreprises, et nous ne pouvons pas continuer à être absent du commerce mondial. Les PME africaines doivent pouvoir profiter des succès des groupes plus importants, s’appuyer sur elles, pour réussir à leur tour. Les PME peuvent tirer avantage de la voie que leur montrent les multinationales. Par exemple, c’est ainsi qu’en Allemagne, les locaux sont devenus mondiaux.

Pour le dire autrement, le marché est aujourd’hui dominé par les groupes étrangers. Les compagnies africaines ont besoin de jouer sur un marché mondial. La seule chose dont nous avons besoin, c’est que les groupes africains les plus importants aient la capacité de prendre les plus petits sur leur dos, pour créer des liens de solidarité sur un marché mondial, qui aboutira à la création d’un écosystème.

L’indice Globalizer que nous avons créé montre à quel point ces groupes sont réellement intégrés dans le continent, ainsi que leur capacité à créer des emplois, à supprimer les barrières pour favoriser une meilleure intégration et amener l’Afrique à occuper sa place sur la scène mondiale.

Quelle est la spécificité du modèle africain que vous portez ? Et la spécificité des projets ?

Le monde entier se dispute pour identifier un modèle global unique de développement : la voie européenne, la voie américaine, la voie asiatique… Un petit pourcentage de la population du monde promeut un modèle économique que 95 % de la population veut ensuite reproduire pour elle-même. À mon sens, les conséquences peuvent en être désastreuses pour l’environnement.

Imaginez, par exemple, que la Chine adopte en tout point le modèle américain de consommation de masse. Le coût en serait énorme : tout le monde habitant dans des gratte-ciel, possédant une machine à laver, une voiture… Ce que nous possédons de plus vulnérable, c’est cette planète et les gens qui y vivent. Tout ce dont nous avons besoin pour rendre la vie durable est menacé : le sol, les arbres, l’air… Un modèle de développement qui ne privilégie pas la préservation de la vie sur cette planète n’est pas valable. Que veut dire le fait de produire de l’énergie d’une manière renouvelable ? Quelles sont les valeurs que nous voulons imprimer à notre mode de vie, de manière à ne pas détruire les éléments dont dépend notre survie ?

Une majorité d’Africains vit en milieu rural. Et donc, nous recherchons un modèle de développement adapté à la culture et aux modes de vie africains. Aux États-Unis, quand vous gagnez 25 000 $ par an, vous êtes pauvre. Avec cette somme, en Afrique, vous êtes riche.

Nous ne sommes pas obligés de copier les modèles existants. Quant à nos projets, nous avons un problème de compétences dans de nombreux secteurs, par exemple celui de l’agriculture où nous manquons d’expertise scientifique. La transformation économique de l’Afrique passe par une révolution agricole, dont nous voulons faire un secteur pionnier, notamment en développant les énergies propres.

Nous devons aussi développer le tourisme par la création d’un passeport commun à l’UA, pour permettre aux compagnies et aux individus de circuler à l’intérieur du continent. Nous commençons aussi à voir un essor du potentiel touristique, y compris pour les Africains. C’est difficile aujourd’hui, parce que les problèmes de transport aériens sont nombreux. Par exemple, il faut passer par Paris pour se rendre à Cotonou ou d’Afrique de l’Ouest vers le Cameroun. Nous appuyons l’accord de Yamoussoukro pour un Open Sky.

C’est un des objectifs du Club AfroChampions : devenir une force d’influence pour inciter les gens à innover. Nous poussons dans cette direction. La liberté de déplacement des gens dynamisera le potentiel touristique mais aussi la circulation des marchandises. Nous devons abaisser les barrières pour exploiter tout le potentiel du commerce. Nous réfléchissons également à la création d’une industrie publicitaire, d’une industrie de la mode et du design.

L’Afrique peut développer son potentiel en matière de mode, de culture, de musique. Ce n’est pas que de la rhétorique. C’est pour cela que la création de l’indice du rapport Globalizer s’imposait avant toute chose. Il s’agit d’abord de s’identifier. Les champions existent ! Nous ne cherchons pas à leur donner une valeur qu’ils ont déjà, mais à créer un écosystème qui va les reproduire. Les champions sont des multinationales africaines émergentes. 

Écrit par
African Business french

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