Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Economie : Pour un narratif qui mobilise les Africains

Et la crise de coronavirus ne fait qu’amplifier cette réalité. Nous n’avons pas l’amplitude budgétaire, la vision nécessaire, pour engager les politiques dans des processus d’intégration régionale. Il y a toujours un pont à reconstruire quelque part…

De plus, « l’Afrique du haut et l’Afrique du bas » ne sont pas toujours connectées. Les élites africaines (« dont je suis l’archétype ! », sourit l’ancien ministre au Togo) ne sont pas orientées vers la base. Faut-il se conformer aux standards occidentaux, comme nous avons tendance à nous y plier ? Certains Africains ont des débats « hors sol » ; ceux que l’on peut avoir dans les salons parisiens, mais qui ne concernent pas la marchande de fruits du Bénin.

Laquelle, d’ailleurs, vit l’intégration régionale comme une réalité, pas comme un projet, elle qui peut se fournir en marchandises dans plusieurs pays voisins ! À une plus grande échelle, l’intégration peut passer aussi par les groupes privés.

En matière de télécoms, par exemple, les trois grands opérateurs en Afrique, par leurs discussions, arrivent à intégrer l’Afrique. Il faut mieux associer le privé à nos réflexions. L’intégration par le bas, hors des décisions politiques, est donc une réalité, mais ce fait n’est pas admis par les élites.

L’une des solutions passe par l’émergence d’une classe moyenne africaine ; elle permettra de mieux intégrer l’Afrique, par sa consommation.
Ce qui n’empêche pas des règles claires. En matière financière, en matière commerciale, les directives, les sanctions, ne sont pas crédibles.

Les États les plus vertueux se retrouvent les dindons de la farce tandis que d’autres transgressent les règles sans être sanctionnés. L’ancien ministre observe que le Togo, par exemple, interdit les camions surchargés, conformément aux règles communautaires, mais pas ses voisins. « Qui va les sanctionner ? »

Kako Nubukpo

Les États africains sont jeunes, ils précèdent la création des Nations. Voilà qui constitue un atout. Cela crée une capacité de nouvelles alliances, de nouveaux fonctionnements. Les États peuvent se remettre en question, s’engager dans des entreprises supra-nationales.

Des concepts importés

Revenant sur la compétitivité des économies africaines, Kako Nubukpo ne juge pas l’Afrique puisse se résumer à un marché. « Le continent est avant tout un projet politique. » Ce n’est qu’à partir de ce projet politique que se créera un marché. Il faut convaincre les populations de ne pas se donner à la corruption, par exemple, alors que les élites ne donnent pas l’exemple.

Le secteur « informel », juge-t-il, n’est informel qu’à partir de la norme que nous avons de l’Afrique, une norme venue hors du continent. C’est l’État qui est importé ! Dire que 80% de la population est « informelle » n’a pas de sens. C’est une économie populaire que nous devons considérer comme telle. « Les institutions africaines doivent, dès lors, porter un projet porteur de richesses, à partir de ce qui marche déjà en Afrique. »

Nous connaissons les facteurs de l’émergence (travail, capital, progrès technique, gouvernance, vision). « C’est pour cela qu’il faut un narratif africain qui puisse mobiliser les jeunes ! », précise l’économiste.

Attention, cette vision demeure dans une démarche universaliste, il faut savoir dépasser un quelconque « nationalisme africain » : il n’y a pas de méthode occidentale ou africaine, il y a la bonne et la mauvaise. Simplement, l’Afrique est enfin autorisée à penser par elle-même, profitons-en, construisons de nouveaux paradigmes afin d’aboutir à un schéma de prospérité partagée !

Concernant la future monnaie, l’éco, Kako Nubukpo, adversaire farouche du franc CFA, voit bien les débats et les retards actuels. À son sens, il est bien de vouloir intégrer peu à peu les économies qui ont les mêmes économies, avant d’intégrer le géant qu’est le Nigeria. Nous assistons à un double test : pour les dirigeants africains, le test de la crédibilité, et pour la France, le test de sincérité, afin de passer à une autre étape de la Zone franc.

ML et KA

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts