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Ebémi, l’arme technologique

Inventée par une équipe d’informaticiens maliens, la plateforme électronique Ebémi vise à désenclaver le Mali grâce à la pose généralisée de balises sur les camions. Une réussite.

Dans la nouvelle cité de l’ACI, à Bamako, la salle de contrôle de la société Ebémi-SA, officiellement inaugurée fin mars 2015, foisonne d’écrans de contrôle. « Ici, cela va être du 24 heures chrono, commente son fondateur. Nous allons devenir le centre névralgique du tracking à la malienne. »

À 38 ans, Abdoulaye Dicko, le directeur général d’Ebémi depuis 2010, a de quoi être fier. Après avoir commencé sa carrière en Belgique chez Alcatel Trafic et stationnement, comme responsable informatique, puis cinq ans plus tard, comme chef de projet en système d’information ERP chez Deloitte Paris, cet ingénieur télécoms et réseaux, né en France de parents maliens, décide de revenir au pays en 2004. « J’ai tout quitté, car comme beaucoup de Maliens de la seconde génération, je ne rêvais que de développer le Mali », explique ce père de famille de deux enfants. D’abord volontaire international au PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) à Bamako, il fonde en 2006 ITS Mali, une société spécialisée dans le développement de systèmes d’information dédiés aux transports. Avec son associé, Aliou Dia, et ses collaborateurs, tous Maliens, il développe la première version de la plateforme de géolocalisation Ébémi (où es-tu ? en bambara) afin d’assurer le suivi électronique des marchandises transportées par camion sur l’ensemble des corridors de desserte.

« Ici, cela va être du 24 heures chrono, commente son fondateur. Nous allons devenir le centre névralgique du tracking à la malienne. »

Le Mali dépend essentiellement du transport routier pour acheminer la marchandise qui arrive dans les différents ports sous-régionaux. Cette contrainte vient également de la dégradation constante de la ligne de chemin de fer entre Dakar et Bamako. « C’est en partant de ce constat que nous avons démarché notre premier client, une grosse société malienne de transport routier, qui nous a commandé cent balises pour équiper sa flotte », se souvient Abdoulaye Dicko.

Cette trouvaille des informaticiens maliens, bien que reconnue par tous les utilisateurs, a eu du mal à s’imposer sur le plan commercial. Elle consiste non seulement à équiper de balises GPS les véhicules ciblés, mais à pouvoir poursuivre ce dialogue au-delà des frontières du Mali jusqu’aux 11 destinations finales avec le Nord du Mali dont neuf ports (Abidjan, Conakry, Cotonou, Dakar, Lomé, Nouadhibou, Nouakchott, San Pedro, Téma). « Notre histoire c’est celle du pot de terre contre le pot de fer, car dans le domaine de la géolocalisation, nous nous sommes heurtés à des intérêts déjà bien ancrés en Afrique de l’Ouest et à une très rude concurrence internationale », explique le DG d’Ebémi. Et, notamment, à celle de services de tracking comme Cotrack ou Omnis fournis par les sociétés suisses Cotecna et SGS, qui ont pignon sur rue dans de nombreux pays africains. 

« Le pays importe des denrées aussi diverses que le riz, le sucre, l’huile alimentaire, le thé, la farine ou du poisson et des textiles, sans parler des produits pétroliers, du ciment, des cigarettes, des véhicules, des pièces détachées, du matériel et des équipements, des matériaux de construction, de la papeterie, des produits chimiques et pharma- ceutiques. C’est dire que le suivi de ce transport routier qui se chiffre en milliards de francs CFA, est une donnée stratégique pour le Mali » 

« Il était difficile de les concurrencer même si ces sociétés ont été les premières à nous approcher pour nous acheter notre technologie. » L’importance des enjeux commerciaux pour le Mali, au vu des millions de tonnes de marchandises, solides et liquides, transportées chaque année par la route (4,8 millions de tonnes en 2013) l’a, toutefois, persuadé qu’il ne fallait pas sortir du giron malien quitte à « donner » sa technologie à l’État. « Le pays importe des denrées aussi diverses que le riz, le sucre, l’huile alimentaire, le thé, la farine ou du poisson et des textiles, sans parler des produits pétroliers, du ciment, des cigarettes, des véhicules, des pièces détachées, du matériel et des équipements, des matériaux de construction, de la papeterie, des produits chimiques et pharma- ceutiques. C’est dire que le suivi de ce transport routier qui se chiffre en milliards de francs CFA, est une donnée stratégique pour le Mali », assure Abdoulaye Dicko.

Ainsi, en 2009, la société Idits a obtenu de la direction nationale des transports terrestres, maritimes et fluviaux, la maîtrise d’oeuvre d’un projet pilote portant sur le suivi électronique de 20 véhicules de transport dont cinq pour les passagers et 15 pour les marchandises sur les corridors Bamako-Dakar, Bamako- Abidjan, Bamako-Ouagadougou-Téma et l’axe Bamako-Gao. Puis, il a été décidé d’étendre la plateforme à l’ensemble du parc de véhicules commerciaux utilisant les corridors qui traversent le Mali.

Grâce à une enveloppe de 200 millions de F.CFA, récupérés sur les fonds issus des pénalités de surcharge, le début d’un financement du suivi électronique des véhicules et des marchandises transitant au Mali a ainsi pu être réalisé, en attendant un arrêté ministériel. Les principaux acteurs du secteur, à savoir la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), le Conseil malien des chargeurs (CMC) et le Conseil malien des transporteurs routiers (CMTR) ont, alors, vite compris l’intérêt qu’il y avait à entrer dans un partenariat public-privé avec l’État.

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