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Dossier UA-UE : La jeunesse au cœur des débats

22 millions d’emplois

Soulignant l’urgence de la situation, le président ivoirien Alassane Ouattara a appelé les jeunes « à ne pas se lancer à l’aventure au péril de leurs vies ». De fait, 60 % de la popu­lation africaine a moins de 25 ans, et des centaines de milliers de jeunes désespérés par le chômage, la pauvreté et l’absence de pers­pectives dans leurs pays – en dépit de taux de croissance enviables pour certains d’entre eux –, tentent d’émigrer vers l’Europe.

« Cela fait des années que nous dénonçons comment les migrants en Libye sont victimes de déten­tion arbitraire, de torture, de viol, d’exploi­tation », a rappelé de son côté Amnesty International, appelant les dirigeants afri­cains à « se réveiller ». Le 27 novembre, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a proposé un « plan Marshall » pour le développement de l’Afrique qu’il a estimé devoir s’élever à 40 milliards d’euros en vue d’un investissement massif dans ses infras­tructures, comme prélude à une industria­lisation.

« Ce ne sont pas des promesses vides qui créeront les 22 millions de nouveaux emplois annuels dont l’Afrique a besoin », s’est insurgée la directrice Afrique d’ONE, l’ONG fondée par le chanteur Bono, Rudo Kwaramba-Kayombo. « Les dirigeants de l’UA et de l’UE doivent investir dans le déve­loppement à long terme et comprendre qu’en donnant la priorité à l’éducation, à l’emploi et à l’émancipation des jeunes, ils préparent l’avenir dans leurs deux régions simultané­ment » a-t-elle estimé.

Tel est aussi le sens de l’intervention de Oyewole Oginni, membre de l’initiative PYAG. Le jeune Nigérian s’est réjoui que les nouvelles priorités stratégiques du partena­riat UA-UE « jusqu’au prochain sommet », ciblent « les investissements sur les personnes » (éducation, science, technologie et développe­ment des compétences) en même temps que « la mobilisation durable des investissements ».

Prenant la parole en séance plénière, il a expli­qué que « le renforcement des liens entre la rési­lience, la paix, la sécurité et la gouvernance est le seul garant pour une prévention de la radicali­sation ». Pour lui, l’attention doit davantage se concentrer sur les régions les plus fragiles. Il a notamment cité l’initiative de l’UA sur les pays du Bassin du lac Tchad.

« Mais, déplore-t-il, il demeure un écart entre les décisions au sommet et la réalité sur le terrain. C’est pourquoi il faut doter les jeunes, particulièrement dans ces zones fragiles d’outils qui soient mieux adaptés ». De même que les jeunes et les femmes doivent être, selon lui, « étroitement associés dans l’ini­tiative paix et sécurité » à chaque étape.

Retombées concrètes

Signe des temps et, sans doute aussi, des nouvelles convoitises que suscite le continent, l’UE a pris très au sérieux la préparation de ce sommet d’Abidjan. En juin 2017, l’adoption d’un nouveau texte sur la coopération, dit le « nouveau consensus européen pour le dévelop­pement », a incité tous les pays européens à se mettre en relation avec l’Afrique dans un cadre cohérent.

Cette unification des politiques de coopération internationale devrait se ressentir encore davantage grâce à un « mécanisme de suivi conjoint » en plus de l’augmentation des volumes d’aide. Pour le reste, les engagements contenus dans les dispositions finales sont suffisamment larges pour rester « de l’ordre du symbolique », comme le craignaient certaines ONG. «Capitaliser sur le dividende démogra­phique, encourager l’entrepreneuriat des jeunes tout en améliorant leur employabilité, favori­ser la formation des jeunes filles et des femmes, notamment dans les matières scientifiques et innover par le biais de partenariats sur le changement climatique et le développement durable : on y trouve toute la panoplie des réponses aux problèmes que se posent aujourd’hui les deux Unions et leurs popula­tions».

La BAD intensifie ses efforts

Toutefois, les protagonistes devront attendre « le plan d’action qui sera élaboré dans les trois mois par les deux commissions pour identifier les projets et programmes des domaines prioritaires communs de coopé­ration » pour un début de concrétisation. Hormis les mesures d’urgence pour lutter contre l’immigration clandestine, le 5e sommet UA-UE d’Abidjan n’a donc pas pleinement rempli ses promesses.

Un contraste frappant avec l’initiative annoncée le 27 novembre par la Banque africaine de développement, en marge du 6e Forum des affaires UE-Afrique, visant à créer 25 millions d’emplois à l’échelle du continent.

Selon le président de la BAD, Akinwumi Adesina, le lancement d’un groupe consultatif présidentiel de la jeunesse (PYAG en anglais) permettra de proposer des idées et des solutions inno­vantes pour créer des emplois pour les jeunes Africains et Africaines dans la droite ligne de l’initiative de la Banque appelée « Des emplois pour les jeunes en Afrique » (JfYA en anglais).

Le projet vise à créer 25 millions d’em­plois et profiter à 50 millions de jeunes au cours des dix prochaines années en leur donnant les compétences nécessaires pour obtenir des emplois décents et pérennes. Il s’agit là de l’initiative la plus importante jamais déployée en faveur de l’emploi des jeunes. « Si nous réglons le problème du chômage des jeunes, l’Afrique gagnera 10 % à 20 % de croissance annuelle. Ce qui signifie que le PIB de l’Afrique augmentera de 500 milliards de dollars par an durant les trente prochaines années », a affirmé le président de la BAD.

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