Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Uncategorized

Dossier UA-UE : La jeunesse au cœur des débats

La première rencontre au sommet entre Africains et Européens en terre africaine a permis de replacer les préoccupations de la jeunesse au coeur de l’agenda. Les questions d’actualité ont pris le dessus.

Abidjan, Christine Holzbauer, envoyée spéciale

 Bien que sincère, le Akwaba (bien­venue) des Ivoiriens aux 83 chefs d’État et de gouvernement ainsi qu’aux 5 000 délégués qui ont pris part à Abidjan, fin novembre au Sommet entre l’Union africaine (UA) et l’Union euro­péenne (UE) avait, parfois, un goût amer.

Embouteillages monstres, hôtels pris d’assaut et pénurie d’eau à répétition à la périphérie de la ville, ce 5e Sommet entre dirigeants afri­cains et européens restera dans les annales : non seulement parce que c’est le premier à être organisé en terre africaine, mais aussi parce qu’il a mis au coeur de ses préoccupa­tions la jeunesse africaine. Le thème choisi pour ce sommet, « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable » était en soi ambi­tieux, parce que l’avenir des jeunes en Afrique constitue l’un des plus grands enjeux actuels de la géopolitique internationale.

« Alors qu’on évoque le boom démogra­phique comme un problème, on sait pourtant que ces nombreux jeunes citoyens africains incarnent l’avenir tout en représentant une opportunité économique », commente Cécile Kyenge, ancienne ministre italienne de l’Inté­gration, aujourd’hui élue au Parlement euro­péen.

Après la diffusion par la chaîne améri­caine CNN d’un reportage sur la vente aux enchères de migrants subsahariens en Libye, « nous avons été pris de court », reconnaît-elle. Il y a quelques mois, personne, en effet, n’au­rait imaginé que la question du rapatriement des jeunes Africains, pris au piège en Libye, allait occuper toutes les conversations.

«Ces mêmes jeunes, auxquels nous avons dédié le sommet, se trouvent ainsi au centre de courants sentimentaux contrariés, entre le refoulement forcé et la tentative de les impliquer dans un développement économique endogène», pour­suit la députée européenne.

Déficit d’image

Mais ce que ne dit pas cette élue originaire de RD Congo, c’est que tiraillées en interne, les deux institutions avaient choisi au départ le thème de la jeunesse justement pour éviter de discuter des questions qui fâchent, à savoir la sécurité, l’immigration et l’accord de parte­nariat économique (APE).

Avec le Brexit, dont les effets sont encore difficiles à mesurer, l’UE est plus que jamais divisée. Malgré une bonne entente entre la chancelière Angela Merkel et le président français, très pro-européen, la recomposi­tion du couple franco-allemand continue d’achopper sur des divergences en matière de politique extérieure.

De son côté, l’UA peine également à réaliser l’unité en son sein sur les réformes nécessaires qui lui donneront les moyens de ses ambitions. Dix ans après la définition de la Stratégie conjointe Afrique-UE (JAES) présentée au sommet de Lisbonne et qui reste, aujourd’hui encore, « le cadre de référence du partenariat » eurafricain, le déficit d’image de l’UE en Afrique semble n’avoir jamais été aussi grand.

Un peu à l’instar du « désamour » que nombre de pays africains francophones mani­festent pour la France… Ce qui est d’autant plus paradoxal que les contributions finan­cières ou sécuritaires de l’UE et de ses pays membres représentent, selon les chiffres offi­ciels communiqués pendant le sommet, « 33 % de tous les investissements étrangers réalisés à travers l’Afrique, absorbent 41 % de ses exportations, fournissent 33 % de ses importations, transfèrent 36 % des fonds expédiés aux pays par la diaspora, et participent à hauteur de 50 % à l’aide publique au déve­loppement». Ce chiffre de 50 % devrait encore augmenter si les États européens remplissent leur promesse de consacrer 0,7 % de leur PIB à l’aide au développement, comme ils s’y sont engagés depuis des décennies sans jamais l’at­teindre, à de rares exceptions.

C’est bien la preuve qu’« être le premier bailleur ne suffit pas toujours pour être bien considéré et l’arrivée de la Chine sur le conti­nent ressemble à un avertissement pour l’UE », commente Cécile Kienge, L’absence d’engagements collectifs pour l’Afrique à Hambourg lors de la réunion du G20 «dont la seule ambition était de souligner la position allemande et le désengagement des Américains suite à l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche », rappelle un diplo­mate européen, aura au moins servi à faire avancer le « New Deal » prôné par Federica Mogherini, la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This