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Dossier : Système bancaire en Tunisie

AfricInvest, au service des PME

AfricInvest est un fonds de placement tunisien spécialisé dans l’aide aux PME. La société financière creuse son sillon : celui d’un monde où l’activité transfrontalière n’est pas qu’affaire de mastodontes. Et où l’Afrique n’est pas le marchepied des sociétés européennes.

Tunis, Mathieu Galtier

En 2017, AfricInvest a été élu Meilleur fonds de placements par l’Africa CEO Forum. Une gestion de plus d’un milliard de dollars d’actifs, répartis dans 138 investissements gérés. La société compte neuf bureaux installés dans 25 pays africains et en France, ainsi qu’une représen­tation à Londres. Le capital-risqueur tunisien spécialisé dans les PME est un succès, mais quelle est la recette ? La philosophie n’est pas celle traditionnelle du rendement à tout prix pour un retour sur investissements fictif.

Pour la société financière, il s’agit de faire comprendre aux entreprises tunisiennes et africaines que se développer hors de leur frontière est indispensable non pas seulement pour s’agrandir, mais pour rester pérenne et que donc une injection de liquidités dans le capital est une opportunité. Les PME sont les premières à subir la baisse du pouvoir d’achat des Tunisiens depuis la révolution, qui a atteint 40 %, selon l’observatoire de défense des consommateurs. « Une société ne peut pas se permettre d’encaisser deux années consécutives dans le rouge, être présent à l’étranger est donc une solution de survie rationnelle davantage qu’un choix d’opportunité », illustre Aziz Mebarek, associé partenaire et cofondateur de AfricInvest, créé en 1994.

AfricInvest intervient en entrant dans le capital de la société, avec une forte minorité, voire parfois, en position majoritaire pour une période de quatre à six ans en moyenne. « Nous siégeons au conseil d’administration, qui s’apparente souvent dans les PME à des réunions de famille. Nous disons des choses qui ne sont pas forcément agréables à entendre. Mais les dirigeants écoutent car ils connaissent nos succès », avertit Zied Oueslati, associé partenaire d’AfricInvest. Ainsi pour mieux affiner ses arbitrages, la société financière a divisé le marché de l’equity fund en quatre segments. Le early stage s’occupe des sociétés de petites tailles qui ont un potentiel de croissance dans leur pays, uniquement en Tunisie et au Maroc pour le moment. Le mid-market regroupe les compagnies qui sont sur le podium dans leur secteur au niveau national et qui ont besoin d’un développement régional. Le troisième segment est spécialisé dans la finance technologique (leasing, banque, assurance, etc.).

Fonds Evergreen pour la fintech

Enfin la société financière est partenaire avec Bpifrance du premier fonds cross border dédié au développement des PME africaines et françaises. À chaque niche correspond une stratégie adaptée. Le ticket d’entrée du early stage est de moins de 4 millions d’euros. Celui du mid-market, qui mobilise 65 % des actifs – contre 10 % à 15 % pour les trois autres segments -, est compris entre 5 et 30 millions d’euros. Sur ce créneau AfricInvest est le leader africain avec un fonds de quatrième génération en Afrique du Nord, y compris Égypte inclus et de troisième génération en Afrique subsaharienne.

Dans le domaine de la finance, conscient qu’il s’agit d’un secteur à fort potentiel mais encore frémissant sur le continent, AfricInvest a fait le pari d’un fonds Evergreen, sans limite de durée pour un montant oscillant entre 6 et 8 millions d’euros. Le fonds cross-border est d’un montant de 77 millions d’euros et d’une maturité de dix ans. Son rôle est d’accé­lérer la croissance des sociétés françaises en Afrique, et attirer les entreprises africaines sur le marché français. Pour Benjamin Paternot, directeur exécutif de Bpifrance, c’est « la qualité de l’expérience d’AfricInvest ainsi que le potentiel de développement du continent qui ont convaincu les partenaires privés », dont Orange et la Société Générale.

Premier réseau d’incubateurs africains

Une nouveauté dans le domaine de l’inves­tissement saluée par l’OCDE qui voit dans ce fonds transcontinental une idée d’avenir pour le développement des PME, aussi bien africaines qu’européennes, et celui du marché des biens et consommations en Afrique. « Ce fonds est la preuve que les marchés africain et européen ne s’excluent pas mutuellement », se félicite Aziz Mebarek. Dans une moindre mesure financière, de l’ordre de 7 % des actifs d’investissements, AfricInvest est également présent dans l’octroi de crédits aux PME, essentiellement en Afrique subsaharienne, via l’institution financière SFC en partenariat avec la société néerlandaise de financement et de développement FMO, la société de finan­cement américain Microvest et FinnFund, institution finlandaise de développement.

Preuve ultime qu’AfricInvest est conscient de la nécessité de construire un environnement économique viable : elle vient d’annoncer le lancement d’un réseau d’incubateurs d’entre­prises, d’abord en Tunisie, puis à Nairobi l’an prochain, avant le Maroc et le reste du continent. Pour ce projet d’envergure, la société tunisienne s’est alliée au français Agoranov, présent sur le secteur depuis quinze ans, et qui a déjà levé 530 millions d’euros de fonds privés. « Nous n’allons pas concurrencer la Silicone Valley, mais l’objectif est de poser les bases pour la création d’entreprises en Afrique grâce à notre réseau et au savoir-faire de Agoranov », détaille Aziz Mebarek. Il s’agit non pas de gagner des revenus sur ce projet mais de parier sur un retour sur investissement par l’intégration d’une de ces start-up dans un fonds d’AfricInvest. Dans une vision, encore une fois, de développement lent mais sûr.

Autant de marchés que de pays

En Tunisie, le fonds de placement a misé sur l’école d’ingénieurs Esprit, créée en 2002, devenu deux ans plus tard membre de la Conférence des grandes écoles. Cette année, AfricInvest a misé sur l’International Community School au Ghana. À l’image de ses investissements et de ses sociétés, Aziz Mebarek rêve de voir des étudiants africains passer de l’Afrique de l’est anglophone à l’Afrique de l’Ouest francophone, ou vice-versa, en passant par un cursus européen. Que les Africains puissent eux aussi sortir de leurs frontières.

La philosophie qui sous-tend AfricInvest est que le continent n’est pas condamné à être le grenier (agriculture) ou la cave (matières premières) du monde. Les 54 pays sont autant de marchés pour n’importe quelle PME africaine. La hausse de la démographie, la transformation sur place des matières premières agricoles, l’arrivée d’une distribu­tion semi-moderne, les sauts technologiques dans les domaines de la téléphonie ou de la bancarisation sont les moteurs d’une « lame de fond » au service de la croissance des PME, selon l’expression de Aziz Mebarek. Ce dernier ajoute également aux rayons des bonnes nouvelles, une gouvernance africaine qui ne cesse de s’améliorer. Devant une certaine incrédulité, le financier tunisien concède : « C’est vrai que je préfère voir le verre à moitié plein et surtout comment le remplir. » Le succès d’AfricInvest prouve qu’il sait où trouver du contenu. 

LIRE LA SUITE DANS LA VERSION PAPIER DE AFRICAN BANKER N°33 | Novembre – Décembre – Janvier 2018

  • Zone CFA 5 000 F.CFA • France et zone Euro 8€ • Algérie 600 DA • Tunisie 7 000 TD • Maroc 60 Dh • États-Unis $9,95 • Maurice 300 MR • Royaume-Uni £5,50 • Suisse 15 F

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