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Dossier : Le made in Sénégal qui s’exporte

Bineta Coulibaly

Fondatrice de La Vivrière : Une leçon de persévérance

La fondatrice de La Vivrière a créé, grain par grain, une gamme de produits naturels prisée par les Sénégalais de la diaspora. Bineta Coulibaly incarne la réussite avec peu de moyens mais un sens du partage et des saveurs du terroir.

Entrée Buntu Pikine X route nationale n° 1, le portail de La Vivrière se dérobe dans le flot incessant de voitures allant vers Dakar. «Jadis nous étions au milieu de jardins. Regardez où nous vivons mainte­nant : l’urbanisation a mangé notre espace et nous respirons les pestilences des embouteillages quotidiens ! », s’exclame la maîtresse des lieux, Bineta Coulibaly.

La proximité de l’autoroute à péage a soulagé l’acheminement vers le port de ses produits du terroir (maïs, mil, niébé, fonio, etc.). Mais, pour cette pionnière des produits naturels transformés, il est temps de partir avec armes et bagages.

« On dit souvent que les Dakarois ont le mil dans le coeur mais le riz dans la peau », plaisante la présidente de l’AAFEX Sénégal (lire encadré) qui a jeté son dévolu sur la nouvelle ville de Diamniado.

C’est là que la fondatrice de La Vivrière, dont la réputation s’est répandue comme une traînée de poudre « partout où vit la diaspora sénégalaise, car elle s’arrache mes produits ! », va implanter sa nouvelle unité de production.

Bien qu’elle souhaite passer la main, il lui reste encore du chemin à parcourir : « Je partirai quand j’aurai atteint le milliard de francs CFA de chiffres d’af­faires », s’exclame cette mère de famille qui est très fière d’avoir gardé tous ses enfants dans l’entre­prise familiale.

35 000 F.CFA en poche !

Originaire de Saint-Louis, Bineta Coulibaly a d’abord travaillé dans la fonc­tion publique avant de rejoindre une banque privée. Son idée d’usine de transformation de produits naturels commence à germer en 1975 mais ne verra pas le jour avant 1992.

« C’est au cours d’un séminaire, un atelier sur la créa­tion d’entreprise organisé par le Cesag, que j’ai eu l’intuition qu’il fallait créer La Vivrière », se souvient la dynamique sexagénaire.

Avec seulement 35 000 F.CFA en poche, mais un carnet de commandes bien rempli, les débuts sont modestes. Elle commence par une simple échoppe au marché Tilène de Dakar. Là, elle propose du sankhal (semoule de mil), du thiéré (couscous), de la farine de niébé puis du fonio précuit et de la brisure de maïs sous la marque Wiiw (« bravo ») qu’elle prépare dans son arrière-cuisine. « J’ai toujours pris grand soin dans la préparation des plats que je servais à ma famille. Alors, j’ai eu envie de faire partager mes recettes à un large public. »

Ses produits sont à base de mil et de maïs qui sont les céréales les plus largement cultivés et consommés par les populations du Sénégal et de la sous-région.

Soucieuse de ramener la consommation de ces produits du terroir dans les habitudes alimentaires des Sénégalais, elle investit alors dans la transformation du mil qui, contrairement au riz, est sans gluten. Avant l’heure, elle anticipe que cette céréale typiquement africaine, aujourd’hui appelée « l’aliment du futur » va constituer la principale ressource de revenus de millions de paysans de l’Afrique sahélienne.

D’abord partagée entre sa maison et deux magasins, La Vivrière devient petit à petit une entreprise reconnue grâce à sa persévérance et, aussi, parce qu’elle aime relever les défis. Ses produits sont, très vite, distribués dans toutes les boutiques, supérettes et supermarchés de Dakar ; puis ils commencent à s’exporter vers l’Union européenne, les États-Unis, le Canada et, plus timidement, en l’Afrique.

Face à une demande croissante, elle se lance à partir de 1996 dans la mécanisation de son outil de production afin d’augmenter la capacité jour­nalière. Depuis lors, elle s’équipe grâce à des emprunts personnels ou bien grâce à l’appui financier d’entreprises privées. « Mon plus grand souhait est que La Vivrière puisse un jour avoir la même renommée que Bolloré », lance sa fondatrice, goguenarde.

Le miracle du bouche-à-oreille

Sur son bureau, une pile de papiers s’amoncelle. Il lui a fallu de nombreuses années de travail acharné pour passer à un niveau semi-industriel et parvenir, ainsi, à satisfaire une demande sans cesse croissante.

Grâce à la qualité de ses produits, l’entreprise a été primée plusieurs fois, « Lauréate du prix de la qualité » par l’Union européenne, dans le cadre de ses programmes de promotion des céréales locales au Sénégal.

Sa marque Wiiw est maintenant connue dans le monde sans que sa fondatrice n’ait jamais vraiment songé à la commercialiser : « C’est le miracle du bouche-à-oreille, explique-t-elle. Mes clients partent avec mes produits dans leurs bagages ou les acheminent vers la destination finale dans des conteneurs partagés ».

Cette pionnière n’a pas hésité à accepter la présidence de l’AAFEX Sénégal. « Je ne sais pas si ma façon d’exporter respecte les règles de l’art, mais je peux vous dire après toutes ces années d’effort que je n’ai jamais voulu déroger sur la qualité de mes produits et que cela a toujours fini par payer ! »

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