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Dossier : Le made in Sénégal qui s’exporte

Malick Diop

Directeur général de l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (Asepex)

Les exportations transforment l’économie

À la tête de l’Asepex depuis 2013, Malick Diop a favorisé la relance des exportations, en hausse de 16 % en deux ans. Ce cap sur l’export accélère la modernisation et la diversification de l’économie du pays.

Quelles sont les missions de l’Asepex ?

L’Agence est un levier essentiel pour une croissance économique distributive. Notre première mission est d’équilibrer la balance commerciale du pays par le développement et la promotion de nos produits à l’exportation, avec un positionnement continu et durable du Sénégal dans le système commercial multilatéral et sous régional puisque nous sommes membres de l’Uemoa et de la Cedeao.

Cette mission transversale couvre l’ensemble des secteurs économiques ayant un potentiel de marché à l’international, tel que formulé dans la Stratégie de développement des exportations (Stradex) et la Stratégie de croissance accélérée (SCA).

Le but est de multiplier par 2,5 notre capacité exportatrice d’ici à 2025 afin d’inverser durablement les statistiques faisant état d’un déficit de notre commerce extérieur.

L’Asepex a-t-elle récupéré de l’APIX la partie « exportation » dont l’agence présidentielle avait initialement la charge ?

À l’origine, le « x » de Apix (Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux) était prévu pour les exportation, mais est devenu les grands travaux. L’agence était directement rattachée à la Présidence mais désormais, un ministère s’occupe des investissements et des grands travaux.

De surcroît, la politique sénégalaise de promotion des exportations est, depuis 2014, adossée au Plan Sénégal émergent (PSE). Or, dans le PSE, la catégorisation des secteurs d’activité à fort potentiel de croissance a un impact direct sur les exportations.

Sur les 17 projets prioritaires du PSE, le niveau de production agricole, par exemple, a un effet direct sur la balance commerciale soit par le biais de la baisse des importations de denrées de transformés.

La création de parcs industriels comme celui de Diamniadio ou de Ziguinchor, ou bien encore de zones éconopremière nécessité, soit par l’augmentation des produits exportés miques spéciales intégrées comme celle de Diass, à côté du nouvel aéroport « AIBD », va avoir le même effet. Car des zones franches y seront implantées, dans lesquelles au moins 80 % de la production devront être exportés.

Ces projets sont à haute intensité de main-d’oeuvre mais, surtout, permettent d’exporter au-delà de ce qui a été fait jusqu’à présent : un investissement turc pour la fabrication de meubles tous destinés à l’exportation va ainsi pouvoir consi­dérablement booster l’artisanat sénégalais et, vraisemblablement, amorcer un début d’industrialisation.

Idem pour les produits alimentaires transformés ou le textile : du coton égrené avec appellation d’origine va être transformé dans un but d’exportation permettant de donner du travail à beaucoup de Sénégalais. ­

Y a-t-il déjà des résultats palpables ?

Tout à fait, puisque les exportations ont atteint 1 372 milliards de F.CFA (2,1 milliards d’euros) en 2016 soit plus de 16 % de croissance en deux ans. C’est considérable…

Comment l’Asepex s’y prend-elle pour assurer la promotion des produits destinés à l’exportation ?

L’Asepex a été créée en 2005. En 2013, elle a lancé la Stratégie nationale de promotion et de développement des exportations (Stradex).

Dès le départ, elle a été adossée au PSE. Nous travaillons, donc, dans le cadre du volet sur la trans­formation structurelle de l’économie et dans celui de l’investissement dans les secteurs à haute valeur ajoutée afin de dynamiser la croissance.

En conséquence, nous avons dû élaborer quatre axes stratégiques pour assurer la promotion des exportations.

Le premier concerne l’améliora­tion de l’offre des produits exportables puisque nous intervenons sur toute la chaîne de valeur et ce quel que soit le secteur d’où provient l’offre : agriculture, horticulture, halieutique, TIC et autres services, artisanat, tourisme, etc.

Nous travaillons en synergie avec tous les ministères concernés afin que cette offre Made in Sénégal puisse s’exporter le mieux possible.

Le deuxième axe a trait à l’accès au marché et concerne la promotion, l’intelli­gence économique et commerciale de l’offre améliorée de produits exportables.

Compte tenu de la zone économique et monétaire à laquelle nous appartenons (Uemoa, Cedeao) et des différents accords commerciaux déjà conclus avec l’Union européenne, les États-Unis (AGOA), le Canada, la Chine, le Japon ou l’Inde (système de préférences généralisées), force est de constater que les marchandises en provenance du Sénégal peuvent être vendues à trois milliards de clients potentiels sans droits de douane ! C’est incontestablement un atout…

Mais tout cela ne serait rien sans une labellisation préalable de nos produits – qui est le troisième axe d’interven­tion de l’Asepex –, permettant de garantir leur qualité grâce à la délivrance d’une appellation contrôlée « Origine Sénégal ».

 Et le quatrième axe ?

 Il concerne le pilotage de la politique d’exportation du Sénégal, en synergie avec tous les autres partenaires qu’ils soient publics ou privés. Nous avons mis en place une structure spéciale au sein de l’Asepex dédiée au management de la qualité et prévoyons une certification ISO à partir de 2017.

Les résultats ne se sont pas fait attendre, en matière de raccourcissement des délais, notamment : l’obtention d’un certificat d’origine qui pouvait demander plusieurs heures auparavant requiert moins d’une heure aujourd’hui pour être délivré. Le système informa­tique a été conçu pour un traitement instantané des demandes.

Ce recours systématique aux TIC nous a également permis d’entrer dans une phase pilote en ce qui concerne l’e-commerce. Actuel­lement, nous testons la plateforme Made in Sénégal avec une vingtaine d’entreprises déjà inscrites.

Elles ont la possibilité de référencer leurs produits puis de là, d’avoir accès à un référencement mondial, ce qui leur permet de lancer en ligne leur campagne commerciale à l’international.

Le packaging des produits sénégalais destinés à l’export fait-il aussi partie de vos attributions ?

Tout à fait. Il y a déjà des entreprises sénégalaises spécialisées à qui on a demandé de s’installer sur la zone de Diamniadio pour fournir les entreprises exportatrices.

Je vous citerai une production d’emballages en verre au Sénégal, mais à une très petite échelle, pour l’instant. L’Asepex n’a pas le pouvoir d’influer sur les processus d’industrialisation mais nous travaillons en synergie avec l’APIX, notam­ment, pour éviter que les transformateurs de produits destinés à l’export ne soient obligés d’importer le packaging qui va emballer leurs marchandises destinées à l’export comme les jus ou les confitures.

Tout cela est en train de se mettre en place… Grâce à nos forma­tions et campagnes de sensibilisation auprès des exportateurs, ceux qui sont le moins avancés apprennent de ceux qui le sont le plus avancés en matière de normes pour exporter, y compris en matière d’emballages.

Quels sont vos liens avec une organisation comme l’AAFEX (Association Afrique Agro Export) ?

L’Asepex est une agence d’exécution de l’État et pas une association privée de producteurs exportateurs comme l’AAFEX. Évidemment, chaque fois que cela est possible, nous travaillons ensemble et, notamment, sur les salons professionnels partout dans le monde.

Il n’est pas rare que l’Asepex paie l’espace permettant aux membres de l’AAFEX d’exposer, voire emmène les chefs d’entreprises sénégalaises qui veulent s’y rendre.

Quels sont vos marchés les plus porteurs ?

Depuis la mise en oeuvre de la Stradex, nous avons commencé par consolider nos marchés traditionnels à l’export. Ainsi, l’Europe, notre premier partenaire commercial, représente actuellement 26 % de nos exportations.

Avec le reste de l’Afrique, nous sommes déjà excédentaires avec 43 % de biens exportés notamment au Mali, en Côte d’Ivoire au Burkina Faso où nous avons toujours été très présents, ainsi qu’au Maroc où nous exportons des mangues depuis longtemps.

Nous avons ensuite attaqué les « nouveaux marchés » sur lesquels nous n’étions pas présents. La Chine, par exemple, est un pays où le Sénégal est devenu en moins de trois ans le premier exportateur d’arachide.

Nous sommes en train de faire la même chose dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est ou bien au Qatar où nous travaillons avec un groupe privé pour nous trouver des « niches » sur place.

Enfin, il y a les pays où nous voulons approfondir notre pénétration comme le Canada où nous n’étions que très faible­ment représentés jusqu’à présent et, souvent, de façon informelle.

Là, nous sommes conseillés par TFO Canada ainsi que par la Banque islamique du Canada, pour sélectionner des producteurs sénégalais et les accompagner sur place dans des secteurs aussi divers que l’exportation de produits agroalimentaires ou cosmé­tiques.

Ce qui nous servira, par la suite, de tremplin pour mieux pénétrer le marché nord-américain. Également, nous cherchons à mieux nous implanter dans des grands pays africains comme le Nigeria, mais aussi le Gabon ou le Ghana où existent d’énormes potentialités pour nos produits, à cause de la forte demande.

 Et en ce qui concerne le tourisme ?

L’Asepex travaille avec l’Agence sénégalaise de promotion touristique dont la vocation est de vanter les atouts de la desti­nation Sénégal. C’est-à-dire la beauté de ses plages, le niveau de sécurité sur ses lieux de villégiature, la qualité de ses hôtels ainsi que l’accueil des populations ou les conditions d’héberge­ment, etc.

Pour notre part, nous accompagnons cette démarche en invitant systématiquement l’Agence pour la promotion du tourisme à venir sur tous les salons et les foires auxquelles nous participons afin de mettre, aussi, en avant la gastronomie sénéga­laise et tous les produits bio du Sénégal, qui s’exportent déjà très bien. Je pense notamment aux mangues, aux haricots verts, aux melons, mais surtout au beurre de karité ou à l’huile de baobab qui sont, chez nous, 100 % naturels.

Concernant la commercia­lisation de la mangue, l’Asepex a été l’instigatrice en 2016 d’une alliance sous régionale réunissant les huit pays de l’Uemoa, plus le Nigeria et le Ghana.

Comme nous sommes tous producteurs de la même variété à l’export,- la mangue Kent-, nous avons créé un label ouest-africain. Ainsi, nous pouvons exporter de la mangue pendant douze mois compte tenu des différentes périodes de production dans notre zone qui ne permettaient pas, auparavant, au Sénégal d’exporter toute l’année.

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