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Dossier : Le made in Sénégal qui s’exporte

Alioune Sarr, ministre du Commerce, du secteur informel, de la consommation, de la promotion des produits locaux et des PME : L’e-commerce pour propulser le Made in Sénégal

 Les services, et notamment ceux liés aux TIC, sont l’avenir du Sénégal, souligne le ministre du Commerce, Alioune Sarr. Qui pointe le retard pris par les pays africains dans le commerce mondial, donc leur potentiel.

Comment se porte le commerce extérieur du Sénégal ?

Mieux ! En effet, depuis 2011, on note une tendance haussière des exportations qui sont passées de 1,19 milliard de F.CFA en 2011 à 1,5 milliard en 2015, soit une augmentation de 34 %. Dans le même temps, les importations ont augmenté de 21 %. En 2015, les exportations du Sénégal se sont accrues de 16 % alors que les importations ont progressé de 3 %. Ce qui explique aussi que de 2011 à 2015, le déficit commercial n’a augmenté que de 7 % passant de 1,18 milliard de F.CFA en 2011 à 1,27 milliard.

Quels sont les secteurs les plus « porteurs » pour accroître le volume des exportations et réduire ce déficit ?

Mon département a analysé quels pourraient être les produits d’exportation les plus performants ainsi que leurs forces et leurs faiblesses. Il en est ressorti que de nombreux secteurs peuvent contribuer à améliorer notre balance commerciale parmi lesquels les services d’hébergements et de restauration, les activités des services aux entreprises ou les services liés aux TIC, en plus du commerce lié aux marchandises.

Les exportations liées aux TIC ont augmenté en moyenne de 6 % par an entre 2005 à 2010 ; elles représentaient 43 % du total des exportations de services en 2010. Il s’agit principalement des services informatiques et d’information (50 % de croissance par an en moyenne sur la période), suivis des services de communi­cations (11 %), des autres services aux entreprises dont beaucoup sont externalisés (7 %) et des services d’assurance (6 %).

 En tant qu’ingénieur informaticien, vous semblez privilégier le secteur des services et, particulièrement, l’ingénierie de conseil…

C’est vrai que j’ai un peu tendance à privilégier ce secteur, mais il y a une bonne raison à cela. Aujourd’hui, plus que jamais, les services tirent la croissance de l’économie ! Cela est vérifié aussi bien sur le plan interne avec une contribution au PIB de 59 % en 2012, dernière année pour laquelle il existe des statis­tiques ; avec des retombées considérables en matière de création d’emplois (38 % de la population active en 2011) que sur le plan transfrontalier.

Entre 2005 et 2010, les exporta­tions de services commerciaux ont progressé en moyenne de 6 %, par an ; tandis qu’entre 2004 et 2011, chaque hausse de 10 % dans la pénétration de la téléphonie mobile au Sénégal entraînait une augmentation de 0,44 point du PIB.

De surcroît, la plupart des études indépen­dantes menées ces dernières années sur le Sénégal montre que, grâce aux performances des secteurs de la finance, de l’assurance, des activités immobilières et des services aux entre­prises, l’économie sénégalaise enregistre des gains de producti­vité parmi les plus élevés dans le monde.

Le Sénégal dispose-t-il de « champions » capables de le propulser à l’international dans ce secteur et quels sont-ils ?

Oui, nous avons des champions dans le secteur des services BPO (Business Process Outsourcing) et des services TIC, notamment ceux qui ont contribué au développement du nouveau système automatisé de dédouanement du Sénégal (Orbus) dans le cadre des réformes en matière de facilitation du commerce.

Nous pouvons également nous targuer d’avoir les services primés de téléphonie mobile de l’opérateur Manobi. Ceux-ci permettent aux agriculteurs éloignés d’être informés, en temps réel, des prix de base agricoles sur les marchés de gros. Beaucoup de produits issus de ces secteurs sont d’ailleurs exportés en Afrique et sur le marché européen.

Il n’en reste pas moins que les géants mondiaux du commerce électronique comme Amazon, eBay ou Alibaba, conti­nuent d’ignorer l’Afrique dans l’accès aux services qu’ils proposent. Par exemple une plateforme comme eBay autorise seulement neuf pays en développement à s’inscrire sur sa plateforme.

Il existe d’autres plateformes qui permettent d’acheter mais pas de vendre. Par conséquent, il y a pour nous, Africains, un accès asymétrique aux marchés mondiaux qu’il faut corriger.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez décidé de lancer votre propre plateforme d’e-commerce. Quelles retombées concrètes en attendez-vous ?

En effet, nous avons décidé de prendre un certain nombre de mesures pour contrer ces déséquilibres : le lancement d’une plateforme de commerce électronique Made in Sénégal en fait partie. L’idée de créer cette plateforme est partie d’un triple constat.

D’abord, il fallait appuyer nos entreprises en les connectant aux grands marchés régionaux et sous-régionaux et en leur permettant de tirer profit des possibilités à l’exportation. Il fallait ensuite offrir une plus grande visibi­lité aux produits sénégalais et notamment agricoles, artisanaux, textiles, etc.

Enfin, il fallait promouvoir à l’extérieur les produits et services label­lisés par des PME et PMI sénégalaises.

Il devrait en résulter un accroissement de la compétitivité de nos entreprises, mais aussi une meilleure participation aux chaînes de valeurs mondiales et, par là, une augmentation des chiffres d’affaires réalisés à l’export grâce à notre présence en ligne. Sans parler, bien sûr, de la création de nouveaux emplois…

Vaut-il mieux privilégier le « consommer local » ou bien les exportations dans un pays intermédiaire comme le Sénégal ?

Les deux à la fois, car nous avons besoin de corriger le déséqui­libre de notre balance commerciale par la production locale de substitution aux importations, notamment en ce qui concerne le riz.

Notre pays importe 800 000 tonnes de riz par an, ce qui repré­sente 16 % du déficit de notre balance commerciale.

Notre premier objectif est donc d’arriver à une autosuffisance en riz, mais aussi en oignon (on y est presque arrivés !) et en pommes de terre.

Mais notre pays a aussi besoin de devises et par conséquent nous devons exporter les produits sur lesquels il a une meilleure compétitivité en Afrique et ailleurs. Nous vivons aujourd’hui dans un monde ouvert et dans un espace intégré.

Le Sénégal est partie prenante, membre de l’Uemoa et de la Cedeao et, à ce titre, une porte d’entrée très prisée pour les investisseurs étrangers.

Vous aviez, à la tête de l’Agence de promotion des exportations, engagé le positionnement de produits et de services estampillés « Origine Sénégal ». Êtes-vous satisfait des résultats obtenus ?

La réponse est un « oui » franc et direct… Vous pouvez d’ailleurs le constater par vous-même en comparant les chiffres et, notamment, en ce qui concerne l’exportation des produits horticoles qui a été multipliée par trois depuis 2013.

Quels sont les principaux obstacles à surmonter pour que le Made in Sénégal s’exporte davantage, en Afrique et au-delà ?

À travers notre plateforme de commerce électronique, les PME et PMI sénégalaises vont toucher un nombre d’acheteurs plus important et, ainsi, mieux vendre ce qu’elles ont à offrir.

Pour ce faire, il faut qu’elles soient capables de proposer en ligne une offre exportable de qualité et qu’elles parviennent à surmonter la problématique de la logistique avec le casse-tête de l’acheminement des produits jusqu’à l’acheteur.

Ensuite, il s’agira de promouvoir la plateforme de commerce électro­nique du Sénégal à travers son référencement sur les moteurs de recherche ; ceci afin d’améliorer son positionnement sur les autres plateformes existantes et donc, d’augmenter sa visibilité.

Encadré

Parcours

Ce natif de Thiès qui a fait la plus grande partie de ses études supérieures à Bordeaux a obtenu plusieurs diplômes en mathématique, informatique et management.

Avant d’entrer dans le gouvernement en mars 2013, Alioune Sarr avait dirigé pendant dix ans une société d’ingénierie et de conseil.

Auparavant, il avait occupé d’importants postes de responsabilité dans les systèmes et le contrôle de gestion d’entreprises du secteur industriel, des mines, de la formation et de l’agroalimentaire.

Expert internationalement reconnu, il a représenté des leaders mondiaux des bases de données et de solutions d’entreprises comme Oracle au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire et en Guinée.

Encadré

Un « Cloudnine » pour rester connecté et… performant !

Après la plateforme d’e-commerce lancée en avril 2017 par l’intermédiaire de l’Asepex, le ministère du Commerce invite maintenant les PME sénégalaises à s’approprier les solutions du « Cloud » pour « acquérir plus de flexibilité et rester connectées au monde des affaires », a déclaré Alioune Sarr, venu présider début mai la cérémonie de lancement d’un portail informatique dénommé « Cloudnine ».

Il est élaboré par l’Agence de promotion et d’encadrement des PME (Adepme) et la Sonatel, qui ont réussi à mettre en commun leurs moyens, leurs expériences et leurs stratégies pour faire profiter ces entreprises des opportunités d’affaires qu’offre le Cloud ; ce nouvel outil est capital dans la mesure où il va permettre d’accélérer la modernisation du tissu entrepreneurial du Sénégal. « Dans un contexte où 99,8 % des entreprises recensées sont des PME, dont 97 % dans l’informel, les doter d’outils modernes de gestion est un enjeu de développement. Dans le même temps, les PME structurées ont besoin d’outils innovants pour parfaire leur organisation interne et réaliser des gains de compétitivité », a martelé le ministre du Commerce.

Lui-même très féru de nouvelles technologies, cet ancien ingénieur conseil est persuadé qu’une révolution est en train de s’opérer dans le management, dont il faut faire profiter les entreprises sénégalaises si on veut les aider à conquérir de nouveaux marchés, notamment, à l’export.

Il a donc invité la Sonatel à sécuriser les données personnelles des chefs d’entreprise qui sont logées dans des serveurs distants. « Dans les prochaines semaines, 1,2 milliard de F.CFA sera remis à 150 entrepreneurs pour appuyer la création d’entreprises innovantes », a-t-il annoncé.

De son côté, le directeur général de l’Adepme a estimé que l’enjeu était d’autant plus important que le portefeuille des PME au Sénégal est composé à hauteur de 81,8 % d’entreprises moyennes et de 16,4 % de très petites entreprises souvent uninominales. Près de 97 % d’entre elles sont informelles et donc exclues, de ce fait, de l’accès au système financier et aux marchés structurés. «Profitant de la percée du smartphone et de l’Internet au Sénégal, nous avons voulu mettre à la disposition des entrepreneurs et des PME, un outil simple d’utilisation et structurant pour leur entreprise », a précisé Idrissa Diabira.

L’Adepme continuera à appuyer ces entreprises par l’organisation de séminaires et d’ateliers thématiques « en fonction de vos centres d’intérêt. Nous interviendrons aussi en vous offrant des subventions pouvant atteindre 75 % des frais de conseils visant à améliorer la gestion de votre entreprise », a-t-il assuré.

À ce titre, Cloudnine est une nouvelle manière pour l’Adepme de délivrer ses services afin de parvenir à massifier le segment des entreprises structurées en les incitant à sortir de l’informel.

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