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Dossier : Le made in Sénégal qui s’exporte

[DOSSIER] – De par sa position géographique, son savoir-faire et l’attrait qu’il représente pour les investisseurs, le Sénégal a vocation à être un pays exportateur. Tour d’horizon d’un pays aux entreprises dynamiques.

Dossier réalisé par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Dakar

Ouvert sur l’océan Atlantique et comp­tant pas moins de quatre pays dans son hinterland (Mauritanie, Mali, Guinée, Guinée-Bissau), en plus de la Gambie qui le traverse, le Sénégal a une position géographique enviable.

Comme le souligne son ministre du commerce, Alioune Sarr, le pays présente une économie ouverte qui a su s’inté­grer dans le commerce mondial : « Notre poli­tique commerciale soutenue par des préférences tarifaires et une bonne politique de promotion des investissements offre des opportunités de création et de développement des échanges commerciaux avec tous les marchés du monde notamment les marchés régionaux et communautaires», écrit-il dans la préface du nouveau guide des exporta­teurs du Sénégal 2017-2018.

Ainsi, de par sa position géographique par rapport aux grands marchés mondiaux (Europe, Amérique, Asie), mais également comme point de relais des marchés africains, le pays présente des atouts non négligeables, notamment dans les secteurs identifiés par le Plan Sénégal émergent (PSE) ainsi que dans la Stratégie de développe­ment des exportations (Stradex) qui lui a été accolée pour accélérer la croissance.

Pour le directeur général de l’Agence de promotion des exportations (Asepex), Malick Diop, l’élevage, la production et les industries animales, l’agriculture et l’agro-industrie, les produits de la mer et l’aquaculture, le tourisme, les industries culturelles et l’artisanat d’art, le textile et la confection, les TIC et télé-services, les BTP, les services de la formation et ceux de la santé, comptent parmi les secteurs les plus dynamiques sur lesquels repose l’économie nationale.

Pourquoi, dans ces conditions, les efforts du Sénégal pour émerger en tant que nouveau carrefour commercial en Afrique de l’Ouest continuent-ils de buter sur une énergie chère, des infrastructures déficientes et un niveau d’investissement trop faible pour satisfaire ne serait-ce que les besoins de base de sa population de 14 millions d’habitants ?

« Nous sommes en train de résorber notre déficit commercial chronique grâce à la recherche de nouveaux marchés. Mais tant que nous n’aurons pas réussi à substituer une grande partie de nos importations pour les biens que nous consom­mons, le niveau actuel de nos exportations ne pourra pas inverser la tendance », confie-t-il.

L’Afrique, principal débouché

Un examen rapide de la structure des échanges du Sénégal permet de comprendre les raisons intrinsèques de ce retard. En effet, le commerce extérieur sénégalais se caractérise par un déficit structurel de la balance courante équivalent à plusieurs points de PIB.

Ce défi­cit s’est légèrement atténué en 2015, mais les importations représentent toujours près de la moitié du PIB tandis que la part globale du commerce extérieur avoisine les 75 %. Les principaux fournisseurs du pays sont la France, le Nigeria, les Pays-Bas et la Chine.

Le Sénégal importe principalement des carbu­rants minéraux et du pétrole, des céréales, des machines et des véhicules. Quant aux exporta­tions, elles comptent pour plus d’un quart du PIB avec les biens et services qui se taillent la part du lion. Les principaux clients du Sénégal sont le Mali, la Suisse, l’Inde et la Guinée.

Les principaux produits exportés sont les produits maritimes, les produits chimiques inorga­niques, le sel et le soufre. Leaders des expor­tations, les produits de la pêche bénéficient depuis plusieurs années d’une modernisation des équipements portuaires et d’une industrie agroalimentaire bien implantée.

Pour El Hadji Alioune Diouf, expert en commerce international, il est illusoire de juger qu’il peut y avoir plusieurs régimes commerciaux en Europe « sans que cela n’ait des conséquences sur les relations commer­ciales en Afrique».

D’où l’urgence, selon l’ancien directeur du Commerce intérieur, d’entamer « une réflexion stratégique sur la manière de mettre en commun les richesses africaines et de développer des champions dans les différents secteurs».

De même, si les Africains veulent accroître le niveau des échanges intrarégionaux, « il faut qu’ils soient capables de mettre en place les infrastructures nécessaires ». Et s’ils veulent accroître les investissements africains et étrangers, « ils doivent avoir des stratégies secto­rielles de développement et se doter d’une vision stratégique », insiste El Hadji Alioune Diouf.

Qui ajoute : « Nous devons aller à l’industrialisa­tion pour développer l’agriculture, avoir les outils qu’il faut pour que tout le monde puisse exploiter les produits de la forêt, de l’élevage, les ressources halieutiques en vue de transformer structurelle­ment nos économies».

Car, à partir des ressources maritimes et minières dont regorge l’Afrique, « nous pouvons avoir de la valeur ajoutée avec la transformation de ces produits », conclut le spécialiste qui insiste sur « les potentialités écono­miques énormes du continent africain ».

Pauvre en ressources naturelles, le Sénégal est en revanche l’un des pays les plus industrialisés d’Afrique de l’Ouest. Déjà soutenue par le secteur des télécommunica­tions, la croissance s’est poursuivie en 2016, poussée par une forte augmentation des investissements publics dans les transports.

La Chine, nouvelle destination cible

Depuis juin 2015, le Sénégal bénéfice d’un appui du FMI pour mettre en oeuvre le PSE. Le gouvernement entend augmen­ter ses recettes fiscales et rationaliser ses dépenses afin de réduire le déficit budgétaire.

Cependant, le pays court un risque de suren­dettement et est à la recherche de nouveaux partenariats stratégiques. La Chine remplit ce rôle depuis déjà quelques années, comme en témoigne la présence assidue des autorités sénégalaises aux différents sommets Chine- Afrique.

Si les importations en provenance de Chine sont restées stables en 2015, en revanche, le volume des exportations séné­galaises en direction de ce pays a connu une croissance exponentielle. Celles-ci ont fait un bond en un an pour atteindre 70,042 milliards de F.CFA (106,8 millions d’euros) contre 18,763 milliards en 2014. Les exportations des produits de la pêche, agricoles (arachide et sésame), alimentaires (huile brute d’arachide) ainsi que les mine­rais ont été la cause de cette brusque flambée.

Du coup, Pékin est passé de la 24e place en 2013 à la cinquième en 2015 pour les échanges commerciaux. Si le Mali, la Suisse, l’Inde et la Côte d’Ivoire continuent de devancer la Chine, la France et les Émirats arabes unis sont désor­mais distancés.

Le ministre du Commerce, Alioune Sarr, a tenu à annoncer lui-même la bonne nouvelle à son homologue chinois. Lors de la visite, à Dakar, du vice-ministre du Commerce, Qian Kenin, le 25 janvier 2016, il a déclaré : « Le Sénégal a multiplié par deux la valeur de ses exportations de produits halieutiques et d’huile brute d’arachide, par cinq celle du sésame, quadruplé celle des exportations de minerais, et multi­plié par trente les expéditions de graines d’arachide (de 1,177 à 31,155 milliards)» mettant en exergue l’importance de la Chine pour le Sénégal en tant que nouveau débouché, notamment pour sa filière arachidière, lors de la présentation à la presse des dernières statistiques rela­tives au commerce extérieur pour 2015. Après la Suisse et les Émirats arabes unis, qui restent les principaux clients, les pays d’Asie achètent de plus en plus l’or industriel du Sénégal.

L’or, futur champion à l’export

Devenu l’un des principaux pays produc­teurs en Afrique de l’Ouest avec près de 37 tonnes depuis 2009, le pays peine, toutefois, à rattraper ses voisins. En 2015, il est arrivé loin derrière le Ghana, le Mali, voire le Burkina Faso, avec une production d’à peine 5 tonnes d’or.

Adopté en 2003 afin de favoriser les investisseurs, le Code minier attend toujours d’être réformé. Après l’avoir renvoyé en seconde lecture, les parlementaires sénégalais attendent d’être saisis de l’avant-projet pour légiférer.

Depuis cette date, plus de 45 compagnies minières ont acquis des licences d’explora­tion dans la région de Kédougou. Forte de ses quelque 1 000 km2 de concessions, la compa­gnie Sabodala Gold Operations (SGO), une filiale de la firme canadienne Teranga Gold Operations (TGO), qui a racheté à l’austra­lien « MDL » (Mineral Deposits Limited) en 2010 la mine de Sabodala puis les permis d’exploration d’Oromin Joint-Venture Group, jouit d’un quasi-monopole sur les gisements aurifères de Sabodala, dans le sud-est du pays.

Ce qui n’a pas empêché la SGO de démarrer l’exploitation à Gora, d’une nouvelle mine découverte dans les envi­rons de Sabodala. De son côté, la compa­gnie Torogold envisage de démarrer l’ex­ploitation d’une mine à Mako (40 km de Kédougou), à partir de 2017.

Le Sénégal ne dispose toujours pas, à ce jour, d’un comptoir de commercialisation de l’or ou d’une raffinerie ; mais si l’augmentation de la production est confirmée, le métal jaune devrait à nouveau être propulsé comme l’un de ses principaux produits d’exportation du Sénégal devant les produits pétroliers, ce qui avait été le cas en 2012 et 2013, selon la Note d’analyse du commerce extérieur, en raison du prix de l’once d’or sur les marchés mondiaux au plus haut à l’époque.

Comme l’explique Mouhamadou Bamba Diop de la Direction de la planification des politiques économiques, c’est « la valeur de l’or sur le marché international qui fait que le produit occupe cette place dans le tableau des expor­tations du Sénégal et non pas la quantité produite ».

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