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Donald Kaberuka parle…

 Pourquoi est-ce une excellente idée ?

Car les investisseurs recherchent un fonds dans lequel investir ! Un fonds financé par un organisme comme le nôtre qui connaît les risques liés à l’Afrique. Nous faisons ce travail depuis des années. D’autre part, l’argent public, provenant des impôts, des institutions financières internationales ou même des marchés boursiers, ne suffira pas à combler le déficit de 42 milliards $.

 Hendrik du Toit, d’Investec, considère que les réformes réglementaires en Afrique du Sud permettent aux fonds de pension et aux autres investisseurs d’investir ailleurs sur le continent. En quoi la BAD contribue-t-elle à modifier le cadre réglementaire permettant de débloquer ces capitaux ?

 Une grande partie des fonds de pension étaient soumis à des réglementations très restrictives, tant en termes géographiques que d’attribution des capitaux. Je suis heureux qu’elles aient été assouplies, qu’il soit possible d’investir à l’étranger et que les fonds puissent être alloués différemment. Le Nigeria, Maurice, et quelques autres pays, ont assoupli leur réglementation. Nous sommes partisans de ces réformes. Tout en exigeant une gestion pruden­tielle stricte, bien entendu. Sans doute, la décision du grand fonds de pension PIC de s’ouvrir hors d’Afrique du Sud est extrêmement encourageante.

 Vous diriez-vous satisfait, positif, optimiste quand vous analysez le parcours de ces dix dernières années et là où nous en sommes aujourd’hui ?

 Ces dix dernières années ont été remarquables pour l’Afrique dans trois domaines : en premier lieu, l’évolution de « la marque » Afrique. Vous avez entendu que l’Afrique n’est plus un lieu exotique, mais une place où l’on fait des affaires comme l’Amérique latine ou l’Asie. Ce changement s’est produit dans les dix dernières années. Des gens viennent de me dire qu’ils ont levé, via une émission obliga­taire, des milliards de dollars, auprès d’institutions d’investissement américaines. Ces institutions n’ont pas peur d’Ebola, des problèmes à court terme ; elles songent au long terme.

Autre amélioration : le financement du développement de l’Afrique n’est plus lié directement à l’aide étrangère. Celle-ci est devenue un levier mais il existe d’autres sources d’investissement, comme les envois d’argent et les marchés boursiers. En troisième lieu, le développement du marché intérieur africain – la demande des consommateurs – est certes concentré dans les grandes villes, les cinq plus grandes : Le Caire, Johannesburg, Lagos, Kinshasa, Abidjan. Pour autant, les plus petites villes et leurs agglomérations sont de grands centres de l’économie d’agglomération et sont la source d’une demande importante. Tous ces éléments ont créé une dynamique qui, selon moi, sera difficile à inverser. Certaines personnes voudront attendre le jour où la dynamique sera inversée, mais je pense qu’elles seront surprises ! Lors de la crise financière de 2008, j’ai entendu dire que l’Afrique serait le premier continent touché. Nous avons pris les bonnes mesures et nous avons évité la propagation de cette crise.

Quand l’épidémie d’Ebola a éclaté, à nouveau, des gens ont cru que l’Afrique allait régresser, mais la région touchée compte 12 millions de personnes, soit moins de 1 % du PIB africain, moins de 2 % de la population. Ces gens avaient oublié les changements fondamen­taux qui se sont produits ces dix dernières années. Pour moi, il a été passionnant que mon mandat ait coïncidé avec cette période et que l’on ait modifié la stratégie de la banque pour accompagner ce processus. Nous avons mis l’accent sur les infrastructures, l’intégra­tion économique – qui permet de diminuer les coûts et d’augmenter les ventes. Nous avons aussi insisté sur les investissements privés, la gouvernance tenant compte des risques. Notre stratégie visait à accom­pagner le mouvement déjà en place au début des années 2000.

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