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Diversifier les financements

Classé pays numéro un en Afrique dans le Doing Business et par l’indice Mo Ibrahim de la bonne gouvernance, l’île Maurice constitue une représentation parfaite du succès de l’émergence sur le continent noir. Elle a réussi à ramener son taux de chômage de 47 % à 7 %, entre 1970 et 2014. Le secret de cette réussite réside « dans la palette de l’offre de services proposée au reste du monde, dans divers secteurs. Par exemple, les investissements massifs en Inde à partir de 1990 ont été montés et structurés à Maurice parce que notre pays disposait de ressources humaines compétentes », explique Mahen Govinda, en charge du département Technologies du consortium Abax. 

Après des décennies de think tank, l’urgence est d’aller au « do tank », considèrent les experts africains. Le Forum de Lomé a servi de catalyseur-accélérateur de ce constat. « Les Africains manifestent incontestablement le désir de se prendre en charge ; c’est une donne importante à retenir, au sortir du Forum de Lomé », se félicite Jean-Louis Ekra, président d’Afreximbank. La tâche de l’émergence sera haletante mais passionnante, parce que « la marge de croissance du commerce intra-africain est à peine de 10 % à 12 %. C’est un secteur porteur comme tant d’autres autour desquels doivent se rassembler tous les Africains », considère Franck Adjagba, en charge de la zone Cedeao pour le Fonds AGF. « Des capitaux à long terme existent. Ils sont dans le privé ; il faut tout simplement aller les chercher », poursuit Jean-Marc Savi de Tové, directeur associé chez Cauris Management. 

Dans cette optique, « l’État en Afrique, ne doit plus hésiter à financer les PME locales pour accélérer leur développement ; 10 % des 500 milliards $ de réserves extérieures des pays africains, provenant des Banques centrales africaines, peuvent servir à financer les projets », insiste Jean-Louis Ekra. Une mobilisation de l’épargne qui relance la question de la restructuration du système bancaire dans son ensemble. Les perspectives en la matière sont prometteuses, note Félix Amenounve, de la BRVM : « Le marché financier africain connaît d’intéressantes mutations ces 15 dernières années. Sa capitalisation vaut au moins 1 000 milliards $. Il nous faut miser davantage sur notre système bancaire, relever son capital minimum pour lui assurer un rayonnement international sur la durée. L’Afrique a surtout besoin de champions bancaires qui peuvent être à capitaux nationaux par appel public à l’épargne. ». Le diagnostic des « goulots d’étranglement » de l’émergence du milliard d’Africains est désormais établi.

« Les Africains manifestent incontestablement le désir de se prendre en charge, c’est une donne importante à retenir »

« Un État fort, capable d’engager des contrats décisifs, déterminants, offrant des garanties mutuelles lors de la signature des PPP » doit être la règle d’or pour une Afrique émergente, concède Hervé Assah, représentant-résident de la Banque mondiale au Togo. L’émergence suppose également la capacité d’une économie à se projeter hors de ses frontières. Cette approche est chère au Maroc qui a « su adapter des stratégies gagnantes au gré de différents contextes économiques, car pour briller à l’international, toute économie doit être forte, s’imposer en interne », suggère Alioune Gueye, PDG du groupe Afrique Challenges, basé au Maroc. En somme, « c’est le moment d’être audacieux pour déclencher le véritable développement », lâche Serge N’guessan. « Une riche fenêtre d’opportunités » s’offre aux privés Africains, à eux de savoir les saisir, souligne le représentant-résident de la BAD au Togo, qui s’étonne de la faiblesse des dossiers susceptibles de financements, que des privés africains introduisent auprès de la BAD. « Généralement, ces dossiers plafonnent difficilement à 10 millions $, une somme pourtant à la portée des Africains », déplore-t-il.

Fondateur de la Chambre de commerce d’Afrique-Asie du Sud-Est, Paulo Gomes explique plus que jamais le succès des PPP, « non seulement dans le raffermissement du commerce intra-africain, mais aussi dans des investissements massifs dans les ressources humaines. Pour servir aux prochaines géné-rations des « mental model » de réussite qu’elles pourront imiter sans hésiter ». Avec de « l’afroresponsabilité, il est aisé de surmonter des difficultés dans tous les domaines », précise pour sa part Alioune Sall, de l’Institut des futurs africains. Cependant, précise ce dernier, « il faut obligatoirement adjoindre à cette dynamique le nécessaire schéma de l’État au service du développement, si on veut atteindre l’émergence. D’où l’importance des politiques hardies de transformation structurelles ». 

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