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Des sanctions américaines de peu d’effets

Des sanctions américaines de peu d’effets
  • Publiéjanvier 3, 2022

S’inquiétant de la transition démocratique, les États-Unis retirent de l’accord AGOA le Mali et la Guinée. Pour ces deux pays, la sanction sera économiquement sans grandes conséquences. Pour l’Éthiopie, en revanche, la sanction plus significative.

Par Paule Fax

La mesure est symbolique, mais d’importance : les États-Unis excluent l’Éthiopie, le Mali et la Guinée de l’accord commercial African Growth and Opportunity Act. L’Administration américaine entend ainsi sanctionner des « actions prises par chacun de leur gouvernement en violation des statuts » de l’AGOA, précise un communiqué du département du Commerce. « L’administration Biden-Harris est profondément préoccupée par le changement anticonstitutionnel des gouvernements de Guinée et du Mali », précise le document.

Sur la liste des partenaires commerciaux des États-Unis, Guinée et Mali arrivent respectivement à la 161e et 178e place ! Soit 10 millions de dollars importés de Guinée et 2,2 millions $ du Mali, en 2019.

L’AGOA, appliqué depuis 2000 – sous la présidence de Bill Clinton –, est un accord commercial supposé faciliter et réguler les échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays africains. On nomme parfois cet accord « Loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique ».

Il est souvent brandi en cas de tensions politiques entre l’Oncle Sam et le continent. Ici, l’administration Biden s’inquiète aussi des « violations flagrantes » des droits humains en Éthiopie, tandis que le conflit s’étend dans le nord du pays. Les États-Unis ont adressé à chaque gouvernement des « repères précis » en vue de leur réintégration dans l’accord, précise le bureau du Commerce (USTR).

Selon l’accord, une liste de produits africains bénéficie de réductions de taxes à l’importation, sous réserve de conditions remplies concernant les droits humains, la bonne gouvernance et la protection des travailleurs. En retour, les pays africains s’engagent à ne pas appliquer de barrière douanière à l’entrée des produits américains.  

En 2020, 38 pays étaient éligibles à l’Agoa, précise l’USTR. L’accord avait été revu en 2015 par le Congrès américain, qui l’avait aussi étendu jusqu’en 2025. La liste des pays bénéficiaires est révisée tous les ans.

Au plan commercial, cette exclusion de l’AGOA, déjà précédée dans certains cas d’une suspension depuis novembre 2021, sera de peu d’effets pour le Mali et la Guinée. En effet, le principal produit d’exportation concerné est le pétrole, que ne produisent pas ces deux pays. Grosso modo, Le programme repose à peu près sur un partage de 55 % pour l’énergie et 45 % pour les autres secteurs, relate l’USTR.

Un coup pour l’Éthiopie

Sur la liste des partenaires commerciaux des États-Unis, Guinée et Mali arrivent respectivement à la 161e et 178e place ! Soit 10 millions de dollars importés de Guinée et 2,2 millions $ du Mali, en 2019. La grande ressource de la Guinée, la bauxite, part essentiellement vers la Chine ; tandis que le Mali exporte certes quelques produits artisanaux vers l’Amérique, mais ses ressources minières et son coton partent surtout vers l’Asie et l’Europe.

En 2019, les produits agricoles exportés du Mali vers les États-Unis ne représentaient que 320 000 $. De leur côté, les États-Unis envoient vers la Guinée et le Mali des véhicules, des produits électriques, et, dans une moindre mesure, des médicaments, du caoutchouc ainsi que des produits alimentaires transformés.

Quand à d’autres productions africaines, comme celles de la mangue ou du karité, elles relèvent surtout du commerce informel, donc échappent à tout accord. La mise en œuvre de l’AGOA devait d’ailleurs encourager le passage de certaines de ces activités vers le secteur formel, ce sera donc pour plus tard.

En revanche, le coup sera plus dur pour l’Éthiopie, 77e partenaire commercial des États-Unis en 2019, pour lequel le traitement préférentiel des exportations représente une part substantielle de ses activités. Le pays est en proie depuis bientôt an à un conflit militaire entre le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) et les forces du gouvernement. À plusieurs reprises, l’Administration américaine a demandé aux belligérants de négocier, sans succès jusqu’à présent.

L’Éthiopie a bénéficié de l’AGOA pour faire croître le secteur de l’habillement, créateurs de nombreux emplois, à l’image de Maurice, du Kenya et du Ghana. Le pays a développé des zones franches dont les coûts bas ont attiré les investissements et les marques internationales. Bien sûr, le pays exporte surtout thé, café et épices.

Selon les données du département américain du Commerce, dans le cadre de l’AGOA, l’Éthiopie emploie 100 000 personnes et a exporté pour environ 525 millions de $ de marchandises vers les États-Unis en 2019.

@PF

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Par Paule Fax

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