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Des risques maîtriser et des incertitudes

Lors du 3e forum annuel de Visa international, à Casablanca, Alain Le Noir a fait le point sur la situation et les perspectives d’évolution des banques de la zone franc. En dépit de solides atouts, quelques zones d’incertitudes subsistent.

L’histoire de la banque en zone franc a longtemps été marquée par la forte présence des banques françaises (Crédit Lyonnais, Société Générale, BNP et surtout BIAO) qui, il y a encore 30 ans, représentaient les trois quarts des actifs bancaires dans leurs pays d’implantation.

Cette situation relativement figée, sans la moindre recherche ni volonté novatrice, a été bouleversée par le big bang bancaire des années 1980. En cessation de paiement, toutes les banques nationales de développement (à deux ou trois exceptions près) disparaissaient ainsi que bon nombre de banques commerciales aussi bien à capitaux publics que privés (toutes les banques du Bénin et de Guinée étaient fermées, 50 % de celles du Sénégal et du Cameroun, etc.)

De ce sinistre systémique, est née une banque africaine digne de ce nom, en même temps qu’une réglementation et une supervision avant tout protectrices pour les épargnants. Toutes les banques (à de très rares exceptions en Côte d’Ivoire et au Togo où les États font du portage en attente de repreneurs) sont privées. Elles ont le statut de « banques universelles » même si certaines d’entre elles ont une apparence de spécialité : banques de l’habitat (Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Mali), banques de l’agriculture (Sénégal, Mali, Niger), banque des PME (Sénégal). Elles sont toutes astreintes à la même réglementation et assujetties à la vigilance des commissions bancaires, sans avantages particuliers.

En dépit de taux de bancarisation extrêmement bas (moins de 10 %), le nombre de banques ne cesse d’augmenter, surtout en Afrique de l’Ouest : on approche de la trentaine en Côte d’Ivoire (soit plus qu’au Maroc), il y en a 20 au Sénégal (plus qu’en Tunisie), 15 au Bénin, au Mali, au Burkina Faso. De nombreuses agences se créent, essentiellement en milieu urbain : leur nombre a doublé en moins de cinq ans pour dépasser les 2 000 dans l’Uemoa (le chiffre des DAB et GAB est à peu près identique).

Les investissements publics et privés constitueront un emploi intéressant bien que risqué pour une épargne qui ne manque pas, et ceci d’autant plus que, la confiance revenant, les épargnants seront moins tentés de placer leur argent sur les marchés extérieurs.

Près des trois quarts du total des bilans seraient détenus par des groupes bancaires parfois récents et prenant une part grandissante des marchés :

* Bank of Africa qui, née au Mali il y a une trentaine d’années, est aujourd’hui présent dans une quinzaine de pays, les trois quarts de son capital appartenant à la BMCE marocaine,

* Ecobank dont le siège de la holding est à Lomé et qui, partie d’une initiative des Chambres de commerce de l’Afrique de l’Ouest, est aujourd’hui le plus important groupe bancaire africain avec plus de 30 filiales.

* le marocain Attijariwafa bank qui, après avoir repris les cinq filiales du Crédit Agricole français a, par rachats successifs où créations, aujourd’hui une douzaine de filiales exclusivement en Afrique francophone.

* Groupe Banque Atlantique, propriété à 50 % (pourcentage qui serait prochainement porté à 65 %) de la Banque centrale populaire du Maroc, est dans tous les pays de l’Uemoa.

* BGFI Bank, originaire du Gabon, est présente dans huit pays d’Afrique centrale et de l’Ouest, plus Madagascar,

* Orabank, propriété d’un fonds de placement américain qui, en rachetant les banques régionales de solidarité en Uemoa, est désormais présente dans une quinzaine de pays tous francophones,

* Afriland First Bank, dont le siège est au Cameroun, présente dans sept pays.

* BSIC de la Censad (Communauté des États sahélo-saharien) avec une forte influence libyenne,

* les banques nigérianes, notamment UBA et Diamond bank, dont les perspectives d’expansion en Afrique francophone paraissent être quelque peu ralenties.

* les banques françaises, en particulier la BNP et la Société Générale, qui semblent marquer un regain d’intérêt pour l’Afrique, après s’en être partiellement retirées.

* les groupes naissants comme Coris Bank International qui, partant du Burkina Faso, est aujourd’hui dans quatre pays de l’Uemoa. Ou, comme le groupe de la BDM Mali qui, avec des capitaux partiellement marocains, est également présent dans quatre pays de l’Uemoa.

Ces évolutions permettent d’affirmer que les banques africaines sont généralement saines et attractives, qu’elles présentent une bonne maîtrise des risques et sont reconnues comme étant l’un des secteurs économiques les plus performants sur le continent. Elles bénéficient notamment d’un management de qualité et de techniques qui n’ont rien à envier à leurs consoeurs des autres continents.

Le président d’Attijarriwafa bank, Mohamed El-Kettani, faisant référence aux récents scandales financiers qui ont affecté le monde bancaire, soulignait récemment : « Les scandales ne touchent jamais les banques africaines. »

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