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Des perspectives prometteuses

Au Sénégal, la Sécurité sociale n’est pas généralisée et l’assurance maladie est limitée à une proportion très faible de la population ; afin de pallier ce déficit, les compagnies d’assurances ont créé un « Pool micro-assurances Santé », structure gérée par la Fédération des sociétés d’assurances et chargée de mettre en place des contrats santé accessibles à tous et surtout au secteur informel. Pour Benjamin Romain, associé fondateur d’Okan Consulting, « le potentiel de la micro-assurance est considéré comme largement supérieur à celui du microcrédit : tout le monde n’a pas besoin de crédit, alors que tout le monde a besoin d’assurances ».  

L’assurance vie reste encore peu déve-loppée en Afrique subsaharienne, car peu exploitée alors qu’elle aurait un fort potentiel ; elle affiche depuis une quinzaine d’années un taux de croissance variant entre 10 % et 15 % par an. Son niveau relativement faible s’explique par le faible niveau d’épargne et le manque d’innovation en matière d’offre de produits et de stratégie de communication.

Pour Caroline Phily, du Fonds d’innovation pour la micro-assurance (Organisation internationale du travail), l’innovation doit pouvoir apporter une réponse à un certain nombre de questions précises : « Comment atteindre la population cible ? Comment adapter les produits aux spécificités de la demande ? Comment optimiser les coûts de transaction ? Comment contrôler le risque de fraudes ? Comment gagner la confiance des populations ? » Divers produits adaptés aux réalités africaines ont fait leur apparition ces dernières années et ont connu un beau succès, comme le financement d’obsèques (Yako obsèques au Sénégal), ou le rapatriement en Afrique après le décès. Certaines sociétés ont commencé à commercialiser des produits d’assurance-vie via des plateformes de téléphonie mobile (la prime est déduite du crédit mobile). La compagnie burkinabé UAB a lancé en 2003, Cauris d’or, produit mixte décès-prévoyance dédié au secteur informel, qui s’adresse aujourd’hui à plus de 80 % à des commerçants. L’ivoirienne LMA-Vie a lancé avec Orange Money deux offres innovantes, L’Épargne-gagnant et Prévoyance O’, la collecte de la cotisation pouvant, dans les deux cas, être effectuée directement par téléphonie mobile.

Le sud-africain Vodacom commercialise ainsi une couverture vie et funérailles directement au public, après avoir obtenu l’agrément du régulateur. Des pays comme le Soudan, l’Égypte ou le Sénégal, pourraient voir se développer des produits d’assurance islamique (takaful).

La banque demeure un acteur important pour les perspectives de développement du secteur de l’assurance, bien que la bancassurance peine à trouver sa place. Elle a un intérêt fort pour le client qui peut trouver avantage à n’avoir qu’un seul interlocuteur pour gérer ses finances et sa prévoyance, et elle peut profiter de l’éco-système bancaire déjà existant. L’utilisation du mobile a des avantages : économies d’échelle, réduction du coût de la collecte des primes et des services proposés aux clients, réduction des coûts de distribution, amélioration de la gestion du risque, une flexibilité accrue du client dans ses choix de niveau de couverture. Cependant, l’innovation va de pair avec une meilleure gestion du risque. Pour Jeremy Leach, directeur de Bankable Frontier Associates, « il est de la responsabilité des superviseurs de s’assurer que si un acteur doit faire faillite, il le fasse avec un minimum d’effets collatéraux ».

Au-delà de la multiplication des produits et services, le développement du secteur des assurances ne pourra s’affranchir d’une attention particulière des autorités, au fil de son développement, pour bien l’accompagner. Selon une étude de 2012 de La finance au service de l’Afrique (MFW4A) et de la Fondation Munich Re, « les activi-tés de micro-assurance identifiées en Afrique témoignent de l’étonnante croissance des couvertures d’assurance vie, ainsi que de l’innovation en termes de micro-assurance agricole et dommages dans certaines régions. Ce développement peut représenter un potentiel de taille, mais également des risques significatifs. Un tel système s’est effondré en 2012 au Zimbabwe, réduisant à néant la couverture d’assurance de 1,2 million de personnes, soit environ 10 % de la population totale. L’ampleur de tels systèmes met en avant un certain nombre de nouvelles questions, y compris sur l’éducation des consommateurs, la protection et la réglementation, ainsi que des questions relatives à la valeur pour les clients ».

La micro-assurance n’est pas un marché de niche, elle représente l’essentiel du marché de détail aujourd’hui non desservi. « La formation aux questions de l’assurance est essentielle. Les populations à faibles revenus sont très peu sensibilisées aux services d’assurance qu’elles maîtrisent mal. La méfiance est largement répandue parmi les assurés pauvres. Surmonter ces obstacles exigera une intervention proactive de la part des contrôleurs en utilisant, par exemple, les réseaux de distribution des assu-reurs ou en coopérant avec des associations, des ministères ou des organisations pour le développement. » 

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