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De nombreuses opportunités

Un autre opérateur du privé poursuit : « Certains grands groupes refusent de travailler avec nous, et les PME-PMI, parce que les crédits leur ayant été attribués par des banques publiques, ils préfèrent s’assurer dans le public. Il ne nous reste que l’assurance automobile. Et là encore, le public casse les prix. Par exemple, la Responsabilité civile est en Algérie d’un peu moins de 15 euros contre plus de 300 au Maroc et dépasse largement les 500 euros en France et en Europe. C’est une question de mentalité ancrée chez certains qui préfèrent privilégier le public au détriment du privé, même en enfreignant la loi. » 

Naouri Mokhtar, de Caarama Assurances (secteur public) ne partage pas cet avis. « Récemment, j’ai moi-même perdu une affaire dans le Sud avec une filiale de Sonatrach au profit d’un privé ! Je crois plutôt que le choix des grandes entreprises de se tourner vers le public est lié à la capacité de prendre en charge les grands risques. Il faut le dire : de nombreux assureurs privés n’ont pas les compétences managériales pour le faire ils n’ont pas monté d’équipes spécialisées ni une capitalisation en fonds propres suffisante. Une étude de la Compagnie algérienne d’assurances et de réassurance menée à la fin des années 2000 suggérait déjà au secteur privé une augmentation du capital pour qu’il puisse affirmer sa position sur la prise en charge des grands risques. Il faut un investissement, le relationnel ne suffit pas. » Un assureur privé conteste : « On voit bien que ce n’est pas spécialement une question de gros risque, car même des petits risques pour une mairie perdue au fond du pays ou une cité universitaire de petite taille ne veulent pas faire appel à nous. Je peux certifier qu’à compétences égales, les capacités financières et managériales n’ont rien à voir dans ce choix ».

Mais quel gâteau, assureurs privés et publics, doivent-ils se partager ? Le marché algérien de l’assurance a une spécificité : il est essentiellement tiré par l’assurance-dommages, qui représente… 94 % du chiffre d’affaires, lequel se monte à 1,2 milliard $, en 2014. Le Conseil national des assurances chiffre la contribution de l’assurance- personnes à 6 %. L’assurance-dommages est quant à elle largement représentée par la branche automobile (58,7 %), poussée par la libéralisation de l’importation des véhicules et ses conséquences sur l’accroissement du parc. Si bien qu’en 2014, avec la baisse des ventes qui a affecté le secteur, la croissance du marché des assurances a été divisée par deux (elle reste toutefois de 7 %). Une aubaine, s’accordent à dire les professionnels du secteur qui voient dans ce ralentissement une opportunité de développer toutes les autres branches. « Lors de la crise de 1929, le seul secteur qui a continué à se développer a été celui des assurances. C’est dans la crise que les gens ont besoin de protec-tion », note un assureur. Et ils souhaiteraient tous voir se développer l’assurance aux personnes. Sur 11 compa-gnies d’assurance-dommages, seulement sept proposent des produits sur les personnes, malgré, encore une fois « des opportunités considérables liées à l’augmentation des revenus des salariés, le revenu minimum étant passé de 76 à 170 euros, et à la hausse de la consommation des ménages », relève le Conseil national des assurances. L’offre s’est diversifiée, au fil des années : pour le voyage notamment le pèlerinage à La Mecque, la maladie, le décès, etc. 

Pour l’instant, les 40 millions d’Algériens et le parc logement, relativement important, ne sont pas assez assurés, relèvent les professionnels du secteur qui l’expliquent par « l’absence de la culture de risque et d’assurance ». Alors que l’assurance se développe dans des pays où les gens n’ont personne sur qui compter en cas de problème, en Algérie, l’existence d’alternatives rend le recours à l’assurance facultatif. Beaucoup d’Algériens optent pour la solidarité familiale, très importante, et l’aide organisée par l’État qui a développé des dispositifs d’aides sociales importants, etc. Seule l’assurance automobile est obligatoire. Les professionnels pointent du doigt le manque de dynamisme du marché financier dans le faible développement de l’assurance-vie qui dépend des produits d’épargne. Enfin, le secteur n’est pas encore complètement adapté à ce type d’offre qui, ainsi que le rappelle Kamel Zerrouki, nécessite « de la proximité et de flexibilité ». Pour ne rien arranger, les programmes de formation n’intègrent pas, pour l’instant, ce type d’ingénierie ou alors de manière très théorique. « Les outils d’analyse sont enseignés dans les cursus dédiés aux techniques quantitatives de la finance et de l’assurance (analyses de données, data maining). C’est aux compagnies de lancer des études pour mieux connaître les besoins du marché », note le chercheur.

« De manière générale, souligne Naouri Mokhtar, nous devons passer d’un système indemnitaire à un système d’assistance. L’assureur doit être en mesure de proposer une prise en charge complète et pas seulement de vous rembourser en cas de dommage. Si une personne est admise à l’hôpital pour une intervention, il doit payer et se faire ensuite rembourser, ce qui prend beaucoup de temps. » Ce qui implique un développement des sociétés d’assistance, encore trop peu nombreuses et limitées dans leurs offres, et un plan d’aide à l’investissement, notamment par l’octroi d’avantages fiscaux. « Dans le monde, le secteur de l’assurance a énormément profité de l’assistance, conclut-il. Plus ce réseau tarde à se mettre en place, plus nous mettrons du temps à nous développer. » 

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